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mardi 17 juillet 2012
Koori no Sekai
J'ai souvent souligné l'habilité des Japonais à mettre en scène des sentiments complexes de façon délicate, authentique et donc touchante. Koori no Sekai offre une nouvelle illustration de ce talent, au moyen d'un drama alliant efficacement le genre policier à la romance.
Hirokawa Eiki, agent d'assurance, enquête sur les disparitions brutales de ses assurés pour valider ou non le paiement des polices souscrites en faveur de leurs proches. Il se penche ainsi sur le meurtre inexpliquée d'une enseignante et se trouve vite interpelé par la personnalité d'Egi Toko, une collègue de la victime. Rapidement, ses soupçons, comme ceux de l'inspecteur Ujou Takeshi, portent vers cette femme altière dont les trois fiancés successifs sont décédés dans des circonstances douteuses. Plus l'ambitieux Hirokawa creuse dans le passé de la suspecte et découvre des raisons de s'inquiéter, plus cette femme intelligente, sombre et froide se transforme en véritable obsession au point d'y engloutir ses pensées... et son cœur. Est-ce au développement d'une véritable passion amoureuse ou à l'avatar d'un inéluctable "syndrome de Stockholm" - ou ce qui s'approche le plus d'un transfert affectif vers une supposée criminelle - que les téléspectateurs sont ainsi conviés? Question d'autant plus marquante que ceux-ci seront probablement affectés eux-mêmes par le personnage d'Egi Toko, d'un magnétisme troublant.
Qui mieux que la superbe Matsushima Nanako pouvait incarner la fascinante Egi Toko? L'actrice la plus classe de la télévision japonaise crève l'écran avec l'interprétation de ce personnage complexe, tour à tour glacial, touchant, hautain, inquiétant, énigmatique, émouvant. Takenouchi Yutaka, dans le rôle d'Hirokawa Eiki, lui offre la réplique avec la fougue, l'intensité et le charisme propres à ce talentueux acteur: les découvertes et les doutes, aussi bien que les sentiments de son personnage, entraînent à leur suite l'empathie des téléspectateurs. Le duo dévoile ici une belle alchimie qui emporte les suffrages. Malheureusement les autres acteurs se trouvent du coup relégués loin des projecteurs et n'offrent pas de partition marquante. Nakamura Toru (Karei Naru Ichizoku, Soratobu Taiya...) s'extirpe un peu de l'anonymat ambiant, mais son personnage irascible souffre de deux défauts: le premier est un acte dévoilé au fil du drama et qui me l'a rendu antipathique jusqu'à la dernière minute et j'avoue d'ailleurs un sentiment de gêne à l'égard de la mansuétude du scenario qui tente de rendre son personnage plus sympathique par la suite; le second, et corollaire à ce que j'évoque à l'instant, relève d'une volte-face mal expliquée dans ses agissements. Uchida Yuki, dans le rôle de la petite amie d'Eiki, retiendra un peu l'attention par sa jolie voix et son personnage sacrifié, avant que le désintérêt ne s'installe. Et c'est à peu près tout.
Pour être juste, et en dépit de l'indéniable attrait pour le couple phare, il faut également relever les défauts de Koori no Sekai. La réalisation d'abord, avec un drama de 1999 qui fait son âge, malgré quelques petites idées sur l'utilisation des filtres et de la lumière. Par ailleurs, la série n'est pas exempte de certaines longueurs et le scenario fait parfois montre de faiblesses. Si l'intrigue principale est en effet solide, la véritable nature d'Egi Toko échappant à toute certitude pratiquement jusqu'au dernier épisode, certains revirements dans l'attitude des personnages étonnent et la conclusion est, à mon avis, beaucoup trop faible. Par ailleurs, si la nature des sentiments est, comme je l'écrivais en préambule, finement explorée et si ceux-ci atteignent une rare intensité, leur expression m'est apparue parfois un peu forcée, trop mélodramatique.
Ces quelques défauts permettent de porter un jugement plus objectif, mais ne doivent évidemment pas occulter la qualité de ce drama porté par un duo très charismatique et un mystère habilement ficelé. Il en résulte un mariage réussi entre série (très) noire et romance. Koori no Sekai bénéficie également d'un joli thème au moyen du Diamond Dust d'Himuro Kyosuke, qui s'intègre parfaitement bien à l'ambiance générale du drama et pousse un peu plus le téléspectateur à s'immerger dans ce troublant monde de glace.
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7/10 : At least worth checking out.
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jeudi 17 novembre 2011
Soratobu Taiya
Enfin! Je l'ai longtemps cherchée, cette série japonaise à suspense qui me tiendrait en haleine de son premier à son dernier épisode, mais la voici! Son titre? Soratobu Taiya, un drama inspiré du double scandale impliquant le groupe Mitsubishi (cf. infra) qui frappa durablement la société japonaise et son rapport aux zaibatsu, fleurons et fierté du Japon.
Il est vrai que tous les éléments d'un authentique thriller se retrouvent dans cette affaire qui fut marquée par la mort d'une femme, en 2002, suite à un défaut de conception délibérément caché par le fabricant automobile. Le drama démarre d'ailleurs sur ce fait divers. Un camion, appartenant à une petite société de transport, perd l'une de ses roues dans un virage et celle-ci percute une piétonne et son enfant, provoquant le décès de la première. Aussitôt police, media et grand public pointent du doigt la responsabilité du transporteur, Akamatsu Transportation, d'autant plus que, suite à une expertise du constructeur, Hope Motors, il semble bien que le détachement de la roue soit le résultat d'un défaut de maintenance. Incroyable mais vrai: suite à un accident impliquant un de ses véhicules, c'est bel et bien le constructeur qui est mandaté par la police pour expertiser ledit véhicule et, par là, attribuer la responsabilité dudit accident. Cette présomption d’iniquité de la part d'un fabriquant, juge et partie, et surtout sa confiance à l'égard du professionnalisme de ses collaborateurs conduisent le président d'Akamatsu Transportation à se lancer dans une lutte, seul contre tous, pour laver l'honneur de son entreprise. Lutte démesurée que celle-ci, tant la petite société se heurte au gigantisme de son adversaire, à ses moyens, à ses relations avec le système bancaire, politique et médiatique. L'affrontement de David contre Goliath constitue une valeur sure pour s'attacher l'intérêt des téléspectateurs, mais encore faut-il qu'il soit bien mis en œuvre. C'est le cas de Soratobu Taiya, sans le moindre doute.
Bien que n'étant absolument pas expert en ce domaine, j'écrirai quelques mots sur la forme d'abord. La réalisation se rapproche du rythme des thrillers américains et l'histoire ne laisse pas le temps au téléspectateur de reprendre son souffle: les personnages complotent, les coups durs s'abattent sans prévenir, les séquences s'enchaînent. L'image, la musique, tout est ici à l'unisson. On se trouve ainsi happé par l'enchaînement des évènements, ce qui n'empêche cependant pas de bien suivre les tenants et les aboutissants des différentes manœuvres en cours. En l'espèce, il s'agit surtout de suivre les efforts désespérés d'Akamatsu face à une société civile qui se montre solidaire dans sa condamnation du fautif désigné. Ainsi, non seulement Akamatsu Transportation est livrée en pâture aux media et poursuivie en justice par l'époux de la victime, mais elle semble condamnée en conséquence à perdre ses clients, ses profits, ses employés... il n'est jusqu'à la famille du président de la compagnie qui se trouve victime des calomnies et des mauvais coups portés par le voisinage. La machine à broyer, injuste et terrifiante, est en place. On notera également que le transporteur sera littéralement pris à la gorge par sa banque, appartenant au même conglomérat que le constructeur. Vous avez pensé: "collusion"?
Tous les moyens sont en effet bons pour museler la petite société et Hope Motors ne se prive pas d'en user: blocage des appels, accusations et dénégations, refus de communiquer les conclusions des expertises ou de rendre la pièce de véhicule responsable de la perte de la roue, tentative de corruption, chantage voilée par la filière bancaire, pression par le budget publicitaire sur les media tentés de s'intéresser à l'affaire... L'enjeu est crucial pour le géant automobile qui craint le coût financier et en termes d'image d'un rappel de ses véhicules,
d'autant plus qu'il est au même moment à la recherche de capitaux pour redresser une situation économique menacée.Pour autant, Soratobu Taiya, même s'il valorise le courage du petit transporteur, tente d'éviter tout manichéisme pour faire de "Goliath" une entité plus grise que noire. Ainsi, les motivations du président d'Hope Motors se veulent pragmatiques et fondées sur l'intérêt global du conglomérat et de ses employés. En parallèle, au sein même de l'entreprise, des salariés s'interrogent sur la réalité de faits connus d'une unique poignée de responsables, mais également de l'intérêt à long terme d'une compagnie qu'ils ne se résignent pas à voir perdre ses valeurs d'honnêteté et de fiabilité qui font la fierté des entreprises japonaises et sont le support indispensable de la relation de confiance créée avec le consommateur. On relève quand même l'ambiance feutrée, secrète et embarrassée qui entoure ces rebelles en herbe et témoigne de la gêne viscérale du salarié nippon à s'opposer à son employeur, fut-ce pour les meilleures raisons du monde.
Le scenario est porté par une excellente distribution qu'il sera difficile de citer dans son ensemble, bien que rôles principaux et secondaires soient tous interprétés avec justesse. On ne peut que compatir aux malheurs qui s'abattent sur le président d'Akamatsu Transportation (Nakamura Toru, vu peu avant dans un autre grand Business Drama, Karei naru Ichizoku) et sur les siens, famille comme employés. La même compréhension s'étend aux salariés du groupe Hope, Sawada (Tanabe Seiichi) et Isaki (Hagiwara Masato), partagés entre fidélité à leur hiérarchie, intérêt de l'entreprise et sens de la justice. Face à eux, la real politik menée par les dirigeants de ces entreprises géantes est parfaitement incarnée par Kano (Kunimura Jun), président d'Hope Motors. On note d'ailleurs que les scénaristes ont tenu à ne pas céder à la facilité de la déshumanisation en lui adjoignant une nièce, Kaori (Mimura), qui ne voit en lui qu'un père de substitution, protecteur et aimant. On peut ajouter à cette liste l'inspecteur de police (Endo Kenichi, vu dans Shiroi Haru), écrasé par une pression qui l'invite à se concentrer sur Akamatsu Transportation plutôt que de subir les conséquences d'une enquête à l'encontre du géant automobile, la journaliste Enomoto (Mizuno Miki) qui tente de lever le voile sur les pratiques d'Hope Motors, et bien d'autres encore.
Intense et prenant, Soratobu Taiya mérite des louanges, pour tous les points déjà évoqués, mais également pour avoir osé se pencher sur un évènement récent qui a secoué la société japonaise. Il faut bien comprendre l'importance du contrat moral qui unit les entreprises nippones à leurs clients et qui se fonde sur l'excellence et la fiabilité de la production japonaise. Cette confiance est tellement ancrée dans la culture japonaise qu'il n'existe au Japon que peu de lois visant à protéger le consommateur des erreurs ou malversations dont il peut être victime. Elle est également une composante essentielle du lien étroit unissant l'employé à son entreprise et de son respect vis-à-vis des actes de sa hiérarchie. Soratobu Taiya s'attaque donc à l'un des fondements de la société japonaise, tout en tentant de montrer que des forces, fidèles aux valeurs traditionnelles qui font la réputation du Japon, existent en son sein et essayent de remettre les fautifs dans le droit chemin. Et tout cela, sans oublier les dommages humains collatéraux provoqués par ces machinations économiques. De la grande et belle ouvrage, assurément, et un drama qui se classe d'emblée comme un incontournable.---

9/10 : If you don’t watch this, you’ll regret it for the rest of your life.
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Le scandale Mitsubishi
En 2000, le Japon découvre avec stupeur que Mitsubishi Motors, sous l'égide de son président, a dissimulé des défauts sur les véhicules sortis de ses chaînes de production. Bien que le géant automobile ne se prive pas de porter le blâme sur de supposés défauts de maintenance de la part des propriétaires, des centaines de milliers de voitures et camions doivent être rappelés aux usines.
Deux ans plus tard, une mère de famille est tuée par un pneu échappé d'un camion de la marque Mitsubishi. Alors qu'on aurait pu croire que le scandale précédent avait incité les responsables à régler le problème, les conclusions de l'enquête démontrent que le fabricant dissimulait sciemment les défauts de ses véhicules et exerçait des pressions sur les transporteurs pour cacher les incidents... depuis 1977! Déconsidérée et avec des ventes en chute libre, l'entreprise n'a du sa survie qu'à la puissance du conglomérat Mitsubishi dont elle fait partie. On relèvera cependant que les dirigeants n'écopèrent que de peines avec sursis et la compagnie elle-même échappa à toute sanction financière.
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mardi 3 août 2010
Karei naru Ichizoku
Nul besoin d’être un étymologiste confirmé pour comprendre l’origine du terme « drama » employé par les Japonais pour désigner leurs séries télévisées. Pour autant, Karei naru Ichizoku mérite sans doute, plus que toute autre série de ma connaissance, d’être apparentée aux genres classiques des drames bourgeois et romantique. S’il n’en reprend pas tous les codes, il s’en inspire clairement pour proposer l’histoire de l’affrontement entre un père et son fils, au sein d’une grande dynastie bourgeoise des années 1960.En me lançant dans ce drama, il me fallait passer par delà un scenario, au travers duquel je craignais de retrouver l’une de ces séries familiales francophones que je fuis à toute jambe chaque été. Passionné d’Histoire, la perspective de plonger dans l’époque du Japon d’après-guerre m’avait convaincu de tenter ma chance. Je n’ai pu que m’en féliciter, car Karei naru Ichizoku fait en effet découvrir en détails aux téléspectateurs le développement économique à marche forcée du Japon conduit par ses élites gouvernementales. En l’occurrence, Manpyo Daisuke (Kitaoji Kinya) est à la tête d’une banque d’importance moyenne, menacée par un mouvement de concentration visant à créer, de force si nécessaire, un panel restreint de grandes institutions bancaires.
Dans le même temps, son fils aîné, Manpyo Teppei (Kimura Takuya), ambitionne de révolutionner l’industrie sidérurgique japonaise en modernisant les hauts fourneaux d’antan. Cette période d’intense agitation économique, où les manipulations politiques orientent les décisions financières, où les intérêts des modernes se heurtent au conservatisme des anciens, est parfaitement bien rendue. On se trouve ainsi plongé au cœur même d’un machiavélisme politico-économique qui ne s’embarrasse plus d’idéaux chevaleresque tombés en désuétude. C’est d’ailleurs là l’un des premiers points d’opposition entre un père, prêt à toutes les compromissions et les trahisons pour garder la main mise sur son empire, et un fils, moderniste par son savoir, mais dont les valeurs morales sont obsolètes dans cette nouvelle ère. Elles font certes de lui un meneur d’hommes, mais surtout un être qui s’accommode mal du cynisme de ceux qui l’entourent.L’affrontement entre les deux hommes constitue le cœur même du drame. C’est à un véritable affrontement de valeurs que le téléspectateur assiste. Derrière la façade de respectabilité d’une grande dynastie bourgeoise, le patriarche impose en effet à sa famille un mode de vie détestable, où son assistante et maîtresse s’impose en privé à son épouse légitime et à ses enfants.
Les humiliations qu’elle fait subir aux uns et aux autres, avec l’assentiment du chef de famille, sont bien évidemment insupportables pour un Manpyo Teppei révolté… et incrédule. Car la lutte voilée entre les deux hommes est totalement déséquilibrée, le jeune Teppei ne comprenant pas pourquoi ses efforts désespérés pour plaire à son père ne rencontre que le rejet d’un Manpyo Daisuke reptilien qui semble jouir des échecs de son fils, quand il n’en est pas directement à l’origine.Au fil des épisodes, les raisons du drame se feront jour peu à peu, en même temps que la famille et ceux qui l’entourent s’enfonceront de plus en plus dans la noirceur et le chaos des évènements. Les autres personnages mériteraient d’ailleurs plusieurs lignes de commentaires eu égard à leur performance. Un casting riche et impeccable permet en effet d’éviter toute fausse note. Pour autant, cette chronique ne s’en fera pas plus l’écho, non par paresse, mais bien parce qu’au terme de ce drame, le face à face du père et du fils occultera tout autre souvenir de cette grande série.
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8/10 : Somehow I really enjoyed that one. Personal fave.
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