dimanche 18 décembre 2011

Bijo ka Yajuu

Tout un chacun sait que les chaînes de télévision surveillent très attentivement leurs audiences, mesures du succès de leurs programmes et, par conséquent, déterminantes pour leurs recettes. La série Bijo ka Yajuu entreprend d'étudier les conséquences de ce qu'on appelle communément le diktat de l'audimat et propose ainsi une comédie intelligente et légère se déroulant dans les coulisses d'un journal télévisé. En l'espèce, le thème du drama faisait écho à l'une des raisons m'ayant fait choisir cette série, id est son taux d'audience.

Bien évidemment, les scores fort honorables obtenus par cette série ne furent pas les seuls en cause, puisqu'il comptait également mon vif intérêt à retrouver à l'écran les très populaires Matsushima Nanako et Fukuyama Masaharu. Il fallait bien ces deux acteurs pour me faire tenir devant les premiers épisodes, non pas que le fond soit mauvais, mais j'avais hélas hérité d'une version de très mauvaise qualité, allant fort heureusement en s'arrangeant à compter du quatrième opus. Passé ce défaut, Bijo ka Yajuu ne manque pas d'intérêt, chacun de ses épisodes se portant sur l'une des problématiques soumises aux media et à ceux qui y travaillent. On voit ainsi ces reporters et producteurs confrontés à des choix plaçant sur la sellette leur sens moral au regard de leurs obligations professionnelles. Certes, s'agissant d'une comédie, le traitement s'avère souvent un peu simpliste, mais le questionnement a le mérite d'exister et d'être pertinent. Jusqu'où peut-on aller pour obtenir un scoop? Confronté directement à un fait divers susceptible de faire la Une, le devoir du journaliste est-il de témoigner des faits se déroulant sous ses yeux ou d'intervenir pour secourir son prochain? Que faire lorsque lorsque le sujet d'un reportage ne s’appesantit plus sur un inconnu mais pointe ses proches ou ses amis? La déontologie du métier de journaliste doit-elle s'effacer devant l'intérêt supérieur de son employeur? Au-delà même de cet échantillon de questions posées aux valeurs morales et humaines des personnages, Bijo ka Yajuu met le doigt sur une interrogation essentielle pour les acteurs du journalisme d'information: faut-il donner au téléspectateur l'information qu'il souhaite recevoir ou celle dont il devrait prendre connaissance en tant que citoyen? Voilà une question ordinaire mais que les media se gardent habituellement d'exposer sur la place publique... à croire qu'ils craignent de reconnaître qu'elle a été tranchée dans un sens qui ferait se retourner Albert Londres dans sa tombe marine.

L'une de ces positions est incarnée par Takamiya (Matsushima Nanako), alors qu'une posture intermédiaire est dévolue à Nagase (Fukuyama Masaharu). De façon assez réaliste, celle du journaliste pur et dur, insensible aux discours autres que celui de son devoir, ne trouve pas réellement d'incarnation dans cette série. Takamiya a été embauchée à un salaire indécent pour redresser le journal du soir et lui faire regagner une audience tombée dans les tréfonds de l'audimat. En vue de la réalisation de cet objectif, la nouvelle venue entend produire un journal qui répond aux attentes de téléspectateurs dont les goûts ont été soigneusement disséqués: présentateur dynamique, sujets de la vie courante, faits divers, etc. Issue d'un excellent milieu et passée par les meilleures écoles, elle souhaite au passage secouer les habitudes d'une équipe qui semble par moments aussi amorphe qu'incapable. Arrivé dans le même temps dans cette rédaction, Nagase a été transféré du département variétés où sa principale préoccupation consistait à créer des programmes destinés à distraire le Japonais moyen, une part non-négligeable dudit divertissement ayant apparemment un rapport avec des jeunes femmes en bikini. Loin des enjeux confiés à sa nouvelle patronne, il s'intéresse avant tout à la réalisation de programmes de qualité en faisant confiance à ses collègues pour lui fournir un contenu pertinent. Peu lui importe qu'il s'agisse de dénoncer la corruption ou de donner aux téléspectateurs les meilleures adresses de restaurants de ramen, l'essentiel étant de trouver du plaisir dans son travail. Considérant ses collègues comme une sorte de grande famille, il s'efforce de valoriser leur travail en toute circonstance. Naturellement, les heurts entre sa patronne et lui ne manquent pas mais, pour autant, ils semblent assez rapidement trouver un terrain d'entente... pour démontrer que les valeurs qu'on est en droit d'espérer du journalisme peuvent se concilier avec les enjeux de l'audimat?

Disons-le tout net, Matsushima Nanako est parfaite dans son rôle! D'une classe et d'une élégance rares, la vivacité de son intelligence, sa détermination tout autant que sa faculté à garder la tête froide, font de Takamiya un personnage criant de vérité. Fukuyama Masaharu incarne pour sa part un homme détendu, sympa et charismatique, autrement dit un rôle d'autant plus facile pour lui qu'il s'avère être d'ores et déjà son habituel fond de commerce, faisant de lui l'un des hommes les plus populaires du Japon. Bien évidemment, on se laisse entraîner à son petit jeu et Nagase devient vite un personnage qu'on a plaisir à retrouver. Parfois, il semble forcer un peu le trait, mais comme on ne sait si c'est l'acteur ou le rôle qui en est le responsable, on ne peut réellement lui en tenir rigueur. La télévision nippone ne sachant se priver d'en distiller une dans ses séries, surtout avec un tel couple à l'écran, oui, il y a bel et bien une romance entre Takamiya et Nagase. Ni très crédible, ni très poussée, elle se contente d'épicer très légèrement leurs relations.

Ce duo très charismatique se trouve soutenu par une galerie de seconds rôles qui s'adaptent au déroulé de la série pour offrir, au choix, des instants graves et appelant la compassion, ou des moments légers et burlesques. Parmi eux, on retrouve avec plaisir des figures aussi connues que Watanabe Ikkei (Liar Game, Galileo...), Sasaki Kuranosuke (M no Higeki, Saitou-san, Zettai Kareshi...), Nagai Masaru (Yankee Bokou ni Kaeru, Suna no Utsuwa, At Home Dad, Buzzer Beat, Facemaker...) et même la charmante Shiraishi Miho (Orange Days, Densha Otoko, Shiroi Haru...) dont ce semble être la première apparition au petit écran. Tout ce beau monde vit, s'agite, partage ses angoisses, en bref, crée une belle ambiance et donne corps à l'univers dans lequel se déroule Bijo ka Yajuu.

On pouvait s'en douter, si la série pose de bonnes questions, elle s'attache également à rehausser le prestige d'une profession qui prête le flanc à beaucoup de critiques et des plus justifiées. Qu'on se rassure, la morale est sauve! Le devoir de vérité du journalisme sera récompensé et l'emportera sur les basses contingences matérielles liées à l'audimat. Facile, sans doute, mais on ne pouvait attendre du diffuseur de cette série qu'il se tirât une balle dans le pied. Cela n'affecte cependant pas outre mesure l'intérêt des problématiques soulevées par le série. Celles-ci, ajoutées au casting évoqué plus haut, font de Bijo ka Yajuu un drama qui, pour le coup, mérite certainement son audience.


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7/10 : At least worth checking out.


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mercredi 7 décembre 2011

Engine

On m'a fait récemment remarquer que, bien que me proclamant ouvertement fan de Kimura Takuya, je ne lui ai pas fait beaucoup de place sur ces pages. Remarquez qu'il y a pire que d'évoquer cet acteur au moyen de Beautiful Life, Pride et Karei naru Ichizoku, des dramas de grande qualité. Comme j'ai déjà pu l'insinuer ici ou là, je suis toujours hésitant lorsqu'il s'agit d'écrire sur un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Vais-je réussir, pas nécessairement à convaincre l'auditoire, mais au moins à être clair dans l'exposé de mes pensées et sentiments? Ou ne vais-je susciter qu'incompréhension? C'est tout le challenge du rédacteur et il serait paradoxal de le fuir alors même que j'ai la prétention de porter mes écrits sur le net. Dont acte, avec cette note sur Engine, le premier drama où je vis KimuTaku.

Kanzaki Jiro, un pilote de courses automobiles (Formula Nippon, ex-F3000, pour les aficionados), est renvoyé de son écurie et se résout à retourner vers la demeure paternelle, le temps de retrouver une opportunité de courir. Mais la maison familiale est devenue un orphelinat où vivent pas moins de 12 enfants, encadrés par 5 adultes: le père et la soeur de Jiro, deux pédagogues et une femme de service. C'est donc un treizième enfant qui vient rejoindre cette tribu hétéroclite autour de la table familiale. "Treizième enfant"? Oui, car, bien qu'âgé de 32 ans, Jiro s'avère être un personnage d'une grande puérilité, du moins en apparence, et ses interactions avec les petits pensionnaires constituent le cœur et le sel de cette série. J'entends d'ici les voix de ceux qui se plaindront par anticipation de tomber sur la recette chère aux school dramas: des enfants à problème et un pseudo-adulte pour les remettre dans le droit chemin. Non! Soyons clairs: ce serait faire injure à Engine que de le réduire à ce genre éculé. Si, sur la forme, avec ses épisodes consacrés successivement aux habitants du pensionnat Kaze no Oka, cette série peut laisser entrevoir quelques similitudes, son scenario se veut plus riche et surtout plus original grâce à son personnage principal.

Kanzaki Jiro n'est pas un mentor, pas un grand frère, pas un éducateur, pas un redresseur de torts ou que sais-je encore? Il n'est pas à l'écoute des enfants ou de leurs problèmes et ne manifeste ni indulgence ni attention particulières en raison de leur âge ou de leur situation personnelle, quand il n'affiche pas une totale indifférence. Lorsqu'une petite pensionnaire a les yeux rouges et gonflés d'avoir trop pleuré, il lui demande si elle a de l'allergie et s'en va sans attendre la réponse. Nombriliste et irresponsable, il ne cache pas que la présence de la horde enfantine a tendance à lui casser les pieds. Surtout, et c'est le point-clé de la relation qui va se nouer entre les enfants et lui, l'immaturité de Jiro le conduit à traiter avec les pensionnaires sur un pied d'égalité: il se moque, se dispute ou se bagarre avec eux sans jamais jouer de sa posture d'adulte. N'ayant pas d'attente à leur égard, il ne dispense ni conseil, ni morale, mais, en se plaçant à leur hauteur, Jiro, plus qu'aucun autre, comprend ses jeunes colocataires. Une compréhension qui ne se veut pas compatissante, mais qui lui permet de faire simplement le geste juste quand l'un des enfants rencontre un problème. Étonnant et pourtant logique, ce geste consiste généralement à les laisser prendre leurs propres décisions et à faire face par eux-mêmes aux obstacles qui se dressent devant eux, sans intervenir ni commenter. Naturellement, petit à petit, une certaine affection finira par se dégager de cette famille nombreuse reconstituée, mais sans trop affecter le comportement général de Jiro.

Cette évolution ira de pair avec le développement de deux trames secondaires. D'une part, grillé dans le milieu de la compétition automobile pour son tempérament arrogant et de tête brulée, Jiro doit apprendre l'humilité, l'esprit d'équipe mais également - quoique la morale voulue par le scenario m'a semblé ici plus incertaine - la force et la responsabilité qui échoient à celui qui se surpasse pour une cause et non pour son profit égoïste. D'autre part, suivant un schéma bien connu qui veut que les contraires s'attirent, une romance se noue peu à peu entre le personnage principal et son alter ego féminin, Tomomi, représenté par une jeune pédagogue timide et maladroitement attentionnée. Si Kimura Takuya et Koyuki sont deux acteurs de qualité, on ne peut cependant pas dire que leur relation soit très crédible ni n'apporte une réelle valeur ajoutée à la série.

La transition est trop facile et évidente pour que je me prive de la saisir et j'en profite donc pour évoquer les acteurs en quelques mots. A tout seigneur, tout honneur, je commencerai par KimuTaku. Avec raison, on me fera remarquer que je ne parle pratiquement que de lui depuis le début de cette note. Mea culpa. On aura compris que j'ai réellement accroché au personnage de Jiro, mais plus encore que de revenir sur une performance déjà longuement commentée, je souhaite souligner à quel point je fus absorbé par le charisme et le naturel qui se dégagent de cet acteur. Kimura Takuya n'est pas le plus doué des acteurs, naturellement, pas plus que cette série ne fut sa meilleure ni ne lui offrit son rôle le plus accompli, mais, qu'on me pardonne cette parenthèse personnelle, Engine reste pour moi le drama d'une rencontre, d'un engouement, en bref et pour ne pas avoir peur des mots: d'un coup de foudre. J'ai la faiblesse de penser que, même pour un dramaphile aussi peu averti que je l'étais à l'époque, le choc eut été largement atténué si le personnage de Jiro avait été mal interprété. J'en déduis que KimuTaku réalise là une belle performance.

Il n'est pas le seul puisque Jiro est entouré d'une galerie de personnages très correctement interprétés (ainsi que de race queens, mais c'est un autre sujet). On relève quand même que, de manière assez originale, la traditionnelle rude figure paternelle, bourrue mais sage et aimante, fait l'objet d'une double incarnation, au travers de Kanzaki Takeshi (Harada Yoshio), propriétaire de la pension et père de Jiro, mais également d'Ichinose (Izumiya Shigeru), patron de l'écurie où notre héros devra refaire ses gammes. Si son rôle d'enseignante un peu cruche s'avère ingrat, Koyuki le joue au plus juste et on ne peut lui imputer la responsabilité d'une romance plus ou moins convaincante, celle-ci étant moyennement portée par le scenario. Les autres personnages secondaires incarnant des adultes sont à l'avenant et évitent les fausses notes.

Il faut absolument souligner la jolie prestation des jeunes acteurs incarnant les enfants de l'orphelinat. Au cœur des développements de l'histoire, ils se montrent convaincants dans leur interprétation de jeunes qui se trouvent, bien malgré eux, mis en marge d'une société nippone pas toujours tendre avec les personnes différentes, y compris quand cette différence devrait appeler compréhension et solidarité plutôt que rejet. Les épisodes qui leur sont consacrés, sans être d'une grande originalité, proposent un regard assez juste sur leurs peurs et leurs angoisses ainsi que sur ce qu'il faut faire pour y répondre. On s'attache très vite à cette petite bande, composée de gamins aux caractères aussi divers que réalistes, et on s'amuse de leurs relations tantôt conflictuelles, tantôt complices, avec Jiro. Quoi qu'il m'en coûte, j'avoue également que les plus jeunes pensionnaires sont quand même drôlement mignons. Enfin, pour l'anecdote, Engine offre au passage l'occasion de découvrir les étoiles en devenir que sont Ueno Juri et Toda Erika.

Ce très bon casting, emmené par un KimuTaku pleinement habité par son rôle, saura gagner la sympathie des téléspectateurs et faire oublier les quelques points faibles de ce drama: la romance donc, le classicisme de certains développements de l'histoire, le réalisme de la situation professionnelle de Jiro et la morale bancale censée accompagner sa prise de conscience quant à l'inanité de son arrogance et de son égoïsme. Poussières que tout cela, au regard de l'excellent moment qu'Engine propose à son audience. Alors, pas d'hésitation: en piste!

... et merci pour cette rencontre.


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8/10 : Somehow I really enjoyed that one. Personal fave.



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mercredi 23 novembre 2011

Slow Dance

Et me voici à nouveau parti à faire la critique d'une romance, id est pas nécessairement le genre qui m'intéresse le plus, mais pas forcément le plus déplaisant non plus. Comme déjà évoqué à plusieurs reprises sur ces pages, les séries japonaises déploient souvent une réelle virtuosité lorsqu'il s'agit de parler de sentiments humains en général et des relations amoureuses en particulier. C'est donc sans attente spéciale, mais sans réticence non plus, que je me suis lancé dans Slow Dance.

Il faut dire que ce drama bénéficie, grâce à son casting, d'un produit d'appel propre à balayer toutes les hésitations. Jugez plutôt: Tsumabuki Satoshi, Fukatsu Eri, Hirosue Ryoko et Fujiki Naohito, pour n'évoquer que les principaux protagonistes. Un point important pour ce type de récits qui, faute d'avoir les moyens d'être d'une grande originalité, doit pouvoir s'appuyer sur le charisme et le jeu de ses acteurs. Slow Dance confirme cette théorie puisque l'histoire en elle-même est assez ordinaire et que ce sont bien les personnages qui donneront l'envie d'aller au bout des onze épisodes de cette série.

Riichi (Tsumabuki Satoshi) est un ancien étudiant en audiovisuel, apparemment promis à une belle carrière de metteur en scène, mais dont le caractère indécis l'a conduit à abandonner ses projets pour se contenter d'un emploi de moniteur d'auto-école. Sensible, complexé vis-à-vis d'un frère aîné qui accumule les succès, il a mis de côté ses rêves estudiantins pour choisir une voie qu'il juge plus raisonnable et donc plus adulte. Preuve que l'herbe semble toujours plus verte ailleurs, ledit grand frère, Eisuke (Fujiki Naohito), envoie balader sa brillante carrière, et par la même occasion sa sculpturale et snobinarde petite amie, pour créer un petit bar de nuit et repartir de zéro. Du côté féminin, Isaki (Fukatsu Eri) dirige un magasin de vêtements pour femmes et se dédie à son métier faute d'une vie sentimentale réussie. Il faut dire qu'à 30 ans révolus, la femme japonaise célibataire est considérée comme ayant très largement dépassé sa "date de péremption" (dixit) pour devenir une épouse et une mère. Avec son caractère affirmé, sa propension à boire et sa pêche naturelle, l'enthousiasme d'Isaki s'avère irrésistiblement contagieux et constitue le vrai plus de cette série, en dépit d'une garde-robe à faire frémir. Sa collègue et comparse, la jeune et mignonne Mino (Hirosue Ryoko) pétille d'une fausse candeur et d'une malice sympathique. L'une et l'autre, bien que porteuses d'une sensibilité plus profonde qu'elles ne souhaitent le montrer, se révèlent comme des personnages résolument positifs. En somme, deux femmes qui viennent équilibrer deux hommes un peu ternes en comparaison. Bien qu'inspirant beaucoup de sympathie, Tsumabuki Satoshi excellant dans ces rôles de bon et brave garçon, Riichi est en effet un personnage un peu pâle, alors que Fujiki Naohito, comme trop souvent, se contente d'être un très bel homme.

Bien évidemment, tout ce petit monde se trouve à être attiré par l'un ou l'autre des protagonistes, parfois en empruntant des chemins détournés qui les mènent à s'intéresser à l'un des personnages secondaires gravitant autour d'eux. Ceux-ci sont naturellement les victimes désignées des amours des rôles-titres et on se trouverait presque à plaindre leur inévitable destin. A ma grande surprise, je me suis ainsi pris d'une réelle compassion pour un personnage qui avait pourtant tout pour me porter sur les nerfs, à savoir Ayumi (Kobayashi Mao). En dépit de sa voix crispante, de son sourire constipé et d'un jeu assez limité, j'ai peu goûté de voir ce personnage être le constant dindon de la farce en n'ayant au final jamais eu droit à un minimum de sincérité de la part de Riichi. Une tache sur le blason immaculé du gentil garçon que l'histoire veut nous vendre. Ceci étant précisé, il n'y a pas de réelles surprises quant aux développements des diverses relations amoureuses. Le principal obstacle, qu'on pourrait généreusement consacrer comme thème central de la série, relève de la question de l'âge des personnages et des conséquences de celui-ci. Isaki est-elle trop vieille pour créer un foyer ou préférer un jeune homme à un homme plus mûr et offrant plus de garanties? Riichi doit-il renoncer à ses rêves d'étudiant pour s'inscrire dans le profil dudit homme mûr et responsable? Mino a-t-elle raison de croire encore au prince charmant? Autant de questions plus ou moins originales dispensées au fil des épisodes, l'ensemble formant un tout cohérent où les développements interviennent naturellement plutôt que par de brutaux revirements. Bref, on se laisse doucement porter par le flot de l'histoire.

Bonus: Attention, ça peut légèrement piquer les yeux...

Parfois même, on s'endort un peu en se laissant gentiment bercer par une histoire convenue et un peu lente. L'énergie déployée par Isaki ne suffit pas toujours à contrebalancer l'inertie de Slow Dance, dont on comprend ainsi mieux le titre, tant les personnages mettent du temps à développer leurs sentiments. Il manque ainsi un certain dynamisme pour que ce drama s'inscrive comme une romance majeure de la production télévisuelle japonaise. Le plaisir de retrouver à l'écran un casting quatre étoiles et de partager ces quelques épisodes en leur compagnie permet cependant d'aller au-delà de ce défaut et de passer au final un bien agréable moment. Et puis, franchement, comment se lasser d'écouter le Tokyo de Fukuyama Masaharu?


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7/10 : At least worth checking out.


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jeudi 17 novembre 2011

Soratobu Taiya

Enfin! Je l'ai longtemps cherchée, cette série japonaise à suspense qui me tiendrait en haleine de son premier à son dernier épisode, mais la voici! Son titre? Soratobu Taiya, un drama inspiré du double scandale impliquant le groupe Mitsubishi (cf. infra) qui frappa durablement la société japonaise et son rapport aux zaibatsu, fleurons et fierté du Japon.

Il est vrai que tous les éléments d'un authentique thriller se retrouvent dans cette affaire qui fut marquée par la mort d'une femme, en 2002, suite à un défaut de conception délibérément caché par le fabricant automobile. Le drama démarre d'ailleurs sur ce fait divers. Un camion, appartenant à une petite société de transport, perd l'une de ses roues dans un virage et celle-ci percute une piétonne et son enfant, provoquant le décès de la première. Aussitôt police, media et grand public pointent du doigt la responsabilité du transporteur, Akamatsu Transportation, d'autant plus que, suite à une expertise du constructeur, Hope Motors, il semble bien que le détachement de la roue soit le résultat d'un défaut de maintenance. Incroyable mais vrai: suite à un accident impliquant un de ses véhicules, c'est bel et bien le constructeur qui est mandaté par la police pour expertiser ledit véhicule et, par là, attribuer la responsabilité dudit accident. Cette présomption d’iniquité de la part d'un fabriquant, juge et partie, et surtout sa confiance à l'égard du professionnalisme de ses collaborateurs conduisent le président d'Akamatsu Transportation à se lancer dans une lutte, seul contre tous, pour laver l'honneur de son entreprise. Lutte démesurée que celle-ci, tant la petite société se heurte au gigantisme de son adversaire, à ses moyens, à ses relations avec le système bancaire, politique et médiatique. L'affrontement de David contre Goliath constitue une valeur sure pour s'attacher l'intérêt des téléspectateurs, mais encore faut-il qu'il soit bien mis en œuvre. C'est le cas de Soratobu Taiya, sans le moindre doute.

Bien que n'étant absolument pas expert en ce domaine, j'écrirai quelques mots sur la forme d'abord. La réalisation se rapproche du rythme des thrillers américains et l'histoire ne laisse pas le temps au téléspectateur de reprendre son souffle: les personnages complotent, les coups durs s'abattent sans prévenir, les séquences s'enchaînent. L'image, la musique, tout est ici à l'unisson. On se trouve ainsi happé par l'enchaînement des évènements, ce qui n'empêche cependant pas de bien suivre les tenants et les aboutissants des différentes manœuvres en cours. En l'espèce, il s'agit surtout de suivre les efforts désespérés d'Akamatsu face à une société civile qui se montre solidaire dans sa condamnation du fautif désigné. Ainsi, non seulement Akamatsu Transportation est livrée en pâture aux media et poursuivie en justice par l'époux de la victime, mais elle semble condamnée en conséquence à perdre ses clients, ses profits, ses employés... il n'est jusqu'à la famille du président de la compagnie qui se trouve victime des calomnies et des mauvais coups portés par le voisinage. La machine à broyer, injuste et terrifiante, est en place. On notera également que le transporteur sera littéralement pris à la gorge par sa banque, appartenant au même conglomérat que le constructeur. Vous avez pensé: "collusion"?

Tous les moyens sont en effet bons pour museler la petite société et Hope Motors ne se prive pas d'en user: blocage des appels, accusations et dénégations, refus de communiquer les conclusions des expertises ou de rendre la pièce de véhicule responsable de la perte de la roue, tentative de corruption, chantage voilée par la filière bancaire, pression par le budget publicitaire sur les media tentés de s'intéresser à l'affaire... L'enjeu est crucial pour le géant automobile qui craint le coût financier et en termes d'image d'un rappel de ses véhicules, d'autant plus qu'il est au même moment à la recherche de capitaux pour redresser une situation économique menacée.

Pour autant, Soratobu Taiya, même s'il valorise le courage du petit transporteur, tente d'éviter tout manichéisme pour faire de "Goliath" une entité plus grise que noire. Ainsi, les motivations du président d'Hope Motors se veulent pragmatiques et fondées sur l'intérêt global du conglomérat et de ses employés. En parallèle, au sein même de l'entreprise, des salariés s'interrogent sur la réalité de faits connus d'une unique poignée de responsables, mais également de l'intérêt à long terme d'une compagnie qu'ils ne se résignent pas à voir perdre ses valeurs d'honnêteté et de fiabilité qui font la fierté des entreprises japonaises et sont le support indispensable de la relation de confiance créée avec le consommateur. On relève quand même l'ambiance feutrée, secrète et embarrassée qui entoure ces rebelles en herbe et témoigne de la gêne viscérale du salarié nippon à s'opposer à son employeur, fut-ce pour les meilleures raisons du monde.

Le scenario est porté par une excellente distribution qu'il sera difficile de citer dans son ensemble, bien que rôles principaux et secondaires soient tous interprétés avec justesse. On ne peut que compatir aux malheurs qui s'abattent sur le président d'Akamatsu Transportation (Nakamura Toru, vu peu avant dans un autre grand Business Drama, Karei naru Ichizoku) et sur les siens, famille comme employés. La même compréhension s'étend aux salariés du groupe Hope, Sawada (Tanabe Seiichi) et Isaki (Hagiwara Masato), partagés entre fidélité à leur hiérarchie, intérêt de l'entreprise et sens de la justice. Face à eux, la real politik menée par les dirigeants de ces entreprises géantes est parfaitement incarnée par Kano (Kunimura Jun), président d'Hope Motors. On note d'ailleurs que les scénaristes ont tenu à ne pas céder à la facilité de la déshumanisation en lui adjoignant une nièce, Kaori (Mimura), qui ne voit en lui qu'un père de substitution, protecteur et aimant. On peut ajouter à cette liste l'inspecteur de police (Endo Kenichi, vu dans Shiroi Haru), écrasé par une pression qui l'invite à se concentrer sur Akamatsu Transportation plutôt que de subir les conséquences d'une enquête à l'encontre du géant automobile, la journaliste Enomoto (Mizuno Miki) qui tente de lever le voile sur les pratiques d'Hope Motors, et bien d'autres encore.

Intense et prenant, Soratobu Taiya mérite des louanges, pour tous les points déjà évoqués, mais également pour avoir osé se pencher sur un évènement récent qui a secoué la société japonaise. Il faut bien comprendre l'importance du contrat moral qui unit les entreprises nippones à leurs clients et qui se fonde sur l'excellence et la fiabilité de la production japonaise. Cette confiance est tellement ancrée dans la culture japonaise qu'il n'existe au Japon que peu de lois visant à protéger le consommateur des erreurs ou malversations dont il peut être victime. Elle est également une composante essentielle du lien étroit unissant l'employé à son entreprise et de son respect vis-à-vis des actes de sa hiérarchie. Soratobu Taiya s'attaque donc à l'un des fondements de la société japonaise, tout en tentant de montrer que des forces, fidèles aux valeurs traditionnelles qui font la réputation du Japon, existent en son sein et essayent de remettre les fautifs dans le droit chemin. Et tout cela, sans oublier les dommages humains collatéraux provoqués par ces machinations économiques. De la grande et belle ouvrage, assurément, et un drama qui se classe d'emblée comme un incontournable.


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9/10 : If you don’t watch this, you’ll regret it for the rest of your life.



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Le scandale Mitsubishi

En 2000, le Japon découvre avec stupeur que Mitsubishi Motors, sous l'égide de son président, a dissimulé des défauts sur les véhicules sortis de ses chaînes de production. Bien que le géant automobile ne se prive pas de porter le blâme sur de supposés défauts de maintenance de la part des propriétaires, des centaines de milliers de voitures et camions doivent être rappelés aux usines.

Deux ans plus tard, une mère de famille est tuée par un pneu échappé d'un camion de la marque Mitsubishi. Alors qu'on aurait pu croire que le scandale précédent avait incité les responsables à régler le problème, les conclusions de l'enquête démontrent que le fabricant dissimulait sciemment les défauts de ses véhicules et exerçait des pressions sur les transporteurs pour cacher les incidents... depuis 1977! Déconsidérée et avec des ventes en chute libre, l'entreprise n'a du sa survie qu'à la puissance du conglomérat Mitsubishi dont elle fait partie. On relèvera cependant que les dirigeants n'écopèrent que de peines avec sursis et la compagnie elle-même échappa à toute sanction financière.

mardi 15 novembre 2011

Meitantei no Okite

Toute bonne série policière repose sur un certain de nombre de conditions destinées à maintenir le public en haleine, voire également à le conforter dans un schéma connu. Mais que se passerait-il si les protagonistes de ladite série avaient conscience d'être les acteurs d'une production conçue pour distraire le téléspectateur? C'est ce que Meitantei no Okite propose de découvrir avec un sens certain de la dérision à l'égard d'un genre policier dont les recettes sentent souvent le réchauffé.

Tenkaichi Daigoro (Matsuda Shota) est donc ce Grand Détective, forcément excentrique, dont l'arrivée providentielle et le génie - mettez ici autant de guillemets que vous voulez... - permettent de résoudre avec élégance les mystères auxquels la police se heurte et de découvrir le coupable. Il est entouré d'un capitaine de police, Okawara Banzo (Kimura Yuichi), spécialiste des conclusions hâtives et fausses destinées à valoriser les brillantes déductions du héros, et d'une jeune inspectrice, Fujii Mana (Kashii Yuu), frais émoulue, dont le rôle consiste naturellement à tomber peu à peu amoureuse du personnage principal. Cette dernière découvre avec les téléspectateurs le fonctionnement de ce monde dont les protagonistes s'évertuent jusqu'à l'absurde à proposer des intrigues respectant les clichés du genre. Ainsi notre trio aura-t-il le droit d'être confrontés aux fameux mystères de la chambre close, de l'arme du crime mystérieusement volatilisée, du message du mourant, du parfait alibi, etc.

Ce qui rend ces enquêtes résolument comiques, c'est qu'il ne s'agit pas tant d'arrêter les criminels et de faire la lumière sur les affaires, que de respecter les règles qui sous-tendent les différents types de mystères. Plus facile à dire qu'à faire! Notamment pour un capitaine Okawara qui prend très à cœur son rôle de faire-valoir, s'ingéniant ainsi à prendre les décisions les plus saugrenues, à encourager discrètement un Tenkaichi très sensible aux critiques et à tordre les éléments qui ne vont pas dans le sens des déductions du Grand Détective. Celui-ci a en effet l'habitude de régler ses enquêtes en s'appuyant non sur des preuves, mais sur ce qui lui semble concorder avec les règles classiques du genre... quitte à être complètement à côté de la plaque! Le burlesque de la situation tourne parfois littéralement à la grosse farce, par exemple lorsque Tenkaichi s'auto-persuade d'être face à une séduisante et délicate jeune femme et non à un suspect masculin affreusement mal déguisé. Que dire de cet autre épisode où, réalisant qu'il s'agit d'une affaire du type "dix petits nègres", il attend tranquillement que les morts s'accumulent pour ne pas briser le suspense en arrêtant trop tôt l'assassin? Au milieu de ce joyeux bazar, l'inspectrice Fujii Mana tente de conserver un semblant de rationalité en s'attaquant de manière logique aux enquêtes, ce qui, au final, ne lui rapporte que les réprimandes de ses partenaires, désolés par tant d'amateurisme. Régulièrement, les trois protagonistes se réfugient dans une antichambre-mystère bizarroïde, dans laquelle ils peuvent laisser libre cours à leurs frustrations et se disputer à loisir sur le meilleur moyen de résoudre l'énigme en cours en respectant les impératifs du genre.

Bien évidemment, pour apprécier Meitantei no Okite, il ne faut pas être allergique au burlesque et au surjeu qui forment les piliers sur lesquels repose cette comédie. J'avouerai pour ma part avoir mis un peu de temps avant de me laisser aller au rire, mais j'y ai finalement cédé, en particulier sous les assauts du capitaine Okawara, qui, plus encore que le Grand Détective Tenkaichi, s'avère absolument irrésistible. La façon malicieuse et pertinente dont ce drama se moque des clichés des séries policières ne manque pas de sel pour peu qu'on les apprécie: on peut alors s'amuser des détournements dont lesdits clichés font l'objet. Une petite leçon d'humilité pour un genre et son public - dont je fais partie - qui se laissent parfois aller à un peu trop de sérieux. Il faut également y ajouter les nombreux et amusants clins d’œil à destination de séries policières à succès japonaises, voire américaines. Autant d'éléments positifs qui permettent de passer outre quelques longueurs et un certain manque de rythme. Faute de suspense, évidemment, et parce que les bouffonneries s'apprécient plus lorsqu'on en évite l'indigestion, plutôt que de dévorer les épisodes, j'ai regardé Meitantei no Okite en dilettante, lorsque l'envie me prenait d'un moment de détente.

A moins d'être particulièrement sensibles au burlesque japonais, il est à craindre qu'un nombre non-négligeable de téléspectateurs passent à côté de cette satire. Toutefois, original et drôle, ce drama s'imposera comme un incontournable pour tous les amateurs de séries policières prêts à rire de leur genre préféré.


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samedi 12 novembre 2011

Buzzer Beat

Ah... Yamapi. Toute une histoire. Non, cette critique ne portera pas uniquement sur ce pur produit de la Johnny's Jimusho, mais avant de me prononcer sur cette série, il me faut régler mes comptes avec Yamashita Tomohisa. Ce type m'agace prodigieusement. On me fera remarquer que je suis loin d'être le seul dans ce cas. Certes, sauf que, en ce qui me concerne, il m'énerve parce que, sans vraiment savoir pourquoi, je l'aime bien. Quand je pense aux acteurs de dramas, ce sont Abe Hiroshi, Kimura Takuya ou Ueno Juri qui me viennent à l'esprit et il est évident que Yamashita Tomohisa n'a vraiment pas sa place aux côtés de ces excellents artistes. Et pourtant, rien n'y fait. Que ce soit dans Stand Up!, Dragon Zakura, Nobuta wo Produce ou ProDai, je me laisse toujours attacher à ses personnages, beaux gosses et sympathiques mais introvertis. Bon sang, après quelques écoutes, je me suis même pris à aimer son duo avec Amuro Namie! Et me voici aujourd'hui, terrifié à l'idée d'avoir franchi la barrière qui me sépare du camp des fan-girls hystériques et donc, fort logiquement, très agacé.

Buzzer Beat dans tout cela? Rien de plus qu'une romance qui emprunte des chemins habituels et ne s'essaye pas à la prise de risques. Naturellement, on pensera à Pride puisqu'il s'agit également d'une série romantique dans un environnement sportif, en l'occurrence ici le basket ball. A la différence de son aîné, le propos apparaît moins mature et colle d'ailleurs en cela à l'âge de ses protagonistes et à leur découverte des exigences du monde adulte. Pour une série à la trame aussi classique, la différence ne pouvait donc se faire en grande partie que sur ses personnages et, de ce point de vue, le résultat m'est apparu meilleur qu'attendu.

Revenons pour quelques lignes sur le cas Yamapi, dans le rôle de Naoki, un jeune basketteur professionnel en devenir, mais inhibé par ses doutes et sa peur de mal faire. A sa place, je le serais également par ma coupe de cheveux, mais passons. Gentil, voire un peu brave, son indécision et sa personnalité effacée en font un garçon d'une grande platitude. Les coups du sort qui le frapperont l'amèneront à s'affirmer peu à peu. Du fait de son jeu d'acteur limité, il manque à Yamashita Tomohisa une palette d'émotions à même de lui permettre d'exprimer des sentiments intenses, l'amour en particulier. A contrario, l'amitié qu'il noue avec Riko m'a semblé beaucoup plus fraîche et naturelle (ce qui fera sourire ceux qui se passionnent pour la vie des stars). Kitagawa Keiko, qui interprète ladite Riko, s'en tire avec les honneurs: les scènes d'engueulades depuis les tribunes mises à part, son personnage est nettement plus vrai et naturel qu'on aurait pu l'attendre de cette jeune célébrité issue du mannequinat. Il faudrait, par exemple, avoir un cœur de pierre pour ne pas être ému d'une certaine déclaration faite à la fenêtre de sa chambre. Une fort jolie scène qui montre que Buzzer Beat, quitte à être d'un grand classicisme, s'est évertué à offrir une production de qualité et pas seulement un ouvrage de commande destiné à valoriser le produit "Yamapi".

Mai (Kanjiya Shihori), la colocataire de Riko, mérite également un mot tant son personnage de grande sœur par procuration, aussi décidée qu'enjouée, offre une prestation rafraîchissante et drôle. Elle s'illustre parmi une galerie de seconds rôles allant du passable (Ito Hideaki, dans le rôle du coach), à l'amusant (Mizobata Junpei, comic relief de service), en passant par le correct (Kaneko Nobuaki aka the bad boy). Reste le protagoniste le plus intéressant de mon point de vue, car le moins générique, à savoir Natsuki (Aibu Saki). Compagne de Naoki, office lady incontournable dans sa société, meneuse des cheerleaders de l'équipe, elle s'attache à toujours se montrer sous un jour favorable. Femme de son époque, elle attend cependant de Naoki plus qu'une attention souriante ou un statut: de la passion tout en même temps qu'une solidité sur laquelle pouvoir se reposer. Comment ne pas la comprendre? Une compréhension qui pourrait même s'étendre à ses coups bas portés à la relation naissante entre Naoki et Riko, tant ils s'apparentent à des sentiments simplement et bêtement humains.

Dans les plus de cette série - non, je ne parle pas ici du fan-service consistant à montrer et remontrer nos chers bishonen torses nus, bien que certaines apprécieront surement - il faut relever la présence du tube Ichibu to Zenbu de B'z comme thème principal. Nerveux, pêchu, contagieux... rarement, un générique aura joué un rôle aussi important dans la mise en condition au moment de regarder un drama. Les allergiques au sport seront rassurés d'apprendre que, même s'ils devront comme tout le monde supporter les affreuses couleurs officielles des JC Arcs, les matchs en eux-mêmes sont réduits à portion congrue.

Au final, même si Buzzer Beat ne marquera pas son époque, loin s'en faut, il ne fait guère de doutes que ceux qui le regarderont passeront un bon moment. Au-delà même de cela, le score final de cette critique prendra en compte ce petit pincement qui me saisit parfois lorsque les personnages d'une série me font leurs adieux et qui me permet de distinguer le drama basique de celui qui a su me prendre dans ses filets.


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mardi 11 octobre 2011

Joou no Kyoushitsu

Sous un vocable unique, le "school drama" propose des séries aux thématiques variées et ceux qui auraient banni ce genre suite au visionnage d'un Gokusen (au hasard) devraient absolument lui redonner sa chance, par exemple en regardant Joou no Kyoushitsu.

Certains optimistes pensent que l'école est un lieu où les différents socio-économiques sont encore gommés par l'ingénuité des enfants et où l'épanouissement de soi représente une part importante de l'enseignement. D'autres en doutent et le fonctionnement du système scolaire japonais en particulier ne semble pas toujours leur donner tort. En l'espèce, cette série propose de suivre les agissements d'une enseignante employée à l'école primaire Hanzaki. Les méthodes d'Akutsu-sensei ont pour conséquence immédiate de faire voler en éclats toute prétention à l'innocence de ses élèves, leur dévoilant sans fard ce qui serait la seule réalité de la société: une petite minorité de privilégiés profite de la vie sur le dos d'une immense majorité ayant échoué à se faire sa place au soleil. Pour faire entrer la leçon dans les jeunes cerveaux qui lui sont livrés, l'enseignante institue un système de privilèges et de sanctions fondé sur les notes reçues aux interrogations. Face à elle, Kazumi, une jeune élève enjouée, va se lancer dans un combat inégal pour réclamer le droit aux joies de l'enfance et défendre une vision plus morale des relations humaines.

L'environnement scolaire constitue un microcosme fascinant par les opportunités qu'il offre d'observer un modèle concentré de la société. Concentré car, plus que dans n'importe quel autre groupement social, les écoliers réfléchissent en les grossissant les habitudes et les valeurs qui ont cours dans la société où ils grandissent. C'est peu dire que Joou no Kyoushitsu n'épargne pas le monde que les adultes ont construit. Aiguillonnés par leur enseignante, terrorisés par le risque de sanction, ces élèves d'une courte dizaine d'années vont exprimer ce qu'on peut attendre de pire d'un être en société: mensonge, délation, lâcheté, exclusion, harcèlement... Tout est bon pour s'attirer les bonnes grâces du professeur et éviter de se trouver dans le camp des supposés "mauvais élèves", ignorés, méprisés et chargés de toutes les corvées. Akutsu-sensei ne manque pas d'instituer ainsi dans sa classe un féroce esprit de compétition et une véritable obsession pour le travail et les résultats. Le système scolaire sélectif du Japon se trouve ainsi porté ici à son paroxysme. Certes, le premier réflexe des élèves est de tenter de se dresser contre les méthodes de l'enseignante, mais leur pauvre révolte fera long feu. On notera que les parents acquiesceront très facilement aux méthodes d'Akutsu-sensei à partir du moment où celle-ci répond à leur préoccupation première id est l'entrée de leurs rejetons dans un bon collège.

Shida Mirai incarne avec talent la jeune Kanda Kazumi qui se dresse, parfois bien involontairement, contre son enseignante démoniaque. Enjouée, pétillante, drôle, courageuse, son personnage ne pourra que rallier les votes de téléspectateurs appelés à souffrir avec elle des tourments qui lui sont infligés par son professeur, mais également par ses camarades de classe. Sa petite voix aura bien du mal à porter face à la domination écrasante de son adversaire: on notera d'ailleurs que sa terreur enfantine sera bien représentée par la teinte sombre et glacée que prend l'image du drama lorsque Kazumi se trouve en présence de sa némésis. Un point intéressant également est de relever ses réticences à évoquer ses malheurs avec ses parents: ne souhaitant pas déranger des adultes préoccupés par d'autres problèmes, notamment de couple, et sans doute un peu honteuse d'être en queue de classe, Kazumi ne cherchera aucun soutien de ce côté. Révélateur? La lâcheté des adultes, parents ou enseignants, et leur capacité à se mettre des œillères représentent un point récurrent de Joou no Kyoushitsu. Tout juste recevra-t-elle un peu d'aide de quelques autres pestiférés de la classe, en particuliers Yusuke et Hikaru, joués là-aussi par deux bons petits acteurs.

Amami Yuki a, quant à elle, la lourde charge d'incarner ce professeur aux méthodes moralement révoltantes et autant reconnaître d'emblée que, comme à son habitude, elle réalise une prestation très solide. On relèvera d'ailleurs avec amusement que le générique de fin s'attache à nous rappeler qu'il est inutile de changer de trottoir si on était amené à la croiser un jour. C'est dire son talent à incarner cette terrifiante Akutsu Maya qui semble jouir des tourments infligés à ses élèves. Intelligente et manipulatrice, elle les incite aux pires bassesses. Au travers de l'univers scolaire, ce personnage incroyable met froidement à jour les travers et les obsessions d'une société qui ne s'assumerait pas telle qu'elle est vraiment. D'une certaine façon, il est assez jouissif de voir exprimer au grand jour toute cette boue qu'on s'efforce habituellement de cacher derrière des discours humanistes et solidaires. Et c'est ce qui rend d'autant plus décevante l'évolution suivie par les derniers épisodes de ce drama...

Je vais tâcher d'en dire le moins possible sur le déroulé de cette série, mais il m'est difficile de ne pas expliquer ici les raisons de ma déception. Peut-être victimes d'avoir trop bien su mettre en exergue les turpitudes supposées du système scolaire et de la société japonaise, les promoteurs de Joou no Kyoushitsu vont finalement refuser d'assumer leur posture de dénonciateurs. Pour ce faire, rien de tel que de faire évoluer le personnage d'Akutsu-sensei en lui donnant des motivations qui, de mon point de vue, ne tiennent pas la route eu égard à son comportement initial. La leçon de vie donnée à ses élèves ne justifie pas la perversité de certaines remarques ou de certains actes qui auraient pu, par exemple, mener au suicide de l'un d'entre eux, et ne m'apparaît donc pas comme un argument recevable à même de contrer l'ignominie des premiers épisodes. Dans Dragon Zakura, l'enseignant pousse ses élèves sans ménagement à s'inscrire dans la logique de compétition sociale qui est à l’œuvre dans nos sociétés. Akutsu-sensei va bien plus loin, ne serait-ce qu'en promouvant l'ijime. En trouvant des justifications aux actes de son personnage principal, voire en faisant d'elle un modèle de pédagogie, ce drama noie ainsi le message dénonciateur qu'il avait si bien su construire.

Cette déception finale doit cependant être reçue dans une vue d'ensemble. Joou no Kyoushitsu est un school drama original, intéressant, bien fait et porté par un bon casting. S'il a échoué à l'examen final, il ne faut pas lui retirer le bénéfice d'un excellent contrôle continu.


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