samedi 3 mars 2012

FORWARD - The Long Road to Healing : Living with Unseen Scars

Depuis bientôt un an, je rédige des critiques des programmes diffusés sur jibtv.com, une émanation regardable en webtv de NHK World, la chaîne d'information internationale de la NHK. Il s'agit pour les promoteurs de cette chaîne anglophone d'obtenir un retour sur la perception de leurs programmes par leur audience étrangère. Naturellement, au travers desdits programmes, on n'évite pas un certain effet de propagande pour le Japon et sa culture, même si le terme est sans doute un peu fort. Tout en gardant ce fait dans un coin de l'esprit, ce travail hebdomadaire constitue pour moi une opportunité d'en découvrir toujours davantage sur le Japon et de suivre son actualité, notamment suite à la catastrophe du 11 mars 2011. Sur ce sujet, à partir de la mi-année 2011, la chaîne avait entamé la diffusion d'une série de documentaires, intitulée "Standing Up, Moving Forward", s'attardant sur le destin d'un certain nombre de victimes du tremblement de terre et du tsunami. L'expérience fut une réussite, au point que jibtv.com propose à l'heure actuelle une suite, intitulée sobrement "FORWARD", découpée en épisodes de 25min, et qui me semble tout à fait recommandable. Qu'on se rassure, je ne touche aucun dividende quant à la publicité que je pourrais faire pour cette chaîne, mais il m'a simplement semblé intéressant de partager sur ce blog un rapide compte-rendu de certaines des émissions que je suis amené à regarder, à commencer donc par "FORWARD".

Dans le documentaire "The Long Road to Healing : Living with Unseen Scars", j'ai été favorablement impressionné par l'angle privilégié par la production, afin de revenir sur les blessures psychologiques endurées par les victimes. Les télévisions nous ont en effet abreuvé d'images sur les spectaculaires dégâts matériels subis par le Japon, mais exposer subtilement ce qui se cache au fond des cœurs est naturellement bien moins visuel. Découpé en trois courts reportages, l'émission a tenté de montrer la diversité des traumatismes subis.

On rencontre d'abord un jeune garçon, habité par des pensées mortifères après avoir vu des personnes emportées par le tsunami sous ses yeux. La caméra évite le misérabilisme pour tenter de regarder d'un œil clinique les conséquences de la catastrophe pour de jeunes esprits, et pas seulement puisqu'elle dévoile également la difficulté pour une mère de vivre depuis des mois avec un fils devenu agité, lunatique, insomniaque. Le reportage rappelle ainsi qu'au-delà des victimes recensées, coexistent un nombre très important de victimes collatérales, en premier lieu les familles qui doivent gérer les conséquences psychologiques de la catastrophe sur leurs proches.

Le deuxième reportage m'a surpris puisque, en dépit de sa volonté d'être la jolie vitrine du Japon, la chaîne n'a pas hésité à s'attarder sur le cas d'un homme âgé gagné par l'alcoolisme et conséquemment menacé d'une déchéance morale et sociale. Les victimes ne sont ni des saints, ni des héros, mais des personnes ordinaires confrontées à un bouleversement dramatique de leur vie dont toutes ne savent pas comment se relever. La caméra suit ainsi les membres d'une ONG qui ne manquent pas d'expliquer que l'hébergement dans une maison temporaire ne peut suffire à combler le besoin de soutien et d'aide à long terme pour des personnes profondément affectées. Le vieillard réfugié dans l'alcool ne subit aucun jugement: de quel droit en serait-il autrement? Isolé, cet homme au crépuscule de sa vie a vu la maison dans laquelle il est né et où il entendait finir ses jours n'être plus d'un monceau de gravats. Avec elle, ce sont ses repères, le cadre dans lequel il vivait sa retraite, qui ont disparu. Que lui reste-il? Qui sommes-nous pour le juger?

La même question est tout aussi valable dans le cadre du troisième reportage, portant sur une femme âgée ayant vu sous ses yeux son mari emporté par les flots. Après des décennies de vie commune, cette femme se retrouve seule, isolée également, au point qu'elle imagine parfois sentir la présence bien réelle de son défunt mari. La psychologue de l'ONG qui lui rend périodiquement visite exprime un point de vue qui m'a semblé tout à fait pertinent. Dans la société japonaise du "Gambatte", celle-ci souligne que, plus que d'être secouées ou encouragées, les victimes ont avant tout besoin de s'exprimer, de mettre des mots sur leurs sentiments et leurs peines et d'être écoutées. Pour soutenir ces personnes âgées, le véritable combat des bénévoles se trouve ainsi être mené contre la solitude et l'isolement qui brisent les esprits et détruit le lien social. Voilà qui méritait d'être souligné!

Sur la forme, l'émission fait le choix pertinent d'utiliser les sous-titres plutôt que les doublages, les voix originales étant le meilleur des véhicules pour l'expression et la compréhension des sentiments humains. Malgré la tonalité naturellement affectée de l'émission, celle-ci a le bon goût d'être touchante sans jamais céder au voyeurisme, ce qui ne représente pas le moindre des écueils lorsqu'il s'agit de filmer la souffrance d'autrui. Au final, cette émission s'avéra intéressante, non seulement par son angle d'approche sur les suites de la catastrophe du Tohoku, mais également en souhaitant démontrer que, dans une société qui semble culturellement peu à l'écoute des victimes, la prise en compte des souffrances psychologiques est une réalité aussi bien qu'un devoir.


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jeudi 1 mars 2012

Dragon Ash

J'avais émis récemment l'idée de partager quelques découvertes musicales et ce post devrait donc être le premier d'une longue série sur les groupes et chanteurs japonais.

En guise d'introduction, je me permettrai une honteuse reprise d'un échange que j'ai eu dernièrement en d'autres lieux. Comment un Occidental en vient-il à écouter de la JMusic? Comme pour tout ce qui a trait au Japon, il est probable que les animes et les jeux vidéos furent le principal véhicule pour la propagation de la musique japonaise. En ce qui me concerne, le lien est en rapport avec l'objet principal de ce blog, puisque ce sont bien les dramas qui m'ont habitué puis suscité un réel engouement à l'égard de cette musique.

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, au regard de la façon de procéder en France, de très grands artistes collaborent aux bandes sons des animes, des publicités ou des dramas. Ce peut être un moyen de lancer un groupe ou un chanteur mais, souvent également, de promouvoir un single ou un album de stars confirmées ayant vendu des millions de disques. En échange, la série bénéficie d'un produit d'appel complémentaire du fait de l'aura du groupe ou chanteur. Intérêt réciproque, en somme. Aucun artiste japonais ne prendra jamais de haut une sollicitation à participer à une telle entreprise. En tout état de cause, ce n'est pas parce qu'il a fait le générique d'un anime, d'une publicité ou d'une série qu'un artiste est connu: c'est généralement l'inverse. A la réflexion, il est probablement difficile, voire impossible, de trouver un artiste japonais qui n'ait pas collaboré à un générique d'anime ou de séries télévisées.

Cela ne veut évidemment pas dire que toutes les bandes sons sont de leur fait ou encore que toutes sont audibles, loin s'en faut. Comme je l'avais exprimé lors des deux posts portant sur les génériques de dramas (20 Themes Songs I et II), elles peuvent cependant être un moyen pour les Occidentaux de découvrir différents styles de JMusic... et il y en a largement autant qu'en Occident, une richesse que j'espère avoir l'occasion de démontrer sur ce blog.

Je vais me permettre une petite pique qui ne me vaudra certainement pas que des amis. A la décharge de ses contradicteurs, ce qu'on trouve sur le web occidental concernant la JMusic se trouve logiquement souvent limité auxdits génériques, de qualité très variable, ou à la soupe produite pour des Girls' ou des Boys' Bands, qui font fantasmer les ados. Et je ne parle pas du Visual Kei... Le problème se révèle d'autant plus aigu que les producteurs japonais, à la différence de leurs homologues coréens, ne semblent toujours pas avoir saisi la puissance d'outils comme YouTube pour populariser la JMusic et s'ouvrir des marchés autres que celui du Japon - le second marché musical après les États-Unis, certes - et de quelques pays de la zone asiatique. Ils semblent donc dépenser une énergie considérable à chasser toute utilisation des chansons ou clips de leurs artistes sur le web, quitte à en limiter drastiquement la diffusion. Je m'en tiendrai cependant là pour ce sujet qui mériterait de plus amples développements, peut-être en une prochaine occasion.

Tout ce verbiage mérite une conclusion rapide. Je dirais donc que
j'écoute de la musique japonaise parce qu'elle participe d'une culture qui m'intéresse, en raison également de la musicalité propre à cette langue, parce qu'elle présente une très grande diversité de styles et que (presque) tous attisent ma curiosité, enfin et tout simplement car les rythmes et mélodies, même lorsqu'ils ne sont pas spécifiquement japonais, ce qui est le cas pour la majeure partie de la JMusic moderne, me sont agréables.

Pour ce premier post, je me permets d'apporter quelques précisions.
Il ne s'agit pas pour moi de réécrire, sur les groupes ou chanteurs japonais que je présenterai, ce qu'on peut trouver de tout à fait exhaustif sur le web, y compris sur un media généraliste comme le Wikipedia anglophone. Mes futurs posts sur la JMusic seront donc particulièrement concis. Je préfère laisser le soin à chacun de creuser son éventuel intérêt à partir des musiques offertes à l'écoute. Celles-ci ne reflètent pas forcément tout l’éventail de la discographie d'un groupe ou chanteur, d'autant plus que je me limiterai généralement à trois ou quatre vidéos, mais représentent d'abord et avant tout mes goûts propres.

J'ai choisi pour cette première de mettre en valeur Dragon Ash, un groupe qui, depuis une quinzaine d'années a su tirer le meilleur partie d'influences rock, voire métal, et rap. Entre titres nerveux et ballades bercées par la voix rauque du chanteur Kenji, Dragon Ash offre une richesse de styles certaine. A vous de juger!


- Under Age's Song




- Face to Face




- Few Lights Till Night




- Yume de Aetara




Mais aussi Life Goes On, Glory ou Shizukana hibi no kaidan o...


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lundi 20 février 2012

Konkatsu!

Cette critique risque de s'avérer passablement brève, Konkatsu! étant un drama qui ne mérite pas vraiment qu'on s'y attarde. Je m'attendais certes à une comédie légère, mais certainement pas à devoir regarder un cours de rattrapage sur le mariage pour écoliers.

Le casting me laissait espérer une série humoristique mais capable, grâce au talent et à l'expérience de ses acteurs, de dispenser quelques moments d'émotion aussi bien qu'un regard subtil ou critique sur l'institution maritale. Il n'en fut rien. A vrai dire, j'eus même du mal à reconnaître certains acteurs, à commencer par la tête d'affiche, Nakai Masahiro, dont les mimiques - bouche en cul de poule, yeux écarquillés, regard bovin... - m'ont empêché pendant plusieurs épisodes de reconnaître le pourtant remarquable Waga Eiryo de Suna no Utsuwa. Est-ce à mettre au crédit de son talent d'acteur? Plutôt au débit d'une série où on retrouve également un Sato Ryuta (Kisarazu Cat's Eye, Pride, Rookies...) plus excité que jamais, au point d'en être parfois fatiguant. On sera au moins reconnaissant à Ueto Aya (Attention Please...) d'avoir réussi à se montrer plus quelconque qu'énervante dans ce drama. Quant aux personnages secondaires, tels Kohinata Fumiyo ou Ryo, qu'on a toujours plaisir à retrouver d'un drama à l'autre, ils n'avaient pas les moyens d'extirper à eux seuls cette série de sa médiocrité générale.

Car finalement, si tous ces personnages se révèlent sans grand intérêt, la faute semble en incomber principalement à un scénario primaire et infantilisant. Dans un quartier populaire en voie de disparition, faute de renouvellement des générations, toute la population se retrouve plus ou moins impliquée dans la recherche d'une partenaire pour l'un des derniers "jeunes" du voisinage. Ce faisant, Konkatsu! nous propose deux modèles féminins: la romantique et l'intéressée. La première est la version générique de l'héroïne amoureuse japonaise à tendance sacrificielle, bref un fantasme doucereux mais sans grande saveur. La seconde incarne ces femmes qui, plus que la passion, souhaitent avant tout trouver un statut et un confort dans le cadre du mariage. Non, inutile de chercher des nuances dans ces archétypes, vous n'en trouverez pas. On devine d'ailleurs lequel des deux modèles s'imposera comme le meilleur au final... Paradoxalement, malgré le grotesque des mises en situation, toute l'ambition du drama sera de souligner que le mariage est une chose sérieuse qui mérite d'amples considérations. Quelles sont-elles? On n'en saura jamais trop rien, mais comme à l'évidence il s'agit surtout de dédramatiser (sic) la peur que les nouvelles générations japonaises pourraient avoir à l'égard de cet engagement, la forme humoristique restera privilégiée sur le fond. Cela ira d'ailleurs jusqu'à certaines extrémités, comme ces jeunes au look de lycéens pris d'un intérêt subit et inexplicable pour un mariage dont leur immaturité devrait les tenir éloigner encore pour quelques temps.

Vous aimez les chats? *sourire* Et la poterie? *effleurements* Moi aussi! Et vous gagnez 2M¥ par an? Nous avons tellement de choses en commun! Marions-nous! *rires*

Le Japon, qui n'est au demeurant pas le seul dans ce cas, se trouve aux prises avec une désaffection pour l'institution du mariage. Qu'apporte ce drama sur le sujet? Qu'apprend-on sur le mariage au Japon? Sur les motivations, les peurs, les inquiétudes ou les espoirs des personnes cherchant à créer un couple? Rien. Qui plus est, s'agissant de la forme, je me contenterai de souligner que, si j'avais envie d'être pris pour un demeuré, je regarderais TF1. Au final, on l'aura compris, regarder Konkatsu! s'est avéré une perte de temps et je ne vous ferai pas perdre d'avantage le vôtre avec cette série très dispensable.


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4/20 : The question is: for how many episodes will YOU be able to stand it?


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jeudi 9 février 2012

Homo Japonicus

Au fil de mes découvertes sur la société japonaise, j'ai ressenti de manière récurrente le besoin d'en apprendre plus que ce que la petite lucarne télévisuelle pouvait me dispenser. Ces dernières années, j'ai donc lu quelques ouvrages qui m'ont offert de très intéressants études ou points de vue sur le Japon et les Japonais et, par voie de conséquence, des niveaux de lecture complémentaires des fameux dramas, objets de ce blog.

Je me propose donc de soumettre sur ces pages quelques-uns de ces ouvrages, en commençant par l'un des plus connus d'entre eux, Homo Japonicus, par Muriel Jolivet.
Sociologue française installée et travaillant au Japon depuis plusieurs décennies, l'auteur a compilé dans ce livre, paru en 2000, un nombre conséquent d'entretiens avec des hommes japonais afin de revenir sur la place que la société nippone contemporaine leur offre, alors même que la crise économique et sociale frappe, depuis les années 90, un archipel jusqu'ici sûr de la force de son modèle. Ce recueil de témoignages s'organise en cinq chapitres, dont les thèmes sont grossièrement les suivants:
- Le rapport du Japonais à son travail et l'extraordinaire investissement physique et moral requis par les entreprises vis-à-vis de leurs salariés.
- Le Japonais dans son couple, la dissolution du lien marital et sa conséquence sur le comportement des femmes, en particulier vis-à-vis de leurs enfants.
- Le rôle fragilisé du père dans le foyer japonais.
- Les comportements marginaux dans la société japonaise, notamment l'homosexualité.
- Le traitement social des exclus.
Sur tous ces points, l'ouvrage de Muriel Jolivet, appuyé sur les témoignages collectés, dresse un véritable réquisitoire à l'égard du modèle social japonais: la répartition des tâches par genre, le désinvestissement des hommes dans leur foyer, l'omniprésence envahissante du lien maternel, mais aussi la culture de la honte, l'écrasement de la personnalité, le rejet de toute différence... les sujets ne manquent pas!

Il apparaît cependant nécessaire de garder un certain recul à l'égard de ces critiques. La construction même de l'ouvrage limite nécessairement la représentativité des propos qui y sont tenus puisque les témoins, en se dévoilant auprès d'une sociologue française, se placent eux-mêmes dans une posture différente de celle du vulgum pecus. Charge au lecteur, seul, de faire la part entre ce qui relève de comportements marginaux et ce qui constitue un trait véritablement inhérent à la société japonaise. Pour autant, ce qui relèverait d'une certaine marginalité représente également une source d'informations, tant il est vrai que des phénomènes même minoritaires peuvent en dire long sur la société qui les héberge. En conséquence, en dépit de son âge, Homo Japonicus représente un ouvrage incontournable pour tout passionné souhaitant en apprendre d'avantage sur le Japon contemporain et les Japonais.


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Homo Japonicus, par Muriel Jolivet (Ed. Picquier) - 650 pages

vendredi 3 février 2012

Freeter, Ie o Kau.

J'avais lu quelques écrits sur le phénomène nippon des "freeters", ces jeunes actifs refusant, parfois temporairement seulement, de s'inscrire dans le système professionnel régissant la vie de leurs pères et vivant ainsi de petits boulots suffisant à financer leurs centres d'intérêt. Curieux de mieux comprendre les tenants et les aboutissants de cette situation, je me suis frotté les mains à l'idée de voir un drama sur ce sujet, dut-il avoir Ninomiya Kazunari en tête d'affiche. Pour ce qui est du phénomène "freeter", j'en fus en bonne partie, pour mes frais. Mais dans le même temps, ce drama a abordé quelques sujets suffisamment intéressants pour poursuivre cette série jusqu'à son terme.


Take Seiji, frais émoulu de l'université, ne cache pas son incrédulité devant un certain nombre de règles implicites de la vie en entreprise au Japon, que ce soit la déférence obséquieuse envers la hiérarchie, les étranges séances de "team building", ou les interminables pots de fin de journée. Au bout de trois petits mois, il démissionne donc mais ne parvient pas à retrouver un travail stable et doit donc se contenter de petits boulots. En conflit ouvert avec un père autoritaire et méprisant, Seiji traîne son spleen en laissant sa mère pourvoir à ses besoins, jusqu'à ce que celle-ci ne se trouve plus en état de le faire, le plaçant ainsi dans l'obligation de réagir. Après quelques essais malheureux, il se retrouve sur un chantier autoroutier à transporter des brouettes de cailloux ou étaler du bitume fumant et y fait la rencontre d'une jeune femme aussi déterminée que lui-même est indécis, sans idée ni ambition.

Ce bref résumé ouvre déjà la porte aux reproches puisqu'il présente un personnage qui fait partie des "freeters" les moins critiques de la société nippone, id est ceux qui n'ont pas choisi leur statut. Seiji vit peut-être en "parasite" - le terme n'est pas de moi mais des sociologues japonais - chez ses parents sans s'en sentir vraiment gêné, mais cette situation n'est pas un choix délibéré. La meilleure preuve en est le temps passé à l'agence pour l'emploi afin de trouver un travail fixe à temps plein dans une entreprise de renom et, dans le même temps, son absence totale d'implication et de sérieux dans ses petits boulots successifs. Seiji est persuadé de valoir mieux que les petites tâches qui lui sont confiées et qu'il finira donc inévitablement par retrouver un emploi à sa mesure. Si les premières minutes de la série pouvaient laisser espérer une critique du système professionnel japonais, celle-ci se trouve vite effacée pour se contenter de faire de Seiji un fainéant n'ayant finalement pas volé sa situation. Autant donc pour le phénomène des "freeters" et la responsabilité du système quant à son éclosion et son fort développement, sachant qu'on en compterait aujourd'hui pas loin de 10 millions! La production aurait-elle craint de s'aliéner ses sponsors?...


Ainsi, Freeter, Ie o Kau, en dépit de son titre, ne parle pas réellement des "freeters", mais préfère se pencher sur le difficile apprentissage de l'âge adulte par Seiji et les relations au sein de la cellule familiale. Le premier point faisant osciller le téléspectateur entre sentiment de déjà-vu et légère irritation devant le sempiternel triptyque "faute personnelle / intégration au collectif / gambarimasu", on se penchera de préférence sur le second. Pour ce faire, il me faut passer en revue les différents protagonistes, en espérant qu'on me pardonnera ce procédé façon listing.
Le père, Take Seiichi, m'a beaucoup intéressé. Maître de maison tyrannique, il traite sa femme comme une servante et, puisqu'elle est la seule responsable de la maison en l'absence du mari, occupé à gagner l'argent du foyer, il lui reproche la conduite de son fils. Il peut d'autant moins faire preuve de compréhension vis-à-vis de celui-ci que le refus de Seiji s'apparente à une critique du système professionnel auquel lui-même a consacré toute sa vie, mais est également ressenti comme une terrible ingratitude envers des parents qui se sont évertués à l'élever pour en faire un bon petit Japonais. Du fait de la répartition radicale, mais habituelle, des tâches entre un mari et sa femme, ce père de famille se trouve bien incapable de trouver quelle attitude adopter face aux difficultés à venir de son ménage. En vérité, sans trop en dévoiler, on découvre que le père vit également une situation professionnelle difficile et forcément traumatique eu égard à l'investissement de toute une vie au service de l'entreprise qui l'emploie. Ces éléments mis ensemble font de ce père, un personnage beaucoup moins caricatural que son comportement despotique laisse à croire au début de la série. Dans le même temps, sa fierté, mais également son absence du foyer, le rendent illisible pour ses propres enfants, créant un mur d'incompréhension au sein de la famille.
La mère, Take Sumiko, se trouvera, par la force des choses, limitée dans son rôle de femme au foyer typique, mais les évènements liés à ce personnage s'expriment d'eux-mêmes pour dévoiler la situation déplorable dans laquelle peuvent se retrouver ces femmes abandonnées à elles-mêmes. L'absence d'un mari qui se consacre pleinement à son emploi, l'oblige à porter seule le poids du foyer dans toutes ses facettes: éducation des enfants, tenue de la maison, voisinage...
La situation de la fille aînée, mariée au directeur d'une clinique, mère d'un petit garçon et tyrannisée par une belle-mère décidée à prendre en charge la formation de l'héritier du nom, est également intéressante. Les choix qu'elle doit faire pour l'éducation de son enfant trouvent un écho très bien vu dans la relation de la voisine des Take avec son propre fils, jeune avocat brillant mais peu charitable avec ses congénères humains et franchement vindicatif envers sa génitrice.


Ces quelques personnages, les situations auxquelles ils se trouvent confrontés, et ce qu'ils disent ainsi de la société japonaise, constituent le réel point d'intérêt de Freeter, Ie o Kau. Le reste des intervenants, le scénario, l'histoire de l'héroïne, etc. n'offrent rien de bien original et je ne m'y attarderai donc pas sinon pour dire que l'ensemble du casting a joué fort honnêtement son rôle, Nino compris. Je dois avouer, pour l'anecdote, que j'ai quand même supplié le ciel à chaque épisode de m'épargner la vision d'un baiser entre la superbe Karina et le nain. Je laisse à chacun le soin dé vérifier si la prière constitue une ressource efficace dans ce genre de situation.


Que dire pour conclure sur cette série? Comme je pense l'avoir expliqué, Freeter, Ie o Kau ne manque pas d'intérêt par l'éclairage qu'il offre sur la cellule familiale japonaise et les conséquences du modèle social japonais sur celle-ci. Pour autant, j'ai été quelque peu déçu de ne pas voir le drama aborder pleinement la problématique des "freeters" sinon pour en faire des adulescents en crise de croissance. Par ailleurs, aussi bien l'histoire de l’héroïne que les leçons de vie généreusement dispensées à Seiji sur son chantier m'ont plutôt fait bailler tant elles sentent le réchauffé. Tout cela est bien mignon et moralisateur comme il faut et je dois avouer que je sature un peu s'agissant de ces lieux communs. En conséquence de quoi, la note finale sera sans doute un peu dure, mais témoigne d'une déception à la hauteur de mon attente pour un grand drama de société, ce que Freeter, Ie o Kau échoue à être.


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Lien
6/10 : That wasn’t too bad, I guess. But never worth a rewatch.



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mercredi 21 décembre 2011

Tenshi no Wakemae

Si j'avais déjà croisé des séries dans lesquelles la gastronomie japonaise est mise en valeur, je n'avais encore jamais regardé un food drama commandité par la très sérieuse NHK. Ou comment stopper net le grignotage de chips devant l'écran en se disant que vraiment, non, ce n'est pas possible de se nourrir aussi mal en regardant quelque-chose d'aussi bon.

Il faut bien l'avouer, regarder un food drama demande des maxillaires d'acier pour empêcher la bouche de s'ouvrir et la salive de couler. L'image n'est pas très fraîche mais elle transmet un sentiment sincère ou, plus exactement, un instinct primal. Là est d'ailleurs tout l'objet de Tenshi no Wakemae. Jugez plutôt. Une trentenaire, à la veille d'emménager avec son compagnon, se retrouve abandonnée, sans travail ni économie. Plus encore, le fuyard a eu l'impudence de lui confier la garde d'un fils qu'il gardait caché de sa promise. Celle-ci, Kurumi (Mizuki Arisa), assommée par ce brutal revirement de fortune, a la bonne idée de manger quelque-chose de bon, reprendre ainsi des forces et ne pas sombrer dans la panique. Et finalement, tout est là. De ce repas et de ceux qui suivront, Kurumi tirera non seulement l'énergie de redresser la tête, mais gagnera également la sympathie puis l'amitié de toute une galerie d'inconnus qui l'aideront à remettre le pied à l'étrier. Aux créatures pensantes que nous sommes - trop parfois - ce drama rappelle des choses tellement simples qu'elles pourraient en sembler bêtes si elles n'étaient aussi vraies. Un bon repas offre un peu de plaisir dans la morosité en plus de redonner des forces. Savouré, il permet de faire une pause salutaire au milieu des ennuis. Partagé, il génère une ambiance chaleureuse propice à la solidarité. Tenshi no Wakamae, ce n'est que ça: un rappel d'une chose très ordinaire et pourtant plus importante et impactante que nous ne voudrions le croire.

Il est assez amusant d'observer que cette série inverse les premier et second plans habituels des dramas se déroulant, par exemple, dans l'univers de la restauration. En effet, ici, la gastronomie ne sert pas de toile de fond aux histoires des personnages, elle est littéralement le personnage principal. Mis en scène, filmés en gros plan, les plats et leur préparation sont l'objet de toutes les attentions et relèguent les acteurs aux rôles de faire-valoir, à grand renfort de sourires, de humages inspirés ou d'exclamations satisfaites. Tant mieux car, globalement, l'histoire de Kurumi, ses coïncidences cousues de fil blanc et ses développements, s'avèrent un peu trop rocambolesques pour être crédibles. Par ailleurs, si Mizuki Arisa interprète sans problème son personnage, le reste du casting n'a pas grand relief. Légèrement troublé par la bouche tordue de Yoshimura (Tomosaka Rie), bourgeoise pédante et semi-hystérique, j'ai juste apprécié les "gueules" du grand-père de Kurumi (Otaki Hideji), râleur affectueux au bon sens terrien, et de Satou (Issei Ogata), incarnant cette solidarité bourrue qui se crée parfois entre compagnons de galère. Deux archétypes, sans doute, mais bien portés par ces acteurs. Les féministes relèveront également que la série fait parfois plus que flirter avec la répartition des tâches selon les genres. Rien de bien neuf sous le ciel nippon, hélas!

Autant en rester là pour le scenario en concluant que, si on déjà vu mieux, on a aussi eu souvent l'occasion de subir bien pire. Il n'endommage absolument pas le contenu du drama et on ne lui en demande finalement pas plus. L'essentiel, comme évoqué plus haut, se concentre sur la gastronomie et celle-ci mérite donc qu'on y revienne encore pour quelques lignes. Il faut en effet souligner que les plats présentés dans Tenshi no Wakemae ne relèvent pas de la haute gastronomie. On a ici à faire à de la cuisine qui se veut authentique, populaire et dont le succès repose avant tout sur la saine qualité des aliments et sur le soin apporté à sa préparation. Des plats simples, des légumes frais, une attention soutenue et voilà le téléspectateur servi, du moins en images savoureuses! J'en profite pour applaudir vivement le traducteur qui a eu le bon goût de sous-titrer les aliments et plats présentés à l'écran, sans doute très reconnaissables pour les Japonais mais un peu moins pour moi. Enfin, la série a évité de s'étirer en longueur, en ne dépassant pas cinq épisodes, faute de quoi le scenario aurait eu besoin d'un peu plus de travail.

Ainsi donc, à moi qui suis capable de tenir des semaines en mangeant un sandwich ou un plat de pâtes pour tout repas quotidien, j'ai trouvé un réel intérêt à une série parlant de nourriture! L'authenticité de son message et la beauté simple de la gastronomie dévoilée à l'écran m'ont permis d'apprécier sincèrement cette série. Il n'est même pas impossible qu'à l'occasion je rejette un œil sur un food drama, Tenshi no Wakemae ayant réussi à m'ouvrir l'appétit sur le genre.


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7/10 : At least worth checking out


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lundi 19 décembre 2011

20 theme songs (II)


Avec 20 critiques rédigées en l'espace d'un an, je note que j'ai doublé ma productivité! Évidemment, c'est plus simple quand on part de bas... L'occasion de remettre à l'honneur la musique japonaise refait en tout cas surface, sur le modèle de l'interlude musical paru sur ces pages presque un an jour pour jour. Les génériques des 20 derniers dramas chroniqués ici sont donc offerts à l'écoute, sans commentaire étoffé de ma part puisque ma culture musicale s'avère malheureusement toujours aussi limitée. Encore une fois, cette sélection ne reflète pas nécessairement mes propres goûts, mais la variété du panel proposé présente un intérêt certain pour les personnes curieuses de l'univers musical dans lequel baignent les Japonais.

Mes goûts musicaux propres, justement, je réfléchis depuis quelques temps à les proposer sur ce blog, non pas par vanité ou égotisme, mais plus simplement pour répondre à une envie de proposer un contenu complémentaire aux lecteurs de passage, possiblement avides d'en découvrir toujours plus sur ce qui se fait au pays du soleil levant. D'autres thèmes apparaîtront également peut-être avec le temps...

... mais, pour le moment, penchons-nous d'abord sur les seuls thèmes musicaux.


- Haikei, Chichiue-sama
Papier par Moriyama Ryoko - Réputée pour ses chansons d'une grande poésie, cette artiste folk propose une bande musicale dont les sonorités dégagent un parfum de nostalgie en parfaite correspondance avec le thème de ce drama.


- Shinzanmono
Machi monogatari par Yamashita Tatsuro - Déjà interprète du générique de Barai no nai Hanaya, l'un des chanteurs les plus appréciés au Japon offre une ballade un peu datée mais agréablement rythmée.


- Rinjo
Ifuu Doudou par Hirahara Ayaka - On retrouve une artiste déjà sollicitée pour Kaze no Garden et c'est ma foi un plaisir que de réentendre la voix chaude et enveloppante d'Hirahara Ayaka.


- Orange Days
Shanghai Honey par Orange Range - Une insert song nerveuse pour célébrer toute la fougue de la jeunesse! Orange Range s'est fait une spécialité des tubes d'une énergie communicative, pour mon plus grand plaisir!


- Sunao ni Narenakute
Hard to say I love you ~Ii Dasenakute~ par WEAVER - Intégrés à la bande son, les morceaux des Ting Tings constituent l'une des rares satisfactions de cette série d'un triste classicisme. Quant à WEAVER...


- Ninkyo Helper
Sotto Kyutto par SMAP - On ne m'empêchera pas de penser que les SMAP méritent d'être connus pour les dramas dans lesquels ils sont apparus plutôt que pour la soupe musicale qu'ils nous servent. Pilier de la Johnny's Jimusho, ce groupe est un incontournable du show business nippon.


- Papa to Musume no Nanokakan
Hoshikuzu Sunset par YUKI - Si les voix aigues et nasillardes ne vous rebutent pas, l'ex-chanteuse de Judy & Mary pourrait vous convaincre de lui laisser une petite chance, ce même si ce morceau n'est peut-être pas son meilleur produit d'appel.


- M no Higeki
Night & Day par Sister Q - Une chanson issue d'un girls band, aussitôt créé aussitôt disparu, comme tant d'autres. Pas sur que la scène musicale japonaise s'en soit trouvée très affectée...


- Rookies
Kiseki par GReeeeN - On se demande où ils vont chercher tout ça: GReeeeN est un groupe de musiciens souhaitant conserver leur anonymat pour ne pas empiéter sur leur carrière de... dentistes. Leur musique rock, plutôt efficace, me fait excuser leurs facéties.


- Hoshi no Kinka
Aoi Usagi par Sakai Noriko - L'actrice principale, alors au faite de sa gloire, chante le générique de ce drama-culte des 90's et, dans le clip lié, n'oublie pas d'accompagner son chant du langage des signes.


- Densha Otoko
Sekai wa Sore wo Ai to Yobun da ze par Sambomaster - On a déjà parlé du générique animé réalisé pour cette série, alors pourquoi ne pas s'offrir maintenant le délire de cette bande d'excités de Sambomaster?


- Shiroi Haru
Yokogao par Sakai Ayumi - Une ballade très classique, chantée par un mannequin en reconversion. Au moins, ça ne nuit pas au charme de ce drama...


- Ushi ni Negai wo
Green Days par Makihara Noriyuki - Encore un tube pop à la rythmique entraînante, interprétée par une valeur sûre de la scène japonaise.


- Jouu no Kyoushitsu
Exit par Exile - On n'allait pas toujours pouvoir les esquiver et voici donc un boys band actuellement en pleine bourre auprès des ados, mais, pour faire passer, je propose la version dans laquelle Amami Yuki rappelle qu'elle n'est pas un monstre mais une star sympathique. Au moins, c'est drôle.


- Buzzer Beat
Ichibu to Zenbu par B'z - On ne va pas se mentir: ça envoie du lourd! Le plus grand duo musical japonais pour un tube rock pêchu! Asseyez-vous sur vos mains sous peine de vous retrouver à faire du air guitar dans votre salon!


- Meitantai no Okite
Fighting Pose no Uta par Baba Toshihide - Une découverte que ce chanteur rock à la voix originale... autant que l'est ce drama d'ailleurs: ça ne peut être un hasard.

- Soratobu Taiya
La bande son repose sur l'utilisation d'instruments de musique classique et ne comprend pas de chanson principale spécifique que je pourrais réutiliser ici.


- Slow Dance
Tokyo par Fukuyama Masaharu - Le Marc Lavoine japonais règne sur les charts et les popularity contests. Cette chanson en fait de même sur ma playlist.

- Engine
L'équation se vérifie presque toujours: drama avec KimuTaku = tube occidental. Au pluriel dans le cas présent.


- Bijo ka Yajuu
The Galaxy and Maze par Tokyo Ska Paradise Orchestra - Les rois du ska nippon ajoutent ce morceau entraînant à une discographie dont la richesse ravira les amateurs du style.