vendredi 18 mai 2012

Nihon e yokoso (II)

J'ai oublié dans mon récit de ma première journée au Japon, un petit évènement venu compléter le tableau. En effet, l'archipel souffre régulièrement, parfois dramatiquement comme l'ont prouvé les évènements du 11 mars 2011, des soubresauts de la nature. Le dimanche soir, les portables de nos hôtes poussent une alarme stridente, un cadre rouge vif apparaît à l'écran de la télévision et je ressens, pour la première fois de ma vie, un tremblement de terre. L'épicentre se trouve près de la préfecture de Chiba, où il semble atteindre une magnitude de 4 sur l'échelle de Shindo (qui compte 7 niveaux): il n'est plus qu'à 3 à Kawasaki, où nous nous trouvons. Nous sommes au 11ème étage d'un immeuble récent et donc construit suivant des normes anti-sismiques sévères. Le bâtiment tangue doucement, la sensation est curieuse, pas franchement terrifiante... mais on imagine sans mal cette seconde d'angoisse des Japonais lorsque les alarmes retentissent: serait-ce le grand tremblement de terre de Tokyo? Pas cette fois...

Quoiqu'il en soit, une nouvelle journée nous attend et, après un copieux petit-déjeuner composé d'onigiri, d'omelette, de soupe miso et autres, nous partons à la découverte de Tokyo. Comment se rendre à notre destination? Rien de plus facile: il suffit de consulter le plan des trains et métros de Tokyo...



Heureusement, nos amis japonais sont là pour nous guider lors des déplacements de cette semaine. Il suffit de suivre et cela laisse l'opportunité d'observer discrètement le monde qui nous entoure. Commençons par les futilités: apparemment, les hommes japonais en congés portent tous la chemise en-dehors du pantalon et, à part quelques rebelles du système, ne mettent pas les mains dans les poches. Dont acte. Sur les quais, des messages sont énoncés quasiment en continu. A l'intérieur des trains et des métros, idem: des alertes préviennent du démarrage, de la prochaine destination, du terminus, puis à l'approche de la gare, à nouveau le nom de la station, attention à ne pas tomber ni oublier ses bagages, remerciements et le cycle reprend. C'est ce qu'on appelle être pris par la main. Autre phénomène rapidement ressenti: les usagers semblent extrêmement réticents à s'asseoir à côté des gaijin que nous sommes. A quelques exceptions près, même lorsque le wagon est bondé, les Japonais préfèrent attendre qu'une autre place se libère plutôt que d'user de la place libre à nos côtés. L'impression n'est pas des plus plaisantes et il faudra attendre la toute fin du séjour pour découvrir la cause de cet ostracisme marqué.

Sur ces réflexions, nous voici rendus à Akihabara, quartier réputé pour être un repaire de fans de technologies, mais aussi d'animes, mangas, idols et de leurs produits dérivés. A la sortie de la station, nous entrons dans Yodobashi, immense bâtiment où les rayons débordent d'appareils et d'accessoires technologiques pour le grand public. On s'y perdrait. Ici aussi, des hordes de vendeurs vantent les mérites de leurs produits et interpellent les clients déambulant dans les travées. Détail amusant, au moins une célébrité est étroitement associée à une marque ou un produit, et leurs portraits se trouvent affichés dans toutes les tailles dans le moindre espace vide: une dizaine de Kimura Takuya de papier m'invitent ainsi à me précipiter sur le petit dernier de Nikon. Qu'on se rassure: je résiste!


 


Par curiosité, nous passons dans un autre bâtiment de plusieurs étages consacrés aux mangas, animes et leurs génériques, figurines et autres. La profusion de produits en vente est telle qu'il est à peine possible de se croiser dans les rayons! Retour au grand air. En parcourant les rues d'Akihabara, sous les enseignes aux couleurs agressives et les néons, nous passons devant des pachinkos, des cabines à purikura et toujours des boutiques dont les étals disparaissent sous des monceaux d'appareillages informatiques, de déguisements ou de produits dérivés des animes à la mode. Des écrans de toute taille crachent de la musique pop/electro et les derniers tubes des idols de passage, le tout entrecoupé d'innombrables messages publicitaires. Dans les rues, des dizaines de jeunes femmes, en tenues de servantes ou de lycéennes, tendent des prospectus aux passants. Jupe minimaliste, air juvénile, messages ponctués de piaillements censément kawaïi... il ne faut pas chercher bien loin à quels pulsions ou instincts primaires on fait appel chez le client potentiel. Je ne peux pas dire que je me sente très à l'aise avec ça.

Akihabara = AKB, donc ce n'est pas comme si j'avais le choix. Mes excuses aux victimes.




 


Changement radical. Nous voici à Asakusa, le quartier traditionnel de Tokyo. Nous passons d'abord par un magasin/restaurant qui présente des armures rutilantes, fidèles reproduction de celles portées par les samouraïs d'antan. Nos pas nous mènent ensuite vers le cœur du quartier, là où se dresse le temple bouddhiste Senso-ji, au bout d'une longue rue bordée de boutiques à touristes. Nous sommes au début de la Golden Week et le quartier est littéralement bondé! On y croise également des vendeurs ambulants, des marionnettistes, des tireurs de pousse-pousse, une loterie... Après avoir traversé la foule, nous pouvons nous purifier l'esprit en inspirant l'encens qui émane d'une large vasque, puis les mains et la bouche avec l'eau d'une fontaine, et nous voici parés pour entrer dans le sanctuaire, y prier ou y acheter une prédiction contre une modeste pièce de ¥100. Comme dans la plupart des temples, les photographies sont interdites à l'intérieur du bâtiment. A l'extérieur de celui-ci sont suspendus de gigantesques sandales O-Waraji (4.5m pour 2.5T), censés favoriser les voyageurs.





 







 




S'ensuit une pause gastronomique où nous sommes conviés, comme de bien entendu, à consommer la spécialité locale, tempura ou unagi. Autour du quartier du temple se trouvent des galeries commerçantes où on trouve aussi bien des geta et sandales que des shuriken, et où nous déambulons avant de reprendre le métro en direction de Shibuya.






Le carrefour de Shibuya est sans doute l'un des lieux les plus connus de Tokyo. Lorsque toutes les voitures sont arrêtées, le signal pour les piétons devient vert en tous points du carrefour, occasionnant une ruée venant et partant de toutes les directions à la fois et cette impression de fourmillement si caractéristique. C'est aussi ce quartier plutôt branché où de jeunes adultes se donnent rendez-vous devant Hachiko avant d'aller acheter les derniers vêtements et accessoires à la mode. Talons hauts, cheveux décolorés, fringues de marque, bref un look impeccable... la shibuyette se repère de loin, ainsi que son comparse masculin à la coupe de cheveux sophistiquée. Plutôt flatteur pour ma terre natale, je remarque une utilisation extensive du français dans les enseignes, slogans et produits, constituant apparemment un gage de qualité et de "branchitude", quitte d'ailleurs, à ce que cela ne veuille pas dire grand chose. Peu importe puisque la démarche se veut uniquement marketing.




 





Nous sommes sans doute un peu trop vieux et dépassés pour Shibuya, mais nous avons encore de l'énergie à revendre en cette fin de journée, aussi décidons-nous de nous rendre au karaoké. Au Japon, chacun y dispose de son propre petit salon, avec télévision et micros, dans lequel on a toute liberté de brailler à tue-tête sans craindre le regard d'inconnus. Le catalogue est plutôt impressionnant, les enceintes crachent puissamment et, sens du détail toujours, à la fin de chaque chanson est affiché le nombre de calories perdues en s'époumonant! Nous finissons la soirée dans une izakaya enfumée où, à l'image d'habitués joyeusement bruyants, nous descendons bières sur bières - vu le faible degré d'alcool des bières japonaises, on peut voir venir... -  en grignotant tout un ensemble de petits plats simples: tsukemono, edamame, brochettes, frites... Ne restera plus qu'à regagner nos pénates en suivant la ligne la plus droite possible.

mercredi 16 mai 2012

Nihon e yokoso (I)

J'ouvre une parenthèse sur ce blog dramaphile pour raconter, en quelques posts, mes récentes pérégrinations au Japon. J'ai en effet eu l'immense plaisir de me rendre pour la première fois au pays du Soleil Levant, au cours de la première quinzaine de mai, grâce à la conjonction de facteurs aussi divers que l'impulsion de ma chère et tendre, la proposition de découverte guidée de leur pays par des amis japonais, des prix cassés chez Air France et l'envie de voir de mes propres yeux ce que je n'avais jamais pu observer que par media interposés.A ceux qui suivent mes notes sur ce blog, je préviens que le ton employé sera probablement plus informel qu'habituellement.

28 avril 2012. Les bagages sont prêts, les passeports sentent le neuf, les yens commandés auprès de la banque également, il ne reste donc plus qu'à partir en direction de la gare de Bruxelles Midi où un TGV nous emmènera directement à Roissy Charles de Gaulle. Après un enregistrement auprès du comptoir Air France de la gare bruxelloise, nous embarquons donc pour l'aéroport parisien. A bord du train, le faste le dispute à la prodigalité, puisque les passagers ont droit à une mini-boisson et une madeleine par personne! L'affaire étant réglée après une bouchée et deux gorgées, nous avons le loisir de jeter un regard oisif sur la campagne picarde avant d'arriver à destination. Une fois toutes les formalités d'usage accomplies, vient le moment d'embarquer. Il me faut avouer ici que l'avion n'est pas mon mode de locomotion favori, non pas que je craigne un accident, mais bien plus en raison d'un vertige prononcé qui me fait modérément apprécier la perspective de me trouver avec quelques kilomètres de vide sous le postérieur. Ayant signalé ce fait au chef de cabine dès mon entrée dans l'appareil, j'ai, pendant les onze heures qui ont suivi, eu la chance de bénéficier de l'attention sympathique, presque chaleureuse, du personnel de bord. Au final, bien qu'ayant broyé les accoudoirs au décollage, le vol s'est remarquablement bien passé. Il faut reconnaître que l'A-380 représente un beau bébé, stable et silencieux. Je découvre également à cette occasion la télévision individuelle, excellent dérivatif aux stressés dans mon genre. Après avoir vu Leonardo se faire bécoter par son assistant dans J. Edgar, James Bond et Indiana Jones flinguer des aliens dans Cowboys & Envahisseurs et Ryan Gosling gravir les Marches du Pouvoir - le tout en VF parce que la VOST n'est pas en option - bref, après avoir perdu quelques neurones et 2/10ème à chaque œil, j'entre enfin dans le vif du sujet avec l'atterrissage à l'aéroport de Narita.


Après avoir donné ses empreintes, s'être fait tirer le portrait et présenté le passeport à un agent ganté et masqué, nous pouvons récupérer nos bagages et passer à la douane. Si on en croit le nombre de valises ouvertes et fouillées par de scrupuleux fonctionnaires, ça ne s'annonce pas comme l'étape la plus facile. Cependant, donner le nom et l'adresse de nos hôtes japonais, ainsi que la station de métro la plus proche de leur domicile et, bien évidemment, la date à laquelle nous débarrasserons les tatamis, semblent avoir un effet positif sur notre interlocutrice en uniforme et nous entrons enfin officiellement sur le sol nippon. Il faut maintenant nous rendre de Narita à Tokyo pour y retrouver nos amis. Rien de plus facile: un monsieur d'un certain âge, équipé d'un brassard, nous invite à nous rendre au comptoir où nous attend notre première leçon du service à la japonaise. Grosso modo, traduit approximativement, ça donne l'échange suivant:

- Pardonnez-moi de vous avoir fait attendre. Bonjour. Que puis-je pour vous?
- Bonjour. Je voudrais deux tickets pour Musashi-Kosugi dans le prochain Narita Express svp.
- Bien. Deux tickets de Narita à Musashi-Kosugi. Pardonnez-moi de vous avoir fait attendre: voici vos tickets. Vous devez aller sur le quai X, prendre le wagon Y; vous asseoir aux places Z-A et Z-B. Voici votre heure de départ et votre heure d'arrivée. Cela fera ¥...  svp. Merci. Pardonnez-moi de vous avoir fait attendre. Vous m'avez donné tel montant, je vous rends tel montant de monnaie. Merci. Le quai se trouve juste ici à votre droite. Merci et faites un excellent voyage.

Ah oui... Quand même... L’extrême politesse nippone n'est donc pas qu'un fantasme occidental! Que pourrait bien donner le même échange à Roissy?

- ...
- Bonjour. Je voudrais deux tickets pour Châtelet les Halles svp.
- 9.25€.

Évidemment, ça change. Mais oublions la mauvaise humeur parisienne et prenons la direction de Tokyo!

Narita Express
 

Arrivés à Musashi-Kosugi, nous retrouvons nos amis qui s'amusent de nous voir avec nos petites laines alors que la température locale flirte avec les 25°C. Après avoir repris les transports pour nous rendre dans la ville de Kawasaki, située en bordure de Tokyo, y déposer nos bagages et y prendre une bonne douche, nous sommes conduits dans un kaitenzushi, où de petits plats colorés chargés de sushis se succèdent sans fin sur un plateau tournant. A chaque couleur de plat est associée un prix, la pile finale servant à réaliser l'addition. Soyons clairs: il n'y a aucune comparaison possible entre les sushis nippons et ceux qu'on trouve dans les faux restaurants japonais qui ont essaimé dans nos contrées. La meilleure illustration me semble de préciser qu'il est inutile de mâcher le poisson couronnant ces sushis, celui-ci fondant littéralement en bouche. Ce goût et cette fraîcheur limitent pendant une bonne partie du repas ma conversation à des "oh my God", d'autant plus que les prix sont absolument ridicules! ¥170 l'assiette de base (moins de 1.50€!), sachant que ladite base passerait pour du grand luxe en Occident. Certains assortiments, particulièrement savoureux et donc plus coûteux, peuvent être commandés directement aux chefs présents derrière le comptoir. Une fois les estomacs rassasiés et mon imitation de Janice terminée, nous mettons le cap vers le bord de mer.





Mais d'abord, il nous faut prendre nos cartes Suica. Qu'est-ce donc? Ni plus ni moins qu'une carte magnétique, qu'on charge en argent à des bornes situées dans toutes les gares du Kanto, et qui permet ainsi de se déplacer sans devoir systématiquement acheter des tickets. Mais ce n'est pas tout, puisque la Suica peut être utilisée pour acheter des boissons aux innombrables distributeurs installés en pleine rue, voire même de payer ses courses dans certains combinis! Une fois munis de ce précieux sésame, nous nous dirigeons donc vers Yokohama


Rien de tel que l'air marin pour se revigorer après un long voyage et alors que le décalage horaire (7H) commence à se faire sentir. Trente heures seront bientôt passées depuis que j'ai bondi de mon lit, la veille au matin. Première surprise, en sortant de la gare, l'Isengard se trouve à Yokohama! Pardon pour la blague de geek, mais j'assume l'avoir faite en voyant ce building.



Plus sérieusement, Yokohama est le plus grand port du Japon et cette relation avec la mer et l'étranger ne date pas d'hier, comme le rappellent quelques documents fièrement affichés sur les panneaux municipaux.



Nous sommes dimanche et la foule se presse donc sur les espaces situés au bord de la baie. A notre grand amusement, nous observons que les locaux ont organisé, en ce 29 avril, une Oktoberfest. Plus traditionnelles, les carpes du kodomo no hi, la fête des enfants du 05 mai, sont déjà sorties et flottent paisiblement au vent. Nos pas nous mènent vers la grande jetée Ōsanbashi. Au cours de la balade, nous croisons également quelques éléments et constructions indéterminés qui ne manquent pas de nous laisser quelque peu perplexes jusqu'à ce que nous réalisions que nous longeons le parc de la trompe d'éléphant. Ça ne s'invente pas...

 
 


Vue sur Ōsanbashi
Vue d'Ōsanbashi
Vue depuis Ōsanbashi



Quoi de plus logique, lorsqu'on est au Japon, que de visiter le quartier chinois?... En l'espèce, le Chinatown de Yokohama est le plus grand du Japon et, apparemment, un lieu prisé des Japonais pour flâner le dimanche. On y trouve logiquement une architecture très chinoise, notamment dans les temples, qui servira de point de comparaison avec nos futures visites des lieux sacrés que nous serons appelés à découvrir lors de notre séjour. M'étant déjà gavé de sushis au déjeuner, je me contente de siroter un jus de fruit en regardant mes acolytes manger quelques brioches à la vapeur pour le goûter. Je commence seulement à découvrir le rapport étroit fait par les Japonais entre un lieu et le plat local: il semble d'une logique imparable, lorsqu'on se rend à un endroit, d'en déguster sa spécialité. Ne me demandez pas comment c'est possible, mais je sens alors mon estomac me jeter un regard inquiet...







N'étant pas particulièrement intéressé par tout ce qui se rapproche de près ou de loin de l'alimentation, j'avoue néanmoins que la journée s'est achevée par une étrange surprise. En effet, avant de rejoindre nos pénates, nous sommes passés par un depaato, id est un bâtiment empli de boutiques, au pied duquel se trouve le plus étonnant supermarché qu'il m'ait été donné de voir. Des monceaux de nourritures appétissantes se dévoilent dans un environnement brillant et d'une propreté impeccable! En dépit des innombrables étals, on n'est nullement encombré par l'odeur des différents mets. A chaque étal, une ou plusieurs vendeuses vantent les mérites de leurs produits et s'empressent de servir leurs clients. A vrai dire, le supermarché ressemble plus, dans l'esprit, à nos marchés couverts où cohabitent différentes professions qu'aux immenses rayons vides de personnel des hangars où nous achetons de la bouffe sous plastique. Je tiens à la précision: après les boutiques de vêtements, les supermarchés sont sans doute l'endroit que je trouve le plus ennuyeux au monde. Ici, je suis resté littéralement bouche bée d'émerveillement, ce qui ne sera ni la première ni la dernière fois du séjour, mais je ne m'attendais guère à ce que cela survienne dans un supermarché! Nous avons ensuite droit à un excellent dîner maison, accompagné de sake. Inutile de préciser qu'à la fin de cette très longue journée, nous tombons plus que nous ne nous couchons dans nos futons. Une bonne nuit de sommeil devrait nous permettre d'attaquer la suite!

dimanche 22 avril 2012

FORWARD - Never Forget 3/11 : A Photo Book of Encouragement and Gratitude

Je me permets de refaire un crochet par le documentaire "FORWARD" diffusé par jibtv.com avec ce reportage unique portant sur la réalisation par des lycéens d'un album photos destiné à transmettre les messages d'encouragement des Japonais de tout le pays à destination des victimes du drame du 11 mars 2011.


L'objet de ce programme consiste donc à mettre en valeur le soutien moral que les Japonais apportent à leurs compatriotes victimes des éléments et/ou des problèmes rencontrés à la centrale nucléaire de Fukushima. Les lycéens étant, plus que les adultes, dans une capacité réduite à offrir une aide matérielle ou monétaire, il est intéressant de pouvoir observer ce type d'initiatives. Certains épisodes précédents de la série de documentaires "FORWARD", en plus de faire un peu de publicité à Canon (mais on sait comment fonctionne le petit écran nippon), avaient déjà illustré à quel point la photographie peut être un outil pertinent pour transmettre ses sentiments à autrui. Par conséquent, la mobilisation de clubs de photographie dans de nombreux lycées, répartis dans tout le pays, pour créer un beau livre destiné aux victimes fait tout à fait sens. Les milliers de photographies collectées sont tout simplement des messages de soutien écrits par des passants acceptant d'être photographiés en portant leurs petites pancartes d'encouragement. Voilà une belle initiative, qui méritait certainement d'être saluée! On relève d'ailleurs que la mobilisation de ces lycéens est prise au sérieuse par leurs aînés, puisque le résultat de leur travail se voit exposé dans des lieux publics, mais également lors d'un Salon professionnel dédié à la photographie.


 Les réalisateurs du documentaire ont également pris le soin d'ajouter une touche plus intimiste, et à mon sens très juste, à ce reportage. En suivant l'une de ces photographes en herbe, on découvre une jeune fille d'une grande timidité pour laquelle ce projet représente un moyen de communiquer ses sentiments personnels, mais également de créer des liens avec les autres lycéens investis dans cette action généreuse.


A contrario, on a assez peu vu les récipiendaires de ce projet id est les victimes et l'accueil que celles-ci peuvent lui réserver. Peut-être parce qu'en ce début d'année 2012, l'ouvrage final était encore sous presse? Mais je pointerais alors, dans cette hypothèse, une sortie prématurée de ce reportage. Bien évidemment, on se doute que les victimes de la catastrophe du 11 mars 2011 ne peuvent qu'être touchées par la mobilisation de ces jeunes et les encouragements prodigués par leurs compatriotes résidant aux quatre coins du Japon. Néanmoins, j'ai été légèrement démangé par une petite inquiétude: s'agissait-il, via ce reportage quasiment mono-centré sur ces lycéens, de flatter quelque peu l'égo nippon en montrant à quel point sa population est active et sensible aux sorts de ses victimes? Peut-être aurait-il fallu passer un peu plus de temps sur la réaction des victimes et percevoir ainsi davantage tout l'intérêt du soutien moral qui leur est encore si nécessaire une longue année après les faits.


La critique peut sembler un peu facile et dure, mais, qu'on se rassure, il s'agit bien d'une interrogation et non pas d'une condamnation, le témoignage de ce genre d'actions ayant de toute façon un réel intérêt. Tout en gardant un œil critique, on ne peut en effet que respecter et saluer les efforts du Japon pour se reconstruire et communiquer au monde les sentiments qui l'animent.


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samedi 21 avril 2012

Ruri no Shima

 

Le soleil, la mer d'un bleu turquoise, les plages de sable fin, les barrières de corail... qui ne voudrait du calme et de l'art de vivre d'une île paradisiaque située à l’extrême sud du Japon? Apparemment, beaucoup de monde, du moins si on en croit l'inquiétante dépopulation connue par les ilots de l'archipel Yaeyama. L'effondrement des industries locales de pêche au thon a en effet conduit les habitants à émigrer vers des centres urbains à la recherche d'un emploi stable et de structures publiques situées à une rassurante proximité. Sur l'île d'Hatoma (Hatomijima dans la série), les parents du dernier enfant scolarisé en maternelle ne souhaitent pas le voir poursuivre ses études à l'école primaire locale et décident donc de partir pour une ville plus grande. L'établissement scolaire de l'île se trouve ainsi condamné à la fermeture, mettant à mal les chances de voir l'île survivre aux derniers vieillards y résidant. C'était sans compter la volonté farouche de ses habitants, qui se mirent à chercher le moyen de faire revenir des enfants dans leur petit coin de paradis. Partant de cette histoire vraie, Ruri no Shima nous dévoile la rencontre mouvementée entre une jeune Tokyoïte et cette culture ilienne traditionnelle.


Il faut avouer qu'en l'espèce le choc culturel était particulièrement aisé à mettre en œuvre, d'autant plus qu'elle se double d'une différence d'âge flagrante entre cette gamine de 11 ans, plutôt mature mais rebelle, et une population locale dont la moyenne d'âge dépasse les 63 ans. Les amateurs avertis se douteront que l'un des fils rouges du drama est de faire de cette rencontre une école de la vie pour la jeune Ruri. Délaissée par sa mère biologique, celle-ci se place constamment dans une logique de provocation envers un monde adulte auquel elle ne fait plus confiance. Ses interactions avec les habitants de l'île, parfois sévères ou maladroits mais toujours chaleureux et prompts au pardon, lui permettent peu à peu de grandir et de retrouver son équilibre. Le téléspectateur est ainsi invité à vivre avec elle ses colères et ses chagrins mais aussi ses joies, lorsqu'elle se trouve confrontée à l'amitié, au respect, à la solidarité, a la responsabilité ou à la mort. En compagnie de Ruri, nous sommes également conviés à découvrir un autre mode de vie dont on ne nous cache ni les plaisirs, visibles à l’œil nu, ni les inconvénients, plus discrets mais réels, tel le manque d'intimité, patent sur une île de moins de 4km de circonférence.


Si les aventures de Ruri servent de fil conducteur à ce drama, de nombreuses histoires viennent en étoffer la trame. De nombreux personnages se voient ainsi doter d'une réelle épaisseur et permettent en conséquence de réellement s’immerger dans la vie de ces insulaires. Au côté de la jeune héroïne, très bien interprétée par Narumi Riko, on trouve ainsi, dans le rôle des parents d'adoption, le colérique mais sage et aimant Yuzo (Ogata Ken, magnifique acteur de Kaze no Garden notamment) et sa patiente et chaleureuse épouse Megumi (Baisho Mitsuko), qui n'auront pas partie facile avec la turbulente Ruri. Sanae-Sensei (Konishi Manami), professeur légèrement autiste, se découvrira une âme au contact de sa jeune élève, encouragée en cela par l'habile proviseur Ohama (Kishibe Ittoku). On s'attache et on suit avec intérêt les aventures de la famille Aragaki, composé de l'inquiet Jiei (Hiraizumi Sei), de la douce Yoshie (Ichige Yoshie) et d'un troisième larron-mystère, ou du couple Matsukuma, Koji (Katsumura Masanobu, père de famille indigne dans LIFE) et Natsumi (Nishiyama Mayuko ), fatigués de subir la pression d'un voisinage qui s'étonne de ne pas leur voir d'enfants, enfin du jeune couple un peu bohème constitué par Shigeru (Kashu Toshiki) et Mizuki (Igawa Haruka, vu dans Freeter, ie o Kau). Comment ne pas compatir également au triste sort de Shomei, simplet et alcoolique, interprété par Kohinata Fumiyo, acteur à la filmographie impressionnante et toujours parfait quel que soit le rôle qui lui est dévolu? Sans doute trouvera-t-on cette longue liste de seconds rôles quelque peu rébarbative, mais il faut y voir le signe de mon attachement affectueux à cette galerie de personnages.


Et puis, il y a Takenouchi Yutaka (Hoshi no Kinka, Long Vacation, Beach Boys, Koori no Sekai, Yankee Bokou ni Kaeru, Ningen no Shoumei, Rondo, BOSS, Fumo Chitai, Nagareboshi...) . Si son personnage, qui vient saupoudrer Ruri no Shima de quelques flocons tragiques, n'est pas sans intérêt, il faut avouer que ce rôle ne constitue pas en lui-même une raison suffisante pour lui consacrer ces quelques lignes à part. Non, ce qu'on retiendra en premier lieu du personnage de Kawashima Tatsuya, c'est l'extraordinaire charisme de Takenouchi Yutaka. En tant qu'homme, j'eusse du ressentir au moins une pointe de jalousie à son égard, mais ce ne fut pas le cas. Avais-je donc reconnu de facto que l'acteur était trop loin du commun des mortels pour ne susciter autre chose qu'une admiration respectueuse de ma part? Quel coup à mon égo...


Pour ne pas finir sur de ridicules prosternations devant une icône du petit écran, je préciserai que ce drama, s'il se laisse parfois aller à des développements faciles et donc pas toujours très originaux, a le mérite d'allier la beauté des images à une réflexion intelligente sur la vie contemporaine. En ne cachant pas les difficultés de vivre sur une île isolée, ni le coût que représente le maintien de services publics sur ces terres reculées, Ruri no Shima a l'habileté de ne pas condamner le mode de vie urbain mais plutôt de poser une vraie question sur l'avenir de ces communautés: à part être une destination touristique, que peuvent offrir ces cultures iliennes au Japon moderne? Elle se double d'une autre réflexion sur ce que peuvent apporter des personnes âgées à des jeunes générations, parfois quelque peu déboussolées. Il faut noter que, dans les faits réels, l'initiative de l'île d'Hatoma d'offrir un accueil à des jeunes en rupture de ban a rencontré un réel succès. Même s'il s'agit d'une adaptation romancée, vous n'en serez pas surpris si vous prenez le temps de faire cette balade sur l'île de Ruri.


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8/10 : Somehow I really enjoyed that one. Personal fave.


Official Site
The complete details about Ruri no Shima on drama-wiki
Ruri no Shima with English subs