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dimanche 2 décembre 2012

Change



En cette fin d'année 2012, l'un des principaux partis de France a décidé d'offrir ses divisions internes en spectacle. Malgré tout le cynisme qu'on peut avoir envers la scène politique, je ne peux m'empêcher d'être surpris par la (non-)réaction des commentateurs et autres experts qui semblent considérer comme le plus naturel du monde les fraudes, tricheries, manipulations et autres malversations, supposées ou avérées, qui agitent ce petit monde. Comme si tout cela faisait intrinsèquement partie de la vie politique et qu'il fallait bien être naïf pour attendre autre chose de ceux qui nous gouvernent (ou en ont l'ambition). Soit. Mais dès lors, comme s'étonner d'une désaffection et d'une méfiance des citoyens pour une classe dirigeante à laquelle on accorde de si vilains défauts? Cette question ne se pose pas qu'en France naturellement, et elle est l'objet-même de Change, un drama aux contours naïfs mais au contenu pas si neutre.


Diffusée en 2008, cette série précède donc les tragiques évènements de mars 2011, depuis lesquels le désamour vis-à-vis de la classe dirigeante semble avoir atteint des sommets. En effet, l'incapacité des dirigeants nippons à faire face à la crise, notamment concernant le relogement, les lourdeurs de l'administration, les promesses non-tenues voire les mensonges quant à la situation réelle du pays, ont conduit des citoyens et des personnalités de tous bords à tenir des discours extrêmement durs à l'égard du gouvernement. La thématique de Change demeure donc d'une brûlante actualité.


Il ne faut pour autant pas attendre de ce drama une dénonciation violente du fonctionnement d'un système politique, de toute façon régulièrement brocardé et qui assure une véritable rente de succès pour les scénaristes qui le mette en scène. Les séries s'attardant sur les coulisses du pouvoir, la corruption des politiciens, les coups de poignard dans le dos et les ambiances aussi traîtresses que feutrées sont légion. De ce point de vue, Change n'offre rien de bien neuf, voire pourrait être considéré comme un montage facile puisque la série ne propose, de prime abord, rien d'autre que de jeter un homme honnête et désintéressé dans la fosse aux lions. Censé être une marionnette aux mains de politiciens sans scrupule, si sa naïveté l'expose aux coups, sa droiture lui apporte des soutiens sincères et vient contrecarrer les plans des vieux briscards qui pensaient le manipuler. Un conte pour enfants? Sans doute par certains aspects, en particulier par l'avènement de cet étranger au système au poste de Premier ministre - pourquoi faire les choses à moitié? - et par l'idéalisation d'un gouvernant capable de s'attarder sur des problèmes "mineurs" quand on sait que les 24H d'une journée sont à peine suffisantes au moins important des ministres pour tenir toutes ses attributions. Bon nombre d'autres détails viennent entacher la crédibilité d'un tel scenario, mais peu importe, car l'essentiel doit, à mon avis, être trouvé ailleurs.


En premier lieu, le personnage d'Asakura Keita, précipité bien malgré lui dans l'arène politique, doit être considéré comme un fantasme - et je ne dis pas cela parce qu'il est interprété par Kimura Takuya. Il incarne un individu paré des qualités idéalisées de l'homme lambda japonais - intègre, vertueux, travailleur, minutieux, désintéressé, ayant du bon sens... - auquel on ajoute quelques traits propres à toucher les cœurs compatissants: Asakura est un peu rêveur, un peu maladroit, un peu naïf. Ce personnage, censément ordinaire et qui souhaite le rester, met ainsi d'autant plus en relief le dévoiement d'une classe politique amorale, avide et sclérosée. Le fossé entre les citoyens, représentés par Asakura Keita, et leurs dirigeants se révèle donc particulièrement visible.
Dans un second temps, le personnage joué par KimuTaku se pose en modèle de ce que les Japonais s'estiment en droit d'attendre de leurs dirigeants. On se doute bien que le mode de fonctionnement du Premier ministre de fiction et de son équipe n'est pas franchement transposable à la réalité, mais il s'agit ici plutôt de donner une direction, un idéal, peut-être pas à atteindre mais au moins à viser et certainement pas à oublier. Dans Change, plus que l'incompétence des dirigeants, c'est l'oubli de leurs devoirs et des attentes des citoyens qui est stigmatisé. L'intérêt public souffre d'un désir de pouvoir des politiciens devenu une fin en soi. Le personnage d'Asakura rappelle que ce qu'attend l'homme de la rue, c'est qu'on se penche sur ses problèmes concrets.
Enfin, et c'est là, sans le moindre doute, le point le plus important, Change remet le citoyen face à ses responsabilités. Dans une démocratie, où le pouvoir appartient donc au peuple, celui-ci ne doit pas oublier ses devoirs, notamment le choix de ses dirigeants. Dans un système social japonais héritier d'un féodalisme encore récent à l'échelle de l'histoire du pays - Asakura Keita ne se trouve-t-il pas lui-même propulsé au poste qu'il occupe parce qu'il est le fils d'un politicien? -  la tentation est grande de remettre le poids de la responsabilité de la bonne marche du pays aux seuls dirigeants. C'est oublier que le peuple a, quant à lui, la responsabilité de choisir ceux qui le dirigent, de faire pression pour que ses préoccupations soient prises en compte et, s'il ne s'estime pas satisfait, non seulement de sanctionner ou de changer de dirigeants, mais également de s'investir dans la vie de la cité. Le monologue d'une durée record - jolie performance d'ailleurs - tenu par Asakura Keita lors du dernier épisode du drama se révèle ainsi comme un appel à la responsabilité du citoyen, et c'est notamment en cela que Change diffère des séries politiques habituelles et dévoile une certaine ambition.


A ces points intéressants, s'ajoutent quelques critiques complémentaires du système, plus courantes certes, mais qui participent à l'écho que Change donne de la désaffection des Japonais pour leurs élites. Parmi celles-ci, on relève la lourdeur de la bureaucratie et l'arrogance des technocrates qui y prolifèrent et n'hésitent pas à s'estimer plus compétents que les élus qu'ils sont censés servir. On note également, et dans un pays comme le Japon, tiraillé entre modernité et tradition, cela a son intérêt, que l'inertie liée aux habitudes est également montrée du doigt: le passé ne devrait en effet pas être un obstacle à l'initiative et aux changements.


Certes, tout cela fleure bon l'idéalisme et les aspects moralisateurs peuvent laisser dubitatifs. On pourrait, comme c'est mon cas, préférer un peu moins de candeur et plus de réalisme afin que la leçon porte mieux. Je doute, malheureusement, que la fraîcheur du personnage principal puisse dans les faits réellement toucher les élites qui s'agitent dans les ministères. Le choix de saupoudrer cette série d'éléments propres aux comédies prête également à discuter. Mais si tout cela, et d'autres choses encore, est avéré, il n'en demeure pas moins que Change est un divertissement sympathique et mérite sur le fond qu'on lui prête une attention qui ne se limite pas au 1er degré car, comme bien des dramas sur d'autres thèmes, il révèle un certain nombre d'éléments sur l'état d'esprit de la société japonaise. Et puis, il serait dommage de faire fi d'un fort bon casting, en tête de gondole duquel on retrouve les toujours excellents Kimura Takuya, Abe Hiroshi, Fukatsu Eri et bien d'autres - avec une mention spéciale pour Terao Akira (vu notamment dans Yasashii Jikan).

Bonus: Ending signé Madonna



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7/10 : At least worth checking out.



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mardi 24 juillet 2012

Long Vacation


Avant d'affiner mes goûts et de mener mes propres recherches, je me suis naturellement dirigé vers les grands classiques du petit écran nippon, ceux qui ont suscité le plus de bruissements parmi les amateurs de dramas. Il s'avère que les romances occupent une place importante dans ce microcosme. Logique? J'ai cru comprendre que l'audience des séries télévisées au Japon est en bonne partie féminine, de même d'ailleurs que les dramaphiles, or - et sans vouloir généraliser, de peur de m'attirer l'ire des féministes... - il semblerait que ce public soit particulièrement friand du genre romantique. En conséquence, les romances portées à l'écran bénéficient de moyens solides et d'échos importants. Néophyte à l'époque, je m'étais donc naturellement tourné vers ces séries réputées et je ne m'en suis d'ailleurs pas porté plus mal, bien au contraire (cf. Beautiful Life, entre autres). J'ai en effet découvert un genre, qui agissait sur moi jusqu'alors plus comme un répulsif que comme un aimant, et il m'arrive depuis régulièrement d'intégrer une romance dans ma sélection de dramas à voir. Pour en revenir à l'époque de mes premiers pas, avec une dizaine de récompenses glanées aux TV Drama Academy Awards, une audience moyenne proche des 30%, un casting de luxe et donc des pages et des pages de discussions et de critiques positives, je ne pouvais passer à côté du célèbre Long Vacation.


A dire vrai, ce drama est si connu qu'une chronique classique ne présente sans doute pas beaucoup d'intérêt. Je n'aurai donc pas la prétention à l'exhaustivité et me contenterai de quelques brèves remarques: les lecteurs avides d'en apprendre plus trouveront le nécessaire sur le net sans le moindre problème. Pour un court rappel des faits, Long Vacation décrit la naissance et le développement de la relation entre une femme active de 31 ans, Minami (Yamaguchi Tomoko), et un étudiant en musique de 24 ans, Sena (Kimura Takuya), la première nommée, suite à un mariage annulé, s'imposant comme colocataire du second. Leurs interactions mutuelles et avec leurs cercles personnels bouleverseront leurs univers respectifs et de ce chaos émergeront des caractères neufs, des envies inattendues et des amours déraisonnables. Au cœur de ce maelström, la question de la différence d'âge entre Minami et Sena sert de fil rouge et, si cela n'est pas totalement original - quoique, en 1996?... - elle est ici particulièrement bien traitée, à la fois sous l'angle de la problématique sociale, mais surtout par la prestation des acteurs, Yamaguchi Tomoko jouant à la perfection ce rôle tout à la fois d'aînée un peu moqueuse, de grande sœur attentive, finalement de femme mature inquiète de ses sentiments et de son avenir. Le développement de la relation entre Minami et Sena s'avère d'ailleurs globalement fort bien mené. Se construisant peu à peu, elle se donne le temps de gagner en profondeur et en crédibilité. On note que la sexualité n'est pas absente de cette construction du couple, ce qui semble être devenu un sujet tabou dans les productions télévisuelles nippones plus récentes. On remarque également, qu'à la différence des séries occidentales où on tend à ne plus perdre de temps à établir un distinguo entre coup d'un soir et femme d'une vie, le sexe participe ici d'une évolution naturelle des relations et apporte son écot à la sincérité des sentiments.


C'est d'ailleurs la qualité principale de Long Vacation que d'offrir une histoire si joliment naturelle. Kitagawa Eriko possédait alors ce talent de sublimer, au travers de ses scenarii, des sentiments si bêtement humains et pourtant si forts et si irrésistiblement évocateurs pour toute personne ayant eu la chance de les ressentir. Les acteurs sont les autres grands artisans de cette réussite, Yamaguchi Tomoko et Kimura Takuya en tête. La première interprète brillamment une femme dynamique, libérée, drôle, espiègle, vivante, mais aussi sincère et sensible. Mariée peu avant la diffusion du drama (à Karasawa Toshiaki, future tête d'affiche de Fumo Chitai), on ne peut que déplorer que Long Vacation ait été son chant du cygne. Quant à Kimura Takuya, avec le naturel qui le caractérise déjà, il fait peu à peu sortir son personnage de sa coquille, ces grandes vacances portées à l'écran marquant symboliquement son entrée dans l'âge adulte. Pour autant, si j'ai aimé passer quelques heures avec ce duo, je ne peux pas cacher que j'ai ressenti plus de sympathie que d'empathie pour eux, les moments forts de leur histoire ne m'ayant ainsi pas particulièrement ému.


Ces rôles-titres sont accompagnés par une belle génération d'acteurs: Takenouchi Yutaka se glisse sans souci dans la peau de son personnage charmeur et rebelle aux conventions. Inamori Izumi, drôlissime, est encore plus pétillante que dans Beach Boys. J'ai, par contre, assez peu apprécié Matsu Takako, malgré l'intérêt de son personnage, trop sage pour ne pas avoir envie d'autre chose que les platitudes d'une relation bien sous tout rapport mais monotone. Avis aux fans: ce drama est également le premier de Ryo et on y aperçoit même une toute jeune Hirosue Ryoko. On regrettera cependant que ces divers personnages secondaires, au regard de leur potentiel, ne bénéficient pas d'une meilleure exposition. Certaines longueurs auraient largement pu laisser leur place à des développements sur ces protagonistes. Remarque tout à fait annexe mais petit plaisir personnel: les quelques notes du Gymnopédie n°1 d'Erik Satie, au milieu d'une bande son fort étoffée.



J'en resterai donc là de mon exposé sur Long Vacation. Malgré son âge, visible à l'écran, ce drama s'impose toujours comme un immanquable standard à l'aulne duquel les romances ultérieures furent et seront comparées. A l'instar d'un Love Generation, il se pose comme un ambassadeur des sentiments et des désirs d'une jeunesse plus libérée, plus passionnée. Il consacre également KimuTaku comme une superstar du petit écran. Pour toutes ces raisons, les amateurs de romance à la sauce nippone ne sauraient faire l'impasse sur ce monument télévisuel, les autres étant simplement conviés à exercer leur curiosité.


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7/10 : At least worth checking out.



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mercredi 14 mars 2012

Love Generation

Au Japon, le 14 mars est la date du "White Day", journée au cours de laquelle les hommes remercient par des cadeaux les femmes qui leur ont offert des chocolats à la Saint Valentin. Si on se fie à la page d'accueil de Google, il s'agit également de la date de naissance et de décès (!) de Yoshizawa Akira, maître es origami. Comme je n'ai pas encore eu le plaisir de visionner une série sur l'art japonais du pliage, le sujet de ce billet sera donc l'un des plus célèbres dramas romantiques de la télévision japonaise, Love Generation.

On ne saurait faire plus explicite que le titre de cette série... Audience moyenne: 30.7%. Premier rôle: Kimura Takuya. Tels sont les deux points qui m'ont conduit à vaincre mes réticences pour regarder ce drama. Il faut dire, qu'en sus de son titre, le synopsis ne manquait pas de m'inquiéter. Jugez plutôt. Katagiri Teppei, jeune publicitaire, est expédié au service commercial où il retrouve l'inconnue d'une nuit, Uesugi Riko, qui lui mène la vie dure avant de tomber peu à peu amoureuse de lui. Manque de chance, Teppei se révèle toujours entiché de son ex,
Mizuhara Sanae, qu'il retrouve par hasard et dont il apprend qu'elle sort maintenant avec son frère aîné, Katagiri Soichiro. Ouf! Vous pouvez ajouter à ces protagonistes, quelques personnages secondaires qui jetteront leur dévolu sur l'un ou l'autre des membres de ce quatuor et vous aurez une idée du triang... carr... hexago... bref, du bazar amoureux auquel le téléspectateur se voit confronté au cours des 11 épisodes de Love Generation.

Plus sérieusement, cette série me semble en dire beaucoup sur la jeunesse japonaise des 90's. Riko, Teppei et leurs amis sont de jeunes adultes libérés et de leur temps: ils sortent, boivent, s'amusent, draguent voire couchent. La sexualité est d'ailleurs évoquée de façon beaucoup plus ouverte que dans les dramas actuels. Ils sont à l'opposé d'un modèle plus rangé, dont l'une des incarnations est bien sur le couple traditionnel. L'affection est présente dans la formation de celui-ci, mais, semble-t-il, à part égale avec la raison. Or, ce que cette génération, représentée par les deux personnages principaux, recherche n'est autre que la grande histoire d'amour, celle des films, des romans, celle où la raison se voit balayée par la passion. Cette irrationalité du sentiment amoureux représente le fil conducteur de l'attitude des protagonistes de cette série. Retenue, contrôle de soi, répression de ses sentiments profonds... le message de Love Generation se révèle limpide: de telles constructions morales ou sociales s'écroulent devant le caractère irrésistible de l'amour. Preuve en est que même l'archétype du couple japonais tel qu'il est valorisé dans la société nippone, incarné par Sanae et Soichiro, s'en trouve plus que chahuté.

De cet amour en forme d'absolu résulte d'autres sentiments: la peur, la jalousie, la souffrance... Plus on aime, plus on craint d'être blessé par l'absence ou le mensonge, le risque étant de voir cette peur prendre le dessus sur tout ce que la relation amoureuse peut générer de bon et de beau. Ce drama a le mérite de ne pas se satisfaire de l'admiration et de l'attirance naturellement ressenties à l'égard du sentiment amoureux. Il en montre les pièges et les contraintes, mais également ce qui constitue le remède aux doutes et aux souffrances des êtres transis d'amour: la confiance. A une relation qui s'éveille se trouve souvent liée une intensité incomparable du sentiment amoureux, mais c'est également le moment où le couple peut s'avèrer le plus fragile. Il se découvre à peine alors même que la confiance est l’œuvre du temps. Love Generation ne manque pas de le rappeler avec justesse, même si, pour mettre en exergue cette valeur-clé, la série n'hésite parfois pas à user et abuser de ressorts scénaristiques un peu faciles.

J'en profite d'ailleurs pour faire un court encart sur la question de la pomme, qui ne manquera pas d'interloquer ceux qui visionneront ce drama. En effet, une pomme de cristal apparaît pratiquement à chaque plan de cette série avec pour ambition de symboliser la fragilité de l'amour. Il semblerait qu'aux yeux de certains, la pomme ait une forme de cœur et je ne ferai pas l'insulte aux lecteurs d'expliquer le symbolisme du cristal. Autre conséquence, ladite pomme de cristal participe du générique probablement le plus kitsch de toute l'histoire de la télévision japonaise. Vous êtes prévenus.

Pour revenir sur les acteurs, j'ai, bien évidemment, accroché à celui de Teppei, joué par Kimura Takuya. En 1997, KimuTaku possède déjà la présence et le naturel qui lui donnent son indéniable charisme. Son personnage de jeune adulte est globalement réaliste: il aime s'amuser, a son petit caractère, se révèle parfois un peu boudeur, un peu obsédé, tour à tour moqueur, charmeur, sensible, et parfois hésitant et perdu entre des sentiments contradictoires. J'ai eu plus de mal avec Uesugi Riko, le personnage incarné par Matsu Takako. Son caractère versatile m'a plus d'une fois laissé dubitatif. Pour écrire même les choses crûment: quelle emmerdeuse! Cependant ma compréhension a grandi au fur et à mesure que sa sensibilité d'écorchée vive se dévoilait, sans compter que l'alchimie du couple vedette s'avère très réussie. Difficile de reconnaître Uchino Masaaki dans Soichiro, personnage aussi terne que les rôles de cet acteur furent extravagants dans Rinjo ou JIN. Victime des déchirements entre ses envies et son devoir, ce personnage sans charisme s'avère intéressant par le coup ainsi porté à un certain archaïsme, voire à une certaine hypocrisie, du couple traditionnel, respecté socialement mais parfois oublieux des ressorts du cœur humain. J'en finirai, un peu sèchement, avec le personnage de Mizuhara Sanae, joué par Junna Risa, qui m'a laissé parfaitement insensible. Difficile d'éprouver beaucoup d'empathie pour un protagoniste aussi fade.

Quelques compléments avant de conclure. Si les sentiments éprouvés par Katagiri Teppei sont portés aux nues par Love Generation, sa construction en tant qu'adulte responsable sent le conformisme à plein nez. Dommage que le drama ne se révèle pas aussi revendicatif sur ce point qu'il l'est sur la jouissance des passions amoureuses. A contrario, la meilleure amie de Riko, incarnée par Fujiwara Norika (Miss Japon 1992), joue ouvertement de ses charmes pour attirer les hommes dans son lit, y compris ceux des autres, ce qui en fait un personnage provocant et pas forcément très moral mais qui ne semble pourtant pas le moins du monde condamné par ses pratiques. Apparemment, une sexualité débridée est plus recevable sur le petit écran japonais qu'un écart au modèle social du bon travailleur nippon. Au débit de ce drama, on relève également l'emploi réellement abusif des coïncidences malheureuses: elles constituent le gros point faible du scenario.
Sur la forme, il faut avouer que la série fait son âge, même si son réalisme de fond, rafraîchissant eu égard aux romances aseptisées de ces dernières années, aide à surmonter ce défaut. On note que le thème principal, composée des chansons jumelles Hear me Cry par Cagnet et True True par meo, réussit parfaitement à introduire, au cours des nombreuses scènes où il intervient, un sentiment de grande mélancolie.

Une certaine pudeur fait qu'il n'est pas forcément aisé d'écrire sur un sujet tel que l'amour, mais la façon dont ce sentiment est abordé et offert par Love Generation mérite à mon sens qu'on s'y attarde. Ce drama n'entre pas dans la catégorie de mes séries préférées, mais sa sincérité m'a interpellé et m'incite à le recommander à tous ceux et celles qui apprécient les œuvres qui savent (bien) parler d'amour.


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7/10 : At least worth checking out.


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mercredi 7 décembre 2011

Engine

On m'a fait récemment remarquer que, bien que me proclamant ouvertement fan de Kimura Takuya, je ne lui ai pas fait beaucoup de place sur ces pages. Remarquez qu'il y a pire que d'évoquer cet acteur au moyen de Beautiful Life, Pride et Karei naru Ichizoku, des dramas de grande qualité. Comme j'ai déjà pu l'insinuer ici ou là, je suis toujours hésitant lorsqu'il s'agit d'écrire sur un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Vais-je réussir, pas nécessairement à convaincre l'auditoire, mais au moins à être clair dans l'exposé de mes pensées et sentiments? Ou ne vais-je susciter qu'incompréhension? C'est tout le challenge du rédacteur et il serait paradoxal de le fuir alors même que j'ai la prétention de porter mes écrits sur le net. Dont acte, avec cette note sur Engine, le premier drama où je vis KimuTaku.

Kanzaki Jiro, un pilote de courses automobiles (Formula Nippon, ex-F3000, pour les aficionados), est renvoyé de son écurie et se résout à retourner vers la demeure paternelle, le temps de retrouver une opportunité de courir. Mais la maison familiale est devenue un orphelinat où vivent pas moins de 12 enfants, encadrés par 5 adultes: le père et la soeur de Jiro, deux pédagogues et une femme de service. C'est donc un treizième enfant qui vient rejoindre cette tribu hétéroclite autour de la table familiale. "Treizième enfant"? Oui, car, bien qu'âgé de 32 ans, Jiro s'avère être un personnage d'une grande puérilité, du moins en apparence, et ses interactions avec les petits pensionnaires constituent le cœur et le sel de cette série. J'entends d'ici les voix de ceux qui se plaindront par anticipation de tomber sur la recette chère aux school dramas: des enfants à problème et un pseudo-adulte pour les remettre dans le droit chemin. Non! Soyons clairs: ce serait faire injure à Engine que de le réduire à ce genre éculé. Si, sur la forme, avec ses épisodes consacrés successivement aux habitants du pensionnat Kaze no Oka, cette série peut laisser entrevoir quelques similitudes, son scenario se veut plus riche et surtout plus original grâce à son personnage principal.

Kanzaki Jiro n'est pas un mentor, pas un grand frère, pas un éducateur, pas un redresseur de torts ou que sais-je encore? Il n'est pas à l'écoute des enfants ou de leurs problèmes et ne manifeste ni indulgence ni attention particulières en raison de leur âge ou de leur situation personnelle, quand il n'affiche pas une totale indifférence. Lorsqu'une petite pensionnaire a les yeux rouges et gonflés d'avoir trop pleuré, il lui demande si elle a de l'allergie et s'en va sans attendre la réponse. Nombriliste et irresponsable, il ne cache pas que la présence de la horde enfantine a tendance à lui casser les pieds. Surtout, et c'est le point-clé de la relation qui va se nouer entre les enfants et lui, l'immaturité de Jiro le conduit à traiter avec les pensionnaires sur un pied d'égalité: il se moque, se dispute ou se bagarre avec eux sans jamais jouer de sa posture d'adulte. N'ayant pas d'attente à leur égard, il ne dispense ni conseil, ni morale, mais, en se plaçant à leur hauteur, Jiro, plus qu'aucun autre, comprend ses jeunes colocataires. Une compréhension qui ne se veut pas compatissante, mais qui lui permet de faire simplement le geste juste quand l'un des enfants rencontre un problème. Étonnant et pourtant logique, ce geste consiste généralement à les laisser prendre leurs propres décisions et à faire face par eux-mêmes aux obstacles qui se dressent devant eux, sans intervenir ni commenter. Naturellement, petit à petit, une certaine affection finira par se dégager de cette famille nombreuse reconstituée, mais sans trop affecter le comportement général de Jiro.

Cette évolution ira de pair avec le développement de deux trames secondaires. D'une part, grillé dans le milieu de la compétition automobile pour son tempérament arrogant et de tête brulée, Jiro doit apprendre l'humilité, l'esprit d'équipe mais également - quoique la morale voulue par le scenario m'a semblé ici plus incertaine - la force et la responsabilité qui échoient à celui qui se surpasse pour une cause et non pour son profit égoïste. D'autre part, suivant un schéma bien connu qui veut que les contraires s'attirent, une romance se noue peu à peu entre le personnage principal et son alter ego féminin, Tomomi, représenté par une jeune pédagogue timide et maladroitement attentionnée. Si Kimura Takuya et Koyuki sont deux acteurs de qualité, on ne peut cependant pas dire que leur relation soit très crédible ni n'apporte une réelle valeur ajoutée à la série.

La transition est trop facile et évidente pour que je me prive de la saisir et j'en profite donc pour évoquer les acteurs en quelques mots. A tout seigneur, tout honneur, je commencerai par KimuTaku. Avec raison, on me fera remarquer que je ne parle pratiquement que de lui depuis le début de cette note. Mea culpa. On aura compris que j'ai réellement accroché au personnage de Jiro, mais plus encore que de revenir sur une performance déjà longuement commentée, je souhaite souligner à quel point je fus absorbé par le charisme et le naturel qui se dégagent de cet acteur. Kimura Takuya n'est pas le plus doué des acteurs, naturellement, pas plus que cette série ne fut sa meilleure ni ne lui offrit son rôle le plus accompli, mais, qu'on me pardonne cette parenthèse personnelle, Engine reste pour moi le drama d'une rencontre, d'un engouement, en bref et pour ne pas avoir peur des mots: d'un coup de foudre. J'ai la faiblesse de penser que, même pour un dramaphile aussi peu averti que je l'étais à l'époque, le choc eut été largement atténué si le personnage de Jiro avait été mal interprété. J'en déduis que KimuTaku réalise là une belle performance.

Il n'est pas le seul puisque Jiro est entouré d'une galerie de personnages très correctement interprétés (ainsi que de race queens, mais c'est un autre sujet). On relève quand même que, de manière assez originale, la traditionnelle rude figure paternelle, bourrue mais sage et aimante, fait l'objet d'une double incarnation, au travers de Kanzaki Takeshi (Harada Yoshio), propriétaire de la pension et père de Jiro, mais également d'Ichinose (Izumiya Shigeru), patron de l'écurie où notre héros devra refaire ses gammes. Si son rôle d'enseignante un peu cruche s'avère ingrat, Koyuki le joue au plus juste et on ne peut lui imputer la responsabilité d'une romance plus ou moins convaincante, celle-ci étant moyennement portée par le scenario. Les autres personnages secondaires incarnant des adultes sont à l'avenant et évitent les fausses notes.

Il faut absolument souligner la jolie prestation des jeunes acteurs incarnant les enfants de l'orphelinat. Au cœur des développements de l'histoire, ils se montrent convaincants dans leur interprétation de jeunes qui se trouvent, bien malgré eux, mis en marge d'une société nippone pas toujours tendre avec les personnes différentes, y compris quand cette différence devrait appeler compréhension et solidarité plutôt que rejet. Les épisodes qui leur sont consacrés, sans être d'une grande originalité, proposent un regard assez juste sur leurs peurs et leurs angoisses ainsi que sur ce qu'il faut faire pour y répondre. On s'attache très vite à cette petite bande, composée de gamins aux caractères aussi divers que réalistes, et on s'amuse de leurs relations tantôt conflictuelles, tantôt complices, avec Jiro. Quoi qu'il m'en coûte, j'avoue également que les plus jeunes pensionnaires sont quand même drôlement mignons. Enfin, pour l'anecdote, Engine offre au passage l'occasion de découvrir les étoiles en devenir que sont Ueno Juri et Toda Erika.

Ce très bon casting, emmené par un KimuTaku pleinement habité par son rôle, saura gagner la sympathie des téléspectateurs et faire oublier les quelques points faibles de ce drama: la romance donc, le classicisme de certains développements de l'histoire, le réalisme de la situation professionnelle de Jiro et la morale bancale censée accompagner sa prise de conscience quant à l'inanité de son arrogance et de son égoïsme. Poussières que tout cela, au regard de l'excellent moment qu'Engine propose à son audience. Alors, pas d'hésitation: en piste!

... et merci pour cette rencontre.


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8/10 : Somehow I really enjoyed that one. Personal fave.



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mardi 3 août 2010

Karei naru Ichizoku

Nul besoin d’être un étymologiste confirmé pour comprendre l’origine du terme « drama » employé par les Japonais pour désigner leurs séries télévisées. Pour autant, Karei naru Ichizoku mérite sans doute, plus que toute autre série de ma connaissance, d’être apparentée aux genres classiques des drames bourgeois et romantique. S’il n’en reprend pas tous les codes, il s’en inspire clairement pour proposer l’histoire de l’affrontement entre un père et son fils, au sein d’une grande dynastie bourgeoise des années 1960.

En me lançant dans ce drama, il me fallait passer par delà un scenario, au travers duquel je craignais de retrouver l’une de ces séries familiales francophones que je fuis à toute jambe chaque été. Passionné d’Histoire, la perspective de plonger dans l’époque du Japon d’après-guerre m’avait convaincu de tenter ma chance. Je n’ai pu que m’en féliciter, car Karei naru Ichizoku fait en effet découvrir en détails aux téléspectateurs le développement économique à marche forcée du Japon conduit par ses élites gouvernementales. En l’occurrence, Manpyo Daisuke (Kitaoji Kinya) est à la tête d’une banque d’importance moyenne, menacée par un mouvement de concentration visant à créer, de force si nécessaire, un panel restreint de grandes institutions bancaires. Dans le même temps, son fils aîné, Manpyo Teppei (Kimura Takuya), ambitionne de révolutionner l’industrie sidérurgique japonaise en modernisant les hauts fourneaux d’antan. Cette période d’intense agitation économique, où les manipulations politiques orientent les décisions financières, où les intérêts des modernes se heurtent au conservatisme des anciens, est parfaitement bien rendue. On se trouve ainsi plongé au cœur même d’un machiavélisme politico-économique qui ne s’embarrasse plus d’idéaux chevaleresque tombés en désuétude. C’est d’ailleurs là l’un des premiers points d’opposition entre un père, prêt à toutes les compromissions et les trahisons pour garder la main mise sur son empire, et un fils, moderniste par son savoir, mais dont les valeurs morales sont obsolètes dans cette nouvelle ère. Elles font certes de lui un meneur d’hommes, mais surtout un être qui s’accommode mal du cynisme de ceux qui l’entourent.

L’affrontement entre les deux hommes constitue le cœur même du drame. C’est à un véritable affrontement de valeurs que le téléspectateur assiste. Derrière la façade de respectabilité d’une grande dynastie bourgeoise, le patriarche impose en effet à sa famille un mode de vie détestable, où son assistante et maîtresse s’impose en privé à son épouse légitime et à ses enfants. Les humiliations qu’elle fait subir aux uns et aux autres, avec l’assentiment du chef de famille, sont bien évidemment insupportables pour un Manpyo Teppei révolté… et incrédule. Car la lutte voilée entre les deux hommes est totalement déséquilibrée, le jeune Teppei ne comprenant pas pourquoi ses efforts désespérés pour plaire à son père ne rencontre que le rejet d’un Manpyo Daisuke reptilien qui semble jouir des échecs de son fils, quand il n’en est pas directement à l’origine.

Au fil des épisodes, les raisons du drame se feront jour peu à peu, en même temps que la famille et ceux qui l’entourent s’enfonceront de plus en plus dans la noirceur et le chaos des évènements. Les autres personnages mériteraient d’ailleurs plusieurs lignes de commentaires eu égard à leur performance. Un casting riche et impeccable permet en effet d’éviter toute fausse note. Pour autant, cette chronique ne s’en fera pas plus l’écho, non par paresse, mais bien parce qu’au terme de ce drame, le face à face du père et du fils occultera tout autre souvenir de cette grande série.

vendredi 21 août 2009

Pride


Avant de m’attaquer à la critique de cette série, je me dois de faire un aveu : je suis fan de Kimura Takuya. Certains lui reprocheront de jouer toujours sur la même fibre, celle du beau gosse dur mais sensible, mystérieux, pudique, généreux, fidèle en amour comme en amitié, bref l’homme idéal, ce qui ne pourra démontrer qu’une chose : leur ignorance de sa filmographie. Pour autant, s’agissant de Pride, il est évident qu’on a affaire à un KimuTaku tel que fantasmé par ses adorateurs comme par ses contradicteurs.

Satonaka Halu (Kimura Takuya) est le capitaine et la star de son équipe de hockey sur glace, fervent disciple de son entraîneur, Anzai (Tokito Saburo), et adulé par ses coéquipiers. Anzai a dédié sa vie à son joueur-vedette mais se meurt d’une maladie incurable. Ses derniers mots sont pour encourager Halu à se concentrer uniquement sur sa carrière en devenir, quitte à mettre de côté tout ce qui pourrait l’en distraire et notamment les questions sentimentales. Murase Aki (Takeuchi Yuko) est une jolie office lady, aux valeurs résolument traditionnalistes, attendant patiemment depuis deux ans des nouvelles de son fiancé parti au Canada. L’idéal pour un Halu solitaire qui convainc la jeune femme de nouer un étrange pacte : ils « sortiront » ensemble jusqu’à ce que l’un ou l’autre ne décide d’y mettre un terme, du fait des retrouvailles de l’une avec son amour disparu ou du départ de l’autre pour la Ligue nord-américaine de hockey. Evidemment, un tel synopsis n’a rien de particulièrement affriolant, surtout quand on est allergique aux mélos.

Pour autant, Pride ne manque pas de qualités. Mes quelques connaissances du milieu sportif ont nécessairement nourri mon intérêt pour la question des sacrifices à consentir lorsqu’on souhaite devenir un sportif professionnel : jusqu’à quel point faut-il renoncer à tout ce qui fait le sel d’une vie pour atteindre ses objectifs ? Quelles sont les responsabilités à assumer lorsqu’on est une star montrée en exemple à ses coéquipiers ? De même, j’ai été sensible aux valeurs véhiculées par les sports collectifs : travail, solidarité, fidélité… Les matchs de hockey en eux-mêmes sont bien rendus et agréables à suivre, même pour un non-fan. Par delà le thème du sport, se pose également une double problématique intéressante : comment construire une relation quand elle est supposée à la base même ne pas être durable, mais aussi comment peut-il être possible de renoncer à celle-ci lorsque l’amour existe vraiment entre les protagonistes ? « On ne badine pas avec l’amour » disait en son temps Alfred de Musset.


Soutenu par un casting efficace quoique très classique, de l’ami fidèle (Sakaguchi Kenji) au comique de service (Sato Ryuta), Pride est un drama qui se suit avec plaisir même si on regrettera un final assez faible. Et puis... il y a Kimura Takuya.


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7/10 : At least worth checking out.


Official Site
The complete details for Pride on drama-wiki
Pride with English Subs

vendredi 14 novembre 2008

Beautiful Life


Ce drama est un monument de la télévision japonaise. Pour donner une idée, cette série a raflé tous les prix aux 24th Television Drama Academy Awards, son onzième et dernier épisode a décroché la plus forte audience (41.3% !) jamais enregistrée pour un drama depuis 1983... En vérité, les statistiques démontrant l’implacable succès de Beautiful Life sont légion. La présence de Kimura Takuya, en dépit de son immense popularité, ne saurait à elle seule expliquer un tel phénomène. Quelles peuvent bien être les raisons d’un tel succès ?

Beautiful Life est tout à la fois une simple romance et bien plus. Au thème, désormais mille fois traité, de l’amour par delà les différences, s’ajoute celui, plus original, du handicap. Et il faut bien s’incliner devant la façon magistrale dont le sujet a été abordé. Je suis resté pantois devant la compréhension intime de la scénariste (Kitagawa Eriko) s’agissant du rapport de la personne handicapée à sa maladie et surtout aux autres.

Kyoko (Tokiwa Takako) est cette femme en fauteuil roulant, vivante, courageuse, et pourtant si pleine d’appréhensions : comment croire en l’amour quand on se sent soi-même si faible, si différente, si anormale ? Car le quotidien renvoie sans cesse à Kyoko cette image d’anormalité : impossibilité de rentrer dans certaines boutiques à cause des marches, dans les restaurants à cause du manque d’espace pour faire passer un fauteuil roulant, taxi refusant de s’arrêter la prendre en charge, craintes de la fiancée de son frère de devoir supporter la charge future d’une handicapée, etc. L’inadaptation de nos sociétés censément modernes aux personnes à mobilité réduite est montrée de façon criante quoique sans ostentation. Kyoko veut vivre comme tout un chacun - travailler, voyager… - mais son courage ne masque pas ses doutes. Quand Shuji (Kimura Takuya) passe du temps avec elle, est-ce par pitié ? Quand il la prend pour modèle, est-ce pour marquer les esprits en se faisant photographier avec une handicapée ? Quelle chance a-t-elle de plaire à un homme brillant, aimé, admiré ? Quel futur pour elle, pour eux ? Kyoko se voit naturellement toujours elle-même d’abord au travers de son handicap. Et c’est là qu’est tout le « combat » mené par Shuji : bien avant d’être une personne handicapée, il montre à Kyoko qu’elle est une femme, une femme ayant droit aux mêmes sentiments, aux mêmes bonheurs, aux mêmes envies que tout un chacun. Bourru, réservé à la limite de l’inexpressivité, Shuji se comporte avec elle comme avec n’importe-quelle autre femme valide. Il ne nie pas son handicap, mais le remet à sa place, autrement dit loin, très loin, derrière tout ce qui fait de Kyoko une femme qui l’attire et qu’il va aimer profondément. Et celle-ci a tellement envie d’y croire, tellement peur d’y croire…

Je ne crois pas que cette question du handicap suffisait en elle-même à apporter un tel succès à ce drama, mais, tout à la fois centrale et diffuse, elle a donné une intensité et une véracité uniques aux sentiments qui unissent Kyoko et Shuji. Là se crée la différence entre Beautiful Life et ses séries-sœurs. Entre la finesse de l’évocation du thème du handicap, la romance des personnages principaux, la légèreté de certaines scènes, la gravité et l’impact émotionnel de certaines autres, un parfait équilibre est atteint. Egalement porté par d’excellents acteurs, Beautiful Life s’avère ainsi être un drame sentimental à nul autre pareil.


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9/10 : If you don’t watch this, you’ll regret it for the rest of your life.