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dimanche 2 décembre 2012

Change



En cette fin d'année 2012, l'un des principaux partis de France a décidé d'offrir ses divisions internes en spectacle. Malgré tout le cynisme qu'on peut avoir envers la scène politique, je ne peux m'empêcher d'être surpris par la (non-)réaction des commentateurs et autres experts qui semblent considérer comme le plus naturel du monde les fraudes, tricheries, manipulations et autres malversations, supposées ou avérées, qui agitent ce petit monde. Comme si tout cela faisait intrinsèquement partie de la vie politique et qu'il fallait bien être naïf pour attendre autre chose de ceux qui nous gouvernent (ou en ont l'ambition). Soit. Mais dès lors, comme s'étonner d'une désaffection et d'une méfiance des citoyens pour une classe dirigeante à laquelle on accorde de si vilains défauts? Cette question ne se pose pas qu'en France naturellement, et elle est l'objet-même de Change, un drama aux contours naïfs mais au contenu pas si neutre.


Diffusée en 2008, cette série précède donc les tragiques évènements de mars 2011, depuis lesquels le désamour vis-à-vis de la classe dirigeante semble avoir atteint des sommets. En effet, l'incapacité des dirigeants nippons à faire face à la crise, notamment concernant le relogement, les lourdeurs de l'administration, les promesses non-tenues voire les mensonges quant à la situation réelle du pays, ont conduit des citoyens et des personnalités de tous bords à tenir des discours extrêmement durs à l'égard du gouvernement. La thématique de Change demeure donc d'une brûlante actualité.


Il ne faut pour autant pas attendre de ce drama une dénonciation violente du fonctionnement d'un système politique, de toute façon régulièrement brocardé et qui assure une véritable rente de succès pour les scénaristes qui le mette en scène. Les séries s'attardant sur les coulisses du pouvoir, la corruption des politiciens, les coups de poignard dans le dos et les ambiances aussi traîtresses que feutrées sont légion. De ce point de vue, Change n'offre rien de bien neuf, voire pourrait être considéré comme un montage facile puisque la série ne propose, de prime abord, rien d'autre que de jeter un homme honnête et désintéressé dans la fosse aux lions. Censé être une marionnette aux mains de politiciens sans scrupule, si sa naïveté l'expose aux coups, sa droiture lui apporte des soutiens sincères et vient contrecarrer les plans des vieux briscards qui pensaient le manipuler. Un conte pour enfants? Sans doute par certains aspects, en particulier par l'avènement de cet étranger au système au poste de Premier ministre - pourquoi faire les choses à moitié? - et par l'idéalisation d'un gouvernant capable de s'attarder sur des problèmes "mineurs" quand on sait que les 24H d'une journée sont à peine suffisantes au moins important des ministres pour tenir toutes ses attributions. Bon nombre d'autres détails viennent entacher la crédibilité d'un tel scenario, mais peu importe, car l'essentiel doit, à mon avis, être trouvé ailleurs.


En premier lieu, le personnage d'Asakura Keita, précipité bien malgré lui dans l'arène politique, doit être considéré comme un fantasme - et je ne dis pas cela parce qu'il est interprété par Kimura Takuya. Il incarne un individu paré des qualités idéalisées de l'homme lambda japonais - intègre, vertueux, travailleur, minutieux, désintéressé, ayant du bon sens... - auquel on ajoute quelques traits propres à toucher les cœurs compatissants: Asakura est un peu rêveur, un peu maladroit, un peu naïf. Ce personnage, censément ordinaire et qui souhaite le rester, met ainsi d'autant plus en relief le dévoiement d'une classe politique amorale, avide et sclérosée. Le fossé entre les citoyens, représentés par Asakura Keita, et leurs dirigeants se révèle donc particulièrement visible.
Dans un second temps, le personnage joué par KimuTaku se pose en modèle de ce que les Japonais s'estiment en droit d'attendre de leurs dirigeants. On se doute bien que le mode de fonctionnement du Premier ministre de fiction et de son équipe n'est pas franchement transposable à la réalité, mais il s'agit ici plutôt de donner une direction, un idéal, peut-être pas à atteindre mais au moins à viser et certainement pas à oublier. Dans Change, plus que l'incompétence des dirigeants, c'est l'oubli de leurs devoirs et des attentes des citoyens qui est stigmatisé. L'intérêt public souffre d'un désir de pouvoir des politiciens devenu une fin en soi. Le personnage d'Asakura rappelle que ce qu'attend l'homme de la rue, c'est qu'on se penche sur ses problèmes concrets.
Enfin, et c'est là, sans le moindre doute, le point le plus important, Change remet le citoyen face à ses responsabilités. Dans une démocratie, où le pouvoir appartient donc au peuple, celui-ci ne doit pas oublier ses devoirs, notamment le choix de ses dirigeants. Dans un système social japonais héritier d'un féodalisme encore récent à l'échelle de l'histoire du pays - Asakura Keita ne se trouve-t-il pas lui-même propulsé au poste qu'il occupe parce qu'il est le fils d'un politicien? -  la tentation est grande de remettre le poids de la responsabilité de la bonne marche du pays aux seuls dirigeants. C'est oublier que le peuple a, quant à lui, la responsabilité de choisir ceux qui le dirigent, de faire pression pour que ses préoccupations soient prises en compte et, s'il ne s'estime pas satisfait, non seulement de sanctionner ou de changer de dirigeants, mais également de s'investir dans la vie de la cité. Le monologue d'une durée record - jolie performance d'ailleurs - tenu par Asakura Keita lors du dernier épisode du drama se révèle ainsi comme un appel à la responsabilité du citoyen, et c'est notamment en cela que Change diffère des séries politiques habituelles et dévoile une certaine ambition.


A ces points intéressants, s'ajoutent quelques critiques complémentaires du système, plus courantes certes, mais qui participent à l'écho que Change donne de la désaffection des Japonais pour leurs élites. Parmi celles-ci, on relève la lourdeur de la bureaucratie et l'arrogance des technocrates qui y prolifèrent et n'hésitent pas à s'estimer plus compétents que les élus qu'ils sont censés servir. On note également, et dans un pays comme le Japon, tiraillé entre modernité et tradition, cela a son intérêt, que l'inertie liée aux habitudes est également montrée du doigt: le passé ne devrait en effet pas être un obstacle à l'initiative et aux changements.


Certes, tout cela fleure bon l'idéalisme et les aspects moralisateurs peuvent laisser dubitatifs. On pourrait, comme c'est mon cas, préférer un peu moins de candeur et plus de réalisme afin que la leçon porte mieux. Je doute, malheureusement, que la fraîcheur du personnage principal puisse dans les faits réellement toucher les élites qui s'agitent dans les ministères. Le choix de saupoudrer cette série d'éléments propres aux comédies prête également à discuter. Mais si tout cela, et d'autres choses encore, est avéré, il n'en demeure pas moins que Change est un divertissement sympathique et mérite sur le fond qu'on lui prête une attention qui ne se limite pas au 1er degré car, comme bien des dramas sur d'autres thèmes, il révèle un certain nombre d'éléments sur l'état d'esprit de la société japonaise. Et puis, il serait dommage de faire fi d'un fort bon casting, en tête de gondole duquel on retrouve les toujours excellents Kimura Takuya, Abe Hiroshi, Fukatsu Eri et bien d'autres - avec une mention spéciale pour Terao Akira (vu notamment dans Yasashii Jikan).

Bonus: Ending signé Madonna



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7/10 : At least worth checking out.



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dimanche 15 juillet 2012

Mayonaka no Ame


Depuis le mois de mai et mon retour du Japon, il a été essentiellement question sur ces pages de mon séjour dans l'archipel nippon. On en finirait presque par oublier que ce blog a originellement été créé pour chroniquer des dramas et je me propose donc de faire un petit intermède dans le récit de mes pérégrinations pour effectuer un retour aux sources.


Mayonaka no Ame fait partie de ces dramas rencontrés un peu par hasard en croisant des informations diverses: noms connus, récompenses et autres. Par ailleurs, je n'avais encore jamais trop tenté de regarder une de ces séries dites "médicales" et l'occasion m'apparut donc bonne de m'y mettre. Cela étant, les aspects famille et policier occupant une part au moins aussi importante dans l'intrigue générale de la série, je ne tirerai pas de l'expérience des leçons définitives quant aux dramas se déroulant dans l'univers hospitalier.


Pour en venir au synopsis de Mayonaka no Ame, Tokura Takashi, un jeune chirurgien émérite est recruté par un hôpital privé appartenant à la famille Izumida. Rapidement, il se trouve mêlé aux luttes politiques qui agitent l'établissement et fait en parallèle la rencontre d'une policière aux prises avec des troubles psychologiques. Comme les Japonais aiment à le faire, passé et présent des différents personnages vont se mêler et s'emmêler pour lever peu à peu le voile sur les actes et les caractères des différents protagonistes. Le véritable attrait du drama réside d'ailleurs dans ce dernier point. Mayonaka no Ame s'avère être une série où les personnages dépassent de loin l'intérêt de l'intrigue. Si celle-ci se révèle d'un niveau honorable, elle ne saurait suffire à retenir l'attention du téléspectateur sans la profondeur accordée à des protagonistes tout en ambiguïté. Le personnage principal, Tokura Takashi, illustre cette volonté de semer le doute tant il est vrai que, rendu à la moitié de la série, on ne sait toujours dire de lui s'il est un vrai ou un faux méchant.


Pour porter ces rôles, il fallait un casting solide et on ne saurait remettre en cause celui-ci. Dans le rôle titre du Dr. Tokura Takashi, Oda Yuji (Tokyo Love Story, Odoru Daisousasen, Last Christmas...) incarne parfaitement ce personnage compétent mais abrupt, parfois antipathique, aux manœuvres troubles et aux ambitions obscures. Au sein de l'hôpital, il se heurte rapidement avec un irascible président, Izumida Keichiro (Nagatsuka Kyozo), et dispute le futur de l'établissement au fils de celui-ci, Izumida Shunsuke, interprété par Abe Hiroshi. Ce dernier joue là un personnage, certes secondaire, mais original car, dénué du machiavélisme de son adversaire et intéressé au premier chef par la survie de l'hôpital familial quitte à devoir avaler quelques couleuvres, il s'extirpe du rôle classique de fils à papa arriviste pour offrir une réplique positive et intègre au sombre Tokura Takashi. Les personnages secondaires gravitant dans l'hôpital autour de ces premiers rôles évitent les fausses notes et on relève notamment la bonne prestation d'Ishiguro Ken (Change, Marks no Yama...) dans le rôle de l'arriviste Ando Hiroshi. A cet univers médical vient se greffer l'inspectrice Misuzawa Yukiko, profondément intriguée par la personnalité du Dr. Tokura dont elle tente de se rapprocher. Son rôle est joué par nulle autre que Matsuyuki Yasuko, qui dévoile ici un charme inattendu de la part de l'actrice marmoréenne de Suna no Utsuwa et Mother.


Quitte à me répéter, c'est assurément cette galerie de personnages qui retient l'attention dans Mayonaka no Ame. Notons également un point positif s'agissant de la forme: fidèle à son titre, la série se déroule essentiellement à des heures nocturnes par temps d'orage, participant ainsi grandement à renforcer son ambiance sombre et pesante. Il faut en effet souligner que les moments de joie et les sourires sont globalement absents de Mayonaka no Ame, en toute cohérence avec le ton général de la série. A contrario, le fonctionnement politique et corrompu du monde hospitalier prend bien quelques claques au passage, mais le sujet demeure accessoire. L'intrigue tient également la route mais sans offrir grand chose de neuf et sachant que les Japonais y succombent, comme trop souvent, à leur goût immodéré pour les coïncidences du destin.  En conséquence, une fois faite la somme entre aspects positifs et négatifs, ce drama ne laisse pas de souvenirs véritablement marquants et ne s'impose donc pas comme un incontournable. La série mélange les genres - policier, série médicale, drame familial - sans s'imposer dans aucun. Tout cela est bien maîtrisé mais ne laisse pas de souvenir impérissable, ce qui s'avère un peu décevant au regard de son brillant casting.


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6/10 : That wasn’t too bad, I guess. But never worth a rewatch.



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lundi 11 juin 2012

Egao no Hosoku

Petit intermède dans le récit de mes pérégrinations au Japon. Ayant récemment raconté mes aventures dans un ryokan, je pense que l'occasion est bonne pour parler d'Egao no Hosoku, un drama se déroulant justement dans l'un de ces établissements typiques.


A dire vrai, j'avais retenu cette série dans ma sélection du fait de son duo d'acteurs principaux, id est Abe Hiroshi et Takeuchi Yuko. L'un, Sakurai Reijiro, joue le rôle d'un mangaka en mal d'inspiration et cherchant un lieu isolé pour retrouver verve et concentration. L'autre, Kurasawa Yumi, devient, par un complet hasard, son assistante personnelle. Les deux se retrouvent donc dans une auberge traditionnelle, à l'écart de l'agitation tokyoïte. Du moins, telle est l'idée originelle, finalement très perturbée par l'énergie débordante de Yumi. Ce personnage survolté et pas très mature se heurte d'ailleurs rapidement à la très conservatrice Yuzuhara Misako (Nogiwa Yoko), maîtresse des lieux à la poigne d'acier, qui goûte assez peu toute cette exubérance. On la comprend d'autant mieux que ladite Yumi se révèle aussi maladroite qu'intrusive, n'hésitant pas à se mêler des affaires de tous même si c'est avec les meilleures intentions du monde. Les heurts constants et plus ou moins mouchetés entre ces deux pôles de la femme japonaise, l'une spontanée mais garçon manqué, l'autre tout en contrôle et parfaite figure de la tradition, constituent le principal intérêt d'Egao no Hosoku. Naturellement, l'idée consiste à voir les avantages et les inconvénients de l'une et l'autre posture et d'accompagner les personnages dans leur évolution mutuelle au contact de leur opposée.


Le rôle de l'électrique Yumi est assurément fait pour Takeuchi Yuko (Mukodono!, Lunch no Joou, Pride, Bara no nai Hanaya...), qui n'est jamais aussi à l'aise que lorsqu'elle doit balader à tout bout de champ son grand sourire, enchaîner les mimiques faciales, et faire preuve d'une énergie démonstrative. Abe Hiroshi, dont la filmographie est trop longue pour être citée, joue un personnage moins original, plus discret mais plutôt sympathique, et se contente de laisser son naturel et son charisme jouer pour lui. Enfin, Nogiwa Yoko incarne avec perfection cette maîtresse-femme, solidement attachée à la tradition, et parangon de la Japonaise d'antan dont elle porte le kimono, parle la langue et, en somme, adopte toutes les valeurs. En lien direct avec ce personnage, on notera que, comme d'habitude, le sacrifice de sa vie personnelle et de celle de ses employés, au profit du travail, demeure une valeur indiscutée sur le petit écran nippon: que désirer de plus dans la vie que la satisfaction de sa clientèle?...


Suit derrière ce trio de tête toute une galerie de seconds rôles qui seraient sympathiques si la série ne souffrait d'un grave défaut: le surjeu. Il ne s'agit pas ici de touches humoristiques parsemant le drama, mais d'une constante qui finit par ruiner toute possibilité du téléspectateur de s'abandonner à l'histoire ou de s'attacher aux protagonistes. Seule exception, le personnage de Kazuya (Nishijima Hidetoshi), absolument navrant d''inexpressivité. L'excès en toute chose étant mauvais, la limite du supportable s'avère allègrement franchie par la ribambelle hystérique portée à l'écran et finit par lasser, d'autant plus que le scenario, qui propose une suite d'historiettes pratiquement distinctes les unes des autres, n'offre ni surprise, ni rebond. Bref, après avoir apprécié le décor des lieux, compris la leçon de la série et eu le plaisir de retrouver quelques têtes connues, voire de côtoyer le quotidien d'un mangaka pour les aficionados, l'ensemble ne prenant pas beaucoup de temps, on s'ennuie et on attend avec impatience la fin d'un drama en douze épisodes qui s'achève à bout de souffle.


Même en prenant en considération le fait que j'ai eu sous les yeux une version de qualité très médiocre avec également des sous-titres mal synchronisés, je ne peux que porter un regard dubitatif sur Egao no Hosoku. Certes, on relève quelques points positifs quant à cette rencontre, mi-drolatique, mi-explosive, entre tradition et modernité, mais le surjeu, la linéarité et la désespérante longueur de ce drama finissent par détruire tout l'intérêt du séjour.


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4 : The question is: for how many episodes will YOU be able to stand it?



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jeudi 22 septembre 2011

Shiroi Haru

Parler d'un drama au titre ouvertement printanier au moment où l'automne commence... après tout, pourquoi pas? Il n'y a jamais de mauvais moment pour raconter une belle histoire et applaudir un grand talent.

A vrai dire, les deux se confondent puisque cette histoire est d'abord celle d'un homme, Sakura Haruo, incarné par ce fabuleux acteur qu'est Abe Hiroshi (Trick, At Home Dad, Dragon Zakura, Kekkon Dekinai Otoko, CHANGE, Saka no Ue no Kumo, Shinzanmono). Après 9 années passées en prison, Haruo découvre que Mariko (Konno Mahiru), la femme pour laquelle il a sacrifié sa liberté, est décédée de maladie. Alors que le crime qu'il a commis, en échange d'une forte somme d'argent, aurait dû permettre d'éviter cette issue funeste, Haruo noie son chagrin dans la colère. Sa fureur se dirige vers Murakami Yasushi (Endo Kenichi), un artisan boulanger qui semble avoir entretenu une relation avec Mariko au moment de son décès: lui aurait-il soutiré son argent, et donc condamnée à mort, pour ouvrir sa boutique? C'est dans ces circonstances qu'Haruo rencontre Sachi (Ohashi Nozomi), la fille de Murakami et qu'un lien étrange se noue entre eux.

Il m'arrive parfois de me demander si je dois vraiment réécrire un synopsis qu'on peut trouver facilement par ailleurs. Après tout, mes très rares lecteurs connaissent souvent l'histoire aussi bien que moi, aussi devrais-je peut-être me consacrer uniquement à la critique de la série et de ses acteurs? Pourtant ces brèves introductions sont bien utiles pour faire apparaître les thèmes principaux qui porteront la série, clairement ou en germes.

Parlons du plus visible d'abord. Ce drama dépeint avec acuité l'effondrement social résultant d'un séjour en prison. Pour une fois, et c'est à souligner, on évite le couplet lancinant de la honte indélébile du coupable pour se mettre à la place de l'ancien taulard et comprendre son isolement et sa misère. Haruo, dont l'avilissement est parfois montré de manière très crue, comme lors de la distribution de la soupe populaire, se retrouve au plus bas de l'échelle sociale, avec des chances de réinsertion minimales. C'est néanmoins parmi ces marginaux et ces exclus de la société qu'il retrouvera, en la personne de Nishida Shiori (Yoshitaka Yuriko), un peu de solidarité et de sympathie. Cette jeune fille taquine, qui lui offre un refuge, et la jeune Sachi seront, à des degrés divers, les deux artisans de l'évolution du personnage principal et, peut-être, de sa reconstruction.

Mais ces sentiments aimables ne suffisent pas pour étancher la soif de vengeance de Haruo. Sa revanche lui est d'autant plus nécessaire qu'elle apparaît comme la seule solution pour combler le vide de sa nouvelle vie. En fait, le personnage semble chercher une façon d'exorciser son impuissance à avoir pris soin de la femme qu'il aimait. En choisissant de commettre un crime et d'aller en prison, Haruo s'est condamné lui-même à l'absence et à l'inaction. Ce constat amer mais vrai lui sera constamment rappelé au fil de l'histoire et de ses rebondissements. Peut-on vraiment rattraper le temps perdu?

Une question d'autant plus cruciale qu'elle se trouve au cœur de l'affrontement entre Sakura Haruo et Murakami Yasushi. Je ne peux malheureusement trop m'y pencher sous peine de dévoiler l'intrigue, mais j'ai aimé la très grande justesse du scénario sur ce point et la crédibilité des deux acteurs. Qu'aurions-nous fait à la place de ces deux hommes? Shiroi Haru administre une leçon de vie sur le difficile équilibre à trouver entre ce qui semble bon, bien ou préférable et ce qui est juste. Le scénariste lui-même renonce d'ailleurs à délivrer son avis, comme le prouve un dernier épisode, que certains trouveront insatisfaisant mais qui a le mérite de laisser les téléspectateurs libres de leur propre opinion.

Pour porter cette histoire, il fallait donc un grand acteur et Abe Hiroshi, touchant, sincère, naturel, vrai, en un mot: excellent, relève le défi haut la main. Ce n'est pas un hasard, mais bien un hommage, si je le fais figurer sur chacune des illustrations. Il se trouve être très bien accompagné par un vieil habitué des caméras, Endo Kenichi, dans le rôle de Murakami, qui joue avec beaucoup de justesse cet homme ordinaire tiraillé entre ses envies et ses peurs d'une part, sa morale et sa conscience de l'autre. Un tiraillement partagé par sa belle-sœur, Takamura Tanako, interprétée sobrement par la toujours convaincante Shiraishi Miho (Orange Days, Densha Otoko). A contrario, n'est pas Yagi Yuki qui veut (cf. Bara no nai Hanaya), et la petite Ohashi Nozomi ne m'a pas toujours ému, mais fort heureusement sans réellement porter préjudice à son duo avec Abe Hiroshi. J'ai également apprécié les apparitions rafraichissantes de Yoshitaka Yuriko (Ashita no Kita Yoshio, Love Shuffle), interprétant la mutine Shiori, jeune fille espiègle à la recherche d'une figure paternelle protectrice. Globalement, le casting et l'ambiance créée par les acteurs sont convaincants. On a l'impression de traverser un moment extraordinaire de la vie finalement très ordinaire de gens qui le sont tout autant.

Il ne manque pas grand chose pour faire de Shiroi Haru un de ces dramas qui marquent durablement les amateurs du genre. A moins que, plutôt qu'un manque, il faille parler d'un trop plein, en l’occurrence d'un excès d'épisodes eu égard au scenario parfois monocorde. Le rythme lent et les développements prévisibles finissent en effet par desservir les sentiments nés du visionnage de cette série. Ceux-ci s'en trouvent dilués faute de scènes fortes capables de revitaliser une histoire qui s'étale, parfois mollement, sur onze épisodes. On ressort donc de ce drama en ayant eu l'impression de passer un moment agréable, mais sans cette émotion qui oblige à reprendre son souffle une fois l'écran éteint.

Le regret exprimé ici ne doit cependant pas détourner le téléspectateur du plaisir de s'offrir ces quelques jours de printemps, en excellente compagnie, sous les cerisiers en fleurs.


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7/10 : At least worth checking out.


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vendredi 18 février 2011

Shinzanmono

Il est un genre dont je me fais assez peu l'écho sur ces pages alors même qu'il représente une large part de ma consommation de dramas: le policier. La raison de cette quasi absence résulte de la recherche effrénée d'une série qui saura me laisser une sensation légèrement supérieure à l'équanimité que m'inspire l'immense majorité des séries policières nippones. Malheureusement, Shinzanmono ne s'extrait pas vraiment de ce morne lot.

En réalité, mon entrée en matière est quelque peu injuste vis-à-vis de cette catégorie de dramas. Il est certain que le regard que j'y porte est affecté par mon attrait pour les séries policières, type The Shield, qui nous viennent d'outre-Atlantique. Si je ne m'attendais pas à retrouver ce genre de productions glauques et musclées au Japon, je dois avouer ma surprise à tomber perpétuellement sur des séries qui semblent au contraire verser dans une tendance totalement inverse. Pourtant, dans d'autres types de programmes ou media, on ne peut pas dire que les Japonais fassent réellement la fine bouche sur les excès en tous genres. Rien de tel dans ces dramas d'une sobriété surprenante! On se demande même parfois si la série ne serait pas qualifiée de "policière" uniquement parce-que son personnage principal appartient aux forces de l'ordre et Shinzanmono constitue à ce titre une excellente illustration.

Partant de l'assassinat mystérieux d'une femme dans un arrondissement populaire typique de Tokyo, l'inspecteur Kaga (Abe Hiroshi) va s'immiscer dans la vie du quartier pour tenter de retrouver l'assassin. La construction de la série est alors très simple: à chaque épisode, du fait de son témoignage bancal, un nouvel habitant se retrouve dans la ligne de mire de l'enquêteur. A noter que le rapport dudit témoignage avec l'affaire semble parfois fort nébuleux, voire quasi inexistant. On prend donc rapidement conscience que le meurtre initial n'est finalement qu'un prétexte à cette série, dont l'objet semble plutôt de faire du téléspectateur un voyeur baladé au cœur de la vie d'un quartier où se dévoilent les petits mensonges et les grands secrets, les disputes familiales et les querelles de voisinage. On serait presque surpris d'être ramené à l'enquête principale au dernier épisode!

Alors, certes, l'ensemble se laisse regarder distraitement, d'autant plus que le casting est aussi riche qu'impeccable, mais j'avoue mon désarroi de m'être retrouvé devant l'équivalent japonais d'un feuilleton télévisé sur France Télévision quand je cherchais tout simplement un bon polar avec un soupçon de noirceur et - au diable l'avarice! - quelques gouttes d'hémoglobine. Ma recherche de la série policière japonaise dont l'intrigue me tiendra en haleine d'un bout à l'autre du récit se poursuit donc...


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6/10 : That wasn’t too bad, I guess. But never worth a rewatch.



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jeudi 18 décembre 2008

Dragon Zakura


Contrairement aux apparences, je ne suis pas un mordu de school drama. Néanmoins, cette catégorie de séries occupe une place importante dans le paysage audiovisuel japonais et on y retrouve fort logiquement des acteurs appréciés en d’autres occasions. C’est ainsi que la présence d’Abe Hiroshi et d’une brochette de jeunes idoles en devenir m’ont incité à prendre le temps d’un regard sur Dragon Zakura.

Dans un pays cartésien comme l’est la France, nous savons tous que certaines écoles prédestinent à la réussite professionnelle et sociale. Les études socio-économiques confirment également que l’enseignement ne change que peu de choses à la donne sociale. Le même diagnostic semble pouvoir s’appliquer au Japon et sans doute en bien d’autres endroits. On peut le déplorer, s’y résigner ou encore crier, bien inutilement hélas, à l’injustice… Sakuragi Kenji (Abe Hiroshi) propose une autre alternative : accepter les règles du jeu, certes, mais faire le nécessaire pour qu’elles vous soient favorables à terme. Ainsi s’engage un véritable marathon pour faire entrer cinq élèves du lycée de 2nde zone Ryuzan à la très prestigieuse université de Tokyo (Toudai).


La série est rythmée par la recherche des cinq lycéens susceptibles d’intégrer le cours préparatoire spécial, de leurs professeurs et des défis successifs lancés aux méthodes traditionnelles d’enseignement, incarnées par le professeur d’anglais, Ino Mamako (Hasegawa Kyoko). Bien évidemment, les méthodes pédagogiques de Sakuragi Kenji sortent de l’ordinaire, mais, loin d’exister uniquement dans le but de divertir le téléspectateur, elles lui donnent également matière à réflexion en mettant en exergue le caractère abrutissant de l’enseignement : en vue de l’examen d’entrée à Toudai, toute la pédagogie est orientée vers le par-cœur et la minimisation des erreurs. L’épanouissement personnel ou la curiosité intellectuelle n’ont que peu de rapports avec l’objectif recherché : entrer dans la meilleure des universités pour intégrer l’élite.


« Entrez à Toudai et changez de vie », tel est le leitmotiv sans cesse rabâché aux oreilles de Yajima (Yamashita Tomohisa), Mizuno (Nagasawa Masami), Ogata (Koike Teppei), Kosaka (Aragaki Yui – vue dans My Boss, My Hero), Okuno (Nakao Akiyoshi) et Kobayashi (Saeko). Habitués à l’échec, désavoués par leurs parents, habités par le doute, ces lycéens sont forcément attachants, même si leurs histoires personnelles sentent parfois un peu le réchauffé pour le spectateur averti. C’est d’ailleurs là que le bât blesse. Si la thématique générale est intéressante, son traitement manque parfois d’originalité et de dynamisme avec un scenario relativement linéaire et peu surprenant.

N’en reste pas moins vrai que, bien loin des visions idéalisées d’un Gokusen ou d’un GTO, l’enseignement se dévoile ici sans fard id est comme un instrument de compétition sociale dans laquelle les vainqueurs sont exclusivement ceux qui l’acceptent et s’y inscrivent. La leçon de Dragon Zakura est dure… mais tellement vraie.


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7/10 : At least worth checking out.



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