lundi 5 mars 2012

Saitou-san

Dans mes précédentes notes, j'ai souvent relevé le rôle des femmes et la place qui leur semble accordée dans les dramas et, par voie de conséquence, possiblement dans la société japonaise. Eu égard à ce qu'il me semble percevoir de ladite société, il m'a régulièrement semblé que les séries n'hésitaient pas à mettre les femmes à l'honneur en proposant des personnages féminins sortant des sentiers battus et souvent plus décidés, courageux ou intelligents que leur contre-partie masculine. Saitou-san est un drama totalement consacrée aux Japonaises et ce qu'il nous en dit m'a, pour le coup, laissé interloqué et dubitatif.

La famille Mano, composée d'un couple et de leur jeune fils, s'installe dans son nouveau quartier et la préoccupation première de son élément féminin, Wakaba (incarnée par Mimura), consiste à se faire bien voir de son nouveau voisinage. Dans ces circonstances, elle se trouve quelque peu indécise entre cet impératif et son attirance pour Saitou Masako (jouée par Mizuki Arisa), une mère de famille qui n'hésite pas à mettre les points sur les "i" à toutes les personnes qui s'écartent un tant soit peu des règles, qu'il s'agisse de femmes du quartier, de personnes âgées, de lycéens, de voyous ou autres. Intégrant le petit univers des mères de famille dont les enfants sont scolarisés à l'école maternelle du quartier, Mano Wakaba se trouve rapidement devoir choisir entre cette femme isolée et le front uni formé par toutes les autres.

Il est assez amusant d'observer que, dans une société aussi policée que le Japon, la personne qui défend les règles peut facilement se trouver déjugée pour le trouble qu'elle crée à la quiétude publique. Ainsi, si Saitou-san reçoit les applaudissements de passants anonymes pour avoir admonesté un homme ayant brulé par inadvertance avec sa cigarette le visage d'un enfant, elle se voit presque expulsée de l'école par les mères du quartier pour ne pas avoir fermé les yeux sur les déprédations provoquées par une bande de lycéens en maraude! Bien évidemment, ces petites lâchetés qui poussent à jouer l'ignorant par peur des représailles ne sont pas exclusives aux femmes au foyer japonaises! Malheureusement, ce comportement s'avère des plus courants, là-bas, ici ou ailleurs. Le parti-pris systématique pour le profil bas de la part des femmes interprétées à l'écran n'en donne cependant pas une bien belle image. On peut d'ailleurs ajouter à ce tableau machiste, la récurrence des piaillements, l'absence de sang froid devant les évènements sortant de l'ordinaire, etc. On peut penser qu'il s'agit ainsi de particulièrement mettre en valeur le personnage de Saitou-san... ou que peut-être cela participe d'une représentation générale de la femme japonaise. J'y reviendrai. Ce drama se révèle en tout cas, sur ce point, comme une leçon de courage, portée par un personnage dont la motivation repose sur un beau principe: si nous voulons que les enfants soient des personnes de bien, il faut leur enseigner par l'exemple le respect de certaines règles. S'agissant de la société japonaise, on peut estimer que l'ensemble normatif ressemble parfois à un carcan, mais l'idée générale n'en reste pas moins recevable, du moins de mon point de vue. Oui, je suis probablement un affreux réactionnaire...

Mais peut-être pas autant que les scénaristes, producteurs et autres personnes ayant commis Saitou-san. Les interprètes de cette série ne jouent en effet pas des femmes. Elles jouent des mères. Et la dichotomie entre ces deux états est fondamentale, à un point difficilement imaginable. Leur vie se révèle totalement et exclusivement concentrée sur leur progéniture. Elle est rythmée par les horaires de l'école et le moindre incident impliquant les enfants représente un drame ou un scandale, quand il ne provoque pas des réunions parentales, pardon, "matriarcales" à répétition. Tout ce qui survient à l'école de près ou de loin fait l'objet de commérages lors de la pause thé que ces mères de famille s'offrent en groupe compact, leur vie sociale se limitant à ce bien petit horizon. De fait, lorsque les charmants bambins sont en classe, la mère devient femme de ménage et intendante. Leur univers s'en trouve étriqué de façon impressionnante! Rien n'indique que ces personnes s'accordent du temps pour lire, sortir, se cultiver, en somme consacrer du temps à leur propre développement personnel et intellectuel. Leur énergie, comme leurs pensées, se focalisent uniquement sur l'enfant, son éducation, ses besoins et les grandes ambitions que la mère porte envers son rejeton. Le couple mère-enfant écrase d'ailleurs complètement celui formé avec le mari, celui-ci se trouvant relégué, au mieux, comme support moral pour fin de journée. On note d'ailleurs, que ces mères ne semblent plus guère porter d'attention à leur féminité: habillées et coiffées à la diable à peu près en toute circonstance, elles deviennent des êtres asexués pour lesquels j'imagine difficilement qu'on puisse ressentir une grande attirance.

Ce qui m'interpelle dans Saitou-san tient à ce que cette série a été faite pour que le public s'y retrouve. Par voie de conséquence, même en se gardant de généraliser et en tenant compte de la thématique du drama, la mère de famille telle qu'elle y est représentée ne doit pas être loin de la réalité, d'autant plus si on en croit les jolis scores d'audience décrochés par la série. J'imagine que les opinions sur la posture de ces Japonaises divergent selon la place qu'on trouve adéquate d'accorder à ce rôle de mère de famille. Je garderai donc mes réflexions pour moi, même si on aura compris que je suis plutôt porté à croire que l'être humain, quel que soit son genre, peut regarder vers des horizons plus élargis. Quoi qu'il en soit cette série a le mérite de provoquer lesdites réflexions et c'est bien en cela qu'elle peut valoir le coup d’œil.

Pas plus que cela d'ailleurs, car, si l'histoire se suit sans déplaisir, les principales protagonistes étant plutôt sympathiques, elle demeure plutôt convenue, sans surprise, terre-à-terre, voire un peu ridicule comme lorsqu'une armée de "shibuyettes" déboule avec seaux et balais pour nettoyer bénévolement des graffitis tagués sur l'école... quels pouvoirs de persuasion ont les leçons de morale de Saitou-san! J'en souris encore. En somme, une série à réserver essentiellement aux sociologues en herbe intéressés par le rôle réservé à la femme, sinon dans la société japonaise, du moins sur son petit écran.


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7/10 : At least worth checking out.


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dimanche 4 mars 2012

FORWARD - Through Reporters' Eyes : Three Episodes of Restoration

Un nouveau documentaire de la série "FORWARD" diffusée par jibtv.com, avec toujours ce même découpage en trois reportages d'un peu moins de dix minutes. Cette fois encore, puisque tel est l'objet de ce programme, il s'agit de se pencher sur les suites de la catastrophe du 11 mars 2011 en s'intéressant à des parcours individuels signifiants.

Le premier reportage m'a fait craindre un documentaire noyé dans un pathos larmoyant auquel je goûte assez peu. Non pas que je sois partisan de jeter systématiquement un voile pudique sur les tragédies qui frappent les êtres , mais j'éprouve toujours un sentiment de malaise devant une caméra qui s'attarde sur le malheur de mes congénères. Cependant, et bien qu'il m'est difficile de mettre précisément le doigt dessus, il me semble que les Japonais savent conserver une retenue qui amenuise d'autant la sensation de voyeurisme. Ce fut donc avec une gêne sincère mais pas honteuse que j'ai été le spectateur du chagrin et de la dignité d'un homme dont les deux enfants en bas âge ont été emportés par le tsunami avec leurs grands-parents. Du fait de la proximité de la centrale de Fukushima, l'épouse de celui-ci, enceinte, n'a pu rester pour chercher la dépouille de ses enfants, ni même assister à leur enterrement. La naissance de ce troisième enfant, destiné à porter un nom formé des deux premiers caractères des prénoms de ses aînés disparus, donne un espoir et une motivation pour repartir de l'avant... peut-être? Évitant un optimisme qui eut été malséant, le reportage s'abstient d'apporter une conclusion résolument positive et se contente de laisser une porte ouverte à l'espoir d'une vie à reconstruire.

Étonnamment, je n'ai pas été choqué par la transition d'un cas aussi éprouvant à celui d'un duo d'acteurs comiques originaires de la région frappée par le tsunami. Ces artistes ont en effet pris le parti de communiquer par un biais humoristique, sur la difficile vie quotidienne des habitants de la préfecture de Miyagi. Leur objectif est double. Lorsqu'ils se produisent dans la région affectée par la catastrophe, leur spectacle aide les sinistrés à rire de leurs propres problèmes et peut-être à les considérer sous un angle moins dramatique. A la fin de leurs représentations, les acteurs prennent le temps de discuter avec leur public des soucis quotidiens qui les frappent, afin de les insérer dans leur spectacle. Lorsqu'ils se produisent dans les autres régions du Japon, comme à Tokyo, il s'agit de faire partager l'expérience de ces situations difficiles à leurs compatriotes. Ceux-ci ont déjà la tête encombrée de soucis et faire passer des messages via un numéro de manzai constitue assurément une démarche aussi originale que pertinente.

A la suite de ce reportage d'une grande intelligence, la dernière partie fut un peu moins accrocheuse. En lien direct avec le titre du documentaire, le téléspectateur est invité à suivre la réflexion d'un journaliste s'interrogeant sur sa volonté d'agir pour aider ses compatriotes et son sentiment d'impuissance à le faire. Installé à New York, il a envoyé au Japon des heures de reportage filmant les actions de solidarité menées aux États-Unis à la suite de la catastrophe du Tohoku, afin d'apporter du réconfort aux Japonais. Une contribution un peu vaine puisque, phagocytée par la situation de crise à Fukushima, l'actualité au Japon semble n'avoir laissé que peu de place à ces témoignages de solidarité internationale. Ce reporter accompagne une pianiste japonaise installée aux États-Unis et cherchant également à agir à sa mesure pour soutenir ses compatriotes. Elle tentera de le faire en jouant dans l'école de son enfance. Si le reportage en lui-même est assez convenu, il a le mérite d'interpeller sur un sentiment d'impuissance probablement commun à tous ceux qui voudraient faire quelque-chose sans réellement savoir quoi.

Au final, cette série de reportages, hétérogènes dans leur contenu, repose sur un fondement commun. Elle entend dévoiler l'existence chez les Japonais d'une volonté d'agir, d'une énergie propre à combattre l'adversité, d'une envie de se redresser et d'aller de l'avant. Quoi de plus louable?


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samedi 3 mars 2012

FORWARD - The Long Road to Healing : Living with Unseen Scars

Depuis bientôt un an, je rédige des critiques des programmes diffusés sur jibtv.com, une émanation regardable en webtv de NHK World, la chaîne d'information internationale de la NHK. Il s'agit pour les promoteurs de cette chaîne anglophone d'obtenir un retour sur la perception de leurs programmes par leur audience étrangère. Naturellement, au travers desdits programmes, on n'évite pas un certain effet de propagande pour le Japon et sa culture, même si le terme est sans doute un peu fort. Tout en gardant ce fait dans un coin de l'esprit, ce travail hebdomadaire constitue pour moi une opportunité d'en découvrir toujours davantage sur le Japon et de suivre son actualité, notamment suite à la catastrophe du 11 mars 2011. Sur ce sujet, à partir de la mi-année 2011, la chaîne avait entamé la diffusion d'une série de documentaires, intitulée "Standing Up, Moving Forward", s'attardant sur le destin d'un certain nombre de victimes du tremblement de terre et du tsunami. L'expérience fut une réussite, au point que jibtv.com propose à l'heure actuelle une suite, intitulée sobrement "FORWARD", découpée en épisodes de 25min, et qui me semble tout à fait recommandable. Qu'on se rassure, je ne touche aucun dividende quant à la publicité que je pourrais faire pour cette chaîne, mais il m'a simplement semblé intéressant de partager sur ce blog un rapide compte-rendu de certaines des émissions que je suis amené à regarder, à commencer donc par "FORWARD".

Dans le documentaire "The Long Road to Healing : Living with Unseen Scars", j'ai été favorablement impressionné par l'angle privilégié par la production, afin de revenir sur les blessures psychologiques endurées par les victimes. Les télévisions nous ont en effet abreuvé d'images sur les spectaculaires dégâts matériels subis par le Japon, mais exposer subtilement ce qui se cache au fond des cœurs est naturellement bien moins visuel. Découpé en trois courts reportages, l'émission a tenté de montrer la diversité des traumatismes subis.

On rencontre d'abord un jeune garçon, habité par des pensées mortifères après avoir vu des personnes emportées par le tsunami sous ses yeux. La caméra évite le misérabilisme pour tenter de regarder d'un œil clinique les conséquences de la catastrophe pour de jeunes esprits, et pas seulement puisqu'elle dévoile également la difficulté pour une mère de vivre depuis des mois avec un fils devenu agité, lunatique, insomniaque. Le reportage rappelle ainsi qu'au-delà des victimes recensées, coexistent un nombre très important de victimes collatérales, en premier lieu les familles qui doivent gérer les conséquences psychologiques de la catastrophe sur leurs proches.

Le deuxième reportage m'a surpris puisque, en dépit de sa volonté d'être la jolie vitrine du Japon, la chaîne n'a pas hésité à s'attarder sur le cas d'un homme âgé gagné par l'alcoolisme et conséquemment menacé d'une déchéance morale et sociale. Les victimes ne sont ni des saints, ni des héros, mais des personnes ordinaires confrontées à un bouleversement dramatique de leur vie dont toutes ne savent pas comment se relever. La caméra suit ainsi les membres d'une ONG qui ne manquent pas d'expliquer que l'hébergement dans une maison temporaire ne peut suffire à combler le besoin de soutien et d'aide à long terme pour des personnes profondément affectées. Le vieillard réfugié dans l'alcool ne subit aucun jugement: de quel droit en serait-il autrement? Isolé, cet homme au crépuscule de sa vie a vu la maison dans laquelle il est né et où il entendait finir ses jours n'être plus d'un monceau de gravats. Avec elle, ce sont ses repères, le cadre dans lequel il vivait sa retraite, qui ont disparu. Que lui reste-il? Qui sommes-nous pour le juger?

La même question est tout aussi valable dans le cadre du troisième reportage, portant sur une femme âgée ayant vu sous ses yeux son mari emporté par les flots. Après des décennies de vie commune, cette femme se retrouve seule, isolée également, au point qu'elle imagine parfois sentir la présence bien réelle de son défunt mari. La psychologue de l'ONG qui lui rend périodiquement visite exprime un point de vue qui m'a semblé tout à fait pertinent. Dans la société japonaise du "Gambatte", celle-ci souligne que, plus que d'être secouées ou encouragées, les victimes ont avant tout besoin de s'exprimer, de mettre des mots sur leurs sentiments et leurs peines et d'être écoutées. Pour soutenir ces personnes âgées, le véritable combat des bénévoles se trouve ainsi être mené contre la solitude et l'isolement qui brisent les esprits et détruit le lien social. Voilà qui méritait d'être souligné!

Sur la forme, l'émission fait le choix pertinent d'utiliser les sous-titres plutôt que les doublages, les voix originales étant le meilleur des véhicules pour l'expression et la compréhension des sentiments humains. Malgré la tonalité naturellement affectée de l'émission, celle-ci a le bon goût d'être touchante sans jamais céder au voyeurisme, ce qui ne représente pas le moindre des écueils lorsqu'il s'agit de filmer la souffrance d'autrui. Au final, cette émission s'avéra intéressante, non seulement par son angle d'approche sur les suites de la catastrophe du Tohoku, mais également en souhaitant démontrer que, dans une société qui semble culturellement peu à l'écoute des victimes, la prise en compte des souffrances psychologiques est une réalité aussi bien qu'un devoir.


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jeudi 1 mars 2012

Dragon Ash

J'avais émis récemment l'idée de partager quelques découvertes musicales et ce post devrait donc être le premier d'une longue série sur les groupes et chanteurs japonais.

En guise d'introduction, je me permettrai une honteuse reprise d'un échange que j'ai eu dernièrement en d'autres lieux. Comment un Occidental en vient-il à écouter de la JMusic? Comme pour tout ce qui a trait au Japon, il est probable que les animes et les jeux vidéos furent le principal véhicule pour la propagation de la musique japonaise. En ce qui me concerne, le lien est en rapport avec l'objet principal de ce blog, puisque ce sont bien les dramas qui m'ont habitué puis suscité un réel engouement à l'égard de cette musique.

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, au regard de la façon de procéder en France, de très grands artistes collaborent aux bandes sons des animes, des publicités ou des dramas. Ce peut être un moyen de lancer un groupe ou un chanteur mais, souvent également, de promouvoir un single ou un album de stars confirmées ayant vendu des millions de disques. En échange, la série bénéficie d'un produit d'appel complémentaire du fait de l'aura du groupe ou chanteur. Intérêt réciproque, en somme. Aucun artiste japonais ne prendra jamais de haut une sollicitation à participer à une telle entreprise. En tout état de cause, ce n'est pas parce qu'il a fait le générique d'un anime, d'une publicité ou d'une série qu'un artiste est connu: c'est généralement l'inverse. A la réflexion, il est probablement difficile, voire impossible, de trouver un artiste japonais qui n'ait pas collaboré à un générique d'anime ou de séries télévisées.

Cela ne veut évidemment pas dire que toutes les bandes sons sont de leur fait ou encore que toutes sont audibles, loin s'en faut. Comme je l'avais exprimé lors des deux posts portant sur les génériques de dramas (20 Themes Songs I et II), elles peuvent cependant être un moyen pour les Occidentaux de découvrir différents styles de JMusic... et il y en a largement autant qu'en Occident, une richesse que j'espère avoir l'occasion de démontrer sur ce blog.

Je vais me permettre une petite pique qui ne me vaudra certainement pas que des amis. A la décharge de ses contradicteurs, ce qu'on trouve sur le web occidental concernant la JMusic se trouve logiquement souvent limité auxdits génériques, de qualité très variable, ou à la soupe produite pour des Girls' ou des Boys' Bands, qui font fantasmer les ados. Et je ne parle pas du Visual Kei... Le problème se révèle d'autant plus aigu que les producteurs japonais, à la différence de leurs homologues coréens, ne semblent toujours pas avoir saisi la puissance d'outils comme YouTube pour populariser la JMusic et s'ouvrir des marchés autres que celui du Japon - le second marché musical après les États-Unis, certes - et de quelques pays de la zone asiatique. Ils semblent donc dépenser une énergie considérable à chasser toute utilisation des chansons ou clips de leurs artistes sur le web, quitte à en limiter drastiquement la diffusion. Je m'en tiendrai cependant là pour ce sujet qui mériterait de plus amples développements, peut-être en une prochaine occasion.

Tout ce verbiage mérite une conclusion rapide. Je dirais donc que
j'écoute de la musique japonaise parce qu'elle participe d'une culture qui m'intéresse, en raison également de la musicalité propre à cette langue, parce qu'elle présente une très grande diversité de styles et que (presque) tous attisent ma curiosité, enfin et tout simplement car les rythmes et mélodies, même lorsqu'ils ne sont pas spécifiquement japonais, ce qui est le cas pour la majeure partie de la JMusic moderne, me sont agréables.

Pour ce premier post, je me permets d'apporter quelques précisions.
Il ne s'agit pas pour moi de réécrire, sur les groupes ou chanteurs japonais que je présenterai, ce qu'on peut trouver de tout à fait exhaustif sur le web, y compris sur un media généraliste comme le Wikipedia anglophone. Mes futurs posts sur la JMusic seront donc particulièrement concis. Je préfère laisser le soin à chacun de creuser son éventuel intérêt à partir des musiques offertes à l'écoute. Celles-ci ne reflètent pas forcément tout l’éventail de la discographie d'un groupe ou chanteur, d'autant plus que je me limiterai généralement à trois ou quatre vidéos, mais représentent d'abord et avant tout mes goûts propres.

J'ai choisi pour cette première de mettre en valeur Dragon Ash, un groupe qui, depuis une quinzaine d'années a su tirer le meilleur partie d'influences rock, voire métal, et rap. Entre titres nerveux et ballades bercées par la voix rauque du chanteur Kenji, Dragon Ash offre une richesse de styles certaine. A vous de juger!


- Under Age's Song




- Face to Face




- Few Lights Till Night




- Yume de Aetara




Mais aussi Life Goes On, Glory ou Shizukana hibi no kaidan o...


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lundi 20 février 2012

Konkatsu!

Cette critique risque de s'avérer passablement brève, Konkatsu! étant un drama qui ne mérite pas vraiment qu'on s'y attarde. Je m'attendais certes à une comédie légère, mais certainement pas à devoir regarder un cours de rattrapage sur le mariage pour écoliers.

Le casting me laissait espérer une série humoristique mais capable, grâce au talent et à l'expérience de ses acteurs, de dispenser quelques moments d'émotion aussi bien qu'un regard subtil ou critique sur l'institution maritale. Il n'en fut rien. A vrai dire, j'eus même du mal à reconnaître certains acteurs, à commencer par la tête d'affiche, Nakai Masahiro, dont les mimiques - bouche en cul de poule, yeux écarquillés, regard bovin... - m'ont empêché pendant plusieurs épisodes de reconnaître le pourtant remarquable Waga Eiryo de Suna no Utsuwa. Est-ce à mettre au crédit de son talent d'acteur? Plutôt au débit d'une série où on retrouve également un Sato Ryuta (Kisarazu Cat's Eye, Pride, Rookies...) plus excité que jamais, au point d'en être parfois fatiguant. On sera au moins reconnaissant à Ueto Aya (Attention Please...) d'avoir réussi à se montrer plus quelconque qu'énervante dans ce drama. Quant aux personnages secondaires, tels Kohinata Fumiyo ou Ryo, qu'on a toujours plaisir à retrouver d'un drama à l'autre, ils n'avaient pas les moyens d'extirper à eux seuls cette série de sa médiocrité générale.

Car finalement, si tous ces personnages se révèlent sans grand intérêt, la faute semble en incomber principalement à un scénario primaire et infantilisant. Dans un quartier populaire en voie de disparition, faute de renouvellement des générations, toute la population se retrouve plus ou moins impliquée dans la recherche d'une partenaire pour l'un des derniers "jeunes" du voisinage. Ce faisant, Konkatsu! nous propose deux modèles féminins: la romantique et l'intéressée. La première est la version générique de l'héroïne amoureuse japonaise à tendance sacrificielle, bref un fantasme doucereux mais sans grande saveur. La seconde incarne ces femmes qui, plus que la passion, souhaitent avant tout trouver un statut et un confort dans le cadre du mariage. Non, inutile de chercher des nuances dans ces archétypes, vous n'en trouverez pas. On devine d'ailleurs lequel des deux modèles s'imposera comme le meilleur au final... Paradoxalement, malgré le grotesque des mises en situation, toute l'ambition du drama sera de souligner que le mariage est une chose sérieuse qui mérite d'amples considérations. Quelles sont-elles? On n'en saura jamais trop rien, mais comme à l'évidence il s'agit surtout de dédramatiser (sic) la peur que les nouvelles générations japonaises pourraient avoir à l'égard de cet engagement, la forme humoristique restera privilégiée sur le fond. Cela ira d'ailleurs jusqu'à certaines extrémités, comme ces jeunes au look de lycéens pris d'un intérêt subit et inexplicable pour un mariage dont leur immaturité devrait les tenir éloigner encore pour quelques temps.

Vous aimez les chats? *sourire* Et la poterie? *effleurements* Moi aussi! Et vous gagnez 2M¥ par an? Nous avons tellement de choses en commun! Marions-nous! *rires*

Le Japon, qui n'est au demeurant pas le seul dans ce cas, se trouve aux prises avec une désaffection pour l'institution du mariage. Qu'apporte ce drama sur le sujet? Qu'apprend-on sur le mariage au Japon? Sur les motivations, les peurs, les inquiétudes ou les espoirs des personnes cherchant à créer un couple? Rien. Qui plus est, s'agissant de la forme, je me contenterai de souligner que, si j'avais envie d'être pris pour un demeuré, je regarderais TF1. Au final, on l'aura compris, regarder Konkatsu! s'est avéré une perte de temps et je ne vous ferai pas perdre d'avantage le vôtre avec cette série très dispensable.


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4/20 : The question is: for how many episodes will YOU be able to stand it?


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jeudi 9 février 2012

Homo Japonicus

Au fil de mes découvertes sur la société japonaise, j'ai ressenti de manière récurrente le besoin d'en apprendre plus que ce que la petite lucarne télévisuelle pouvait me dispenser. Ces dernières années, j'ai donc lu quelques ouvrages qui m'ont offert de très intéressants études ou points de vue sur le Japon et les Japonais et, par voie de conséquence, des niveaux de lecture complémentaires des fameux dramas, objets de ce blog.

Je me propose donc de soumettre sur ces pages quelques-uns de ces ouvrages, en commençant par l'un des plus connus d'entre eux, Homo Japonicus, par Muriel Jolivet.
Sociologue française installée et travaillant au Japon depuis plusieurs décennies, l'auteur a compilé dans ce livre, paru en 2000, un nombre conséquent d'entretiens avec des hommes japonais afin de revenir sur la place que la société nippone contemporaine leur offre, alors même que la crise économique et sociale frappe, depuis les années 90, un archipel jusqu'ici sûr de la force de son modèle. Ce recueil de témoignages s'organise en cinq chapitres, dont les thèmes sont grossièrement les suivants:
- Le rapport du Japonais à son travail et l'extraordinaire investissement physique et moral requis par les entreprises vis-à-vis de leurs salariés.
- Le Japonais dans son couple, la dissolution du lien marital et sa conséquence sur le comportement des femmes, en particulier vis-à-vis de leurs enfants.
- Le rôle fragilisé du père dans le foyer japonais.
- Les comportements marginaux dans la société japonaise, notamment l'homosexualité.
- Le traitement social des exclus.
Sur tous ces points, l'ouvrage de Muriel Jolivet, appuyé sur les témoignages collectés, dresse un véritable réquisitoire à l'égard du modèle social japonais: la répartition des tâches par genre, le désinvestissement des hommes dans leur foyer, l'omniprésence envahissante du lien maternel, mais aussi la culture de la honte, l'écrasement de la personnalité, le rejet de toute différence... les sujets ne manquent pas!

Il apparaît cependant nécessaire de garder un certain recul à l'égard de ces critiques. La construction même de l'ouvrage limite nécessairement la représentativité des propos qui y sont tenus puisque les témoins, en se dévoilant auprès d'une sociologue française, se placent eux-mêmes dans une posture différente de celle du vulgum pecus. Charge au lecteur, seul, de faire la part entre ce qui relève de comportements marginaux et ce qui constitue un trait véritablement inhérent à la société japonaise. Pour autant, ce qui relèverait d'une certaine marginalité représente également une source d'informations, tant il est vrai que des phénomènes même minoritaires peuvent en dire long sur la société qui les héberge. En conséquence, en dépit de son âge, Homo Japonicus représente un ouvrage incontournable pour tout passionné souhaitant en apprendre d'avantage sur le Japon contemporain et les Japonais.


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Homo Japonicus, par Muriel Jolivet (Ed. Picquier) - 650 pages

vendredi 3 février 2012

Freeter, Ie o Kau.

J'avais lu quelques écrits sur le phénomène nippon des "freeters", ces jeunes actifs refusant, parfois temporairement seulement, de s'inscrire dans le système professionnel régissant la vie de leurs pères et vivant ainsi de petits boulots suffisant à financer leurs centres d'intérêt. Curieux de mieux comprendre les tenants et les aboutissants de cette situation, je me suis frotté les mains à l'idée de voir un drama sur ce sujet, dut-il avoir Ninomiya Kazunari en tête d'affiche. Pour ce qui est du phénomène "freeter", j'en fus en bonne partie, pour mes frais. Mais dans le même temps, ce drama a abordé quelques sujets suffisamment intéressants pour poursuivre cette série jusqu'à son terme.


Take Seiji, frais émoulu de l'université, ne cache pas son incrédulité devant un certain nombre de règles implicites de la vie en entreprise au Japon, que ce soit la déférence obséquieuse envers la hiérarchie, les étranges séances de "team building", ou les interminables pots de fin de journée. Au bout de trois petits mois, il démissionne donc mais ne parvient pas à retrouver un travail stable et doit donc se contenter de petits boulots. En conflit ouvert avec un père autoritaire et méprisant, Seiji traîne son spleen en laissant sa mère pourvoir à ses besoins, jusqu'à ce que celle-ci ne se trouve plus en état de le faire, le plaçant ainsi dans l'obligation de réagir. Après quelques essais malheureux, il se retrouve sur un chantier autoroutier à transporter des brouettes de cailloux ou étaler du bitume fumant et y fait la rencontre d'une jeune femme aussi déterminée que lui-même est indécis, sans idée ni ambition.

Ce bref résumé ouvre déjà la porte aux reproches puisqu'il présente un personnage qui fait partie des "freeters" les moins critiques de la société nippone, id est ceux qui n'ont pas choisi leur statut. Seiji vit peut-être en "parasite" - le terme n'est pas de moi mais des sociologues japonais - chez ses parents sans s'en sentir vraiment gêné, mais cette situation n'est pas un choix délibéré. La meilleure preuve en est le temps passé à l'agence pour l'emploi afin de trouver un travail fixe à temps plein dans une entreprise de renom et, dans le même temps, son absence totale d'implication et de sérieux dans ses petits boulots successifs. Seiji est persuadé de valoir mieux que les petites tâches qui lui sont confiées et qu'il finira donc inévitablement par retrouver un emploi à sa mesure. Si les premières minutes de la série pouvaient laisser espérer une critique du système professionnel japonais, celle-ci se trouve vite effacée pour se contenter de faire de Seiji un fainéant n'ayant finalement pas volé sa situation. Autant donc pour le phénomène des "freeters" et la responsabilité du système quant à son éclosion et son fort développement, sachant qu'on en compterait aujourd'hui pas loin de 10 millions! La production aurait-elle craint de s'aliéner ses sponsors?...


Ainsi, Freeter, Ie o Kau, en dépit de son titre, ne parle pas réellement des "freeters", mais préfère se pencher sur le difficile apprentissage de l'âge adulte par Seiji et les relations au sein de la cellule familiale. Le premier point faisant osciller le téléspectateur entre sentiment de déjà-vu et légère irritation devant le sempiternel triptyque "faute personnelle / intégration au collectif / gambarimasu", on se penchera de préférence sur le second. Pour ce faire, il me faut passer en revue les différents protagonistes, en espérant qu'on me pardonnera ce procédé façon listing.
Le père, Take Seiichi, m'a beaucoup intéressé. Maître de maison tyrannique, il traite sa femme comme une servante et, puisqu'elle est la seule responsable de la maison en l'absence du mari, occupé à gagner l'argent du foyer, il lui reproche la conduite de son fils. Il peut d'autant moins faire preuve de compréhension vis-à-vis de celui-ci que le refus de Seiji s'apparente à une critique du système professionnel auquel lui-même a consacré toute sa vie, mais est également ressenti comme une terrible ingratitude envers des parents qui se sont évertués à l'élever pour en faire un bon petit Japonais. Du fait de la répartition radicale, mais habituelle, des tâches entre un mari et sa femme, ce père de famille se trouve bien incapable de trouver quelle attitude adopter face aux difficultés à venir de son ménage. En vérité, sans trop en dévoiler, on découvre que le père vit également une situation professionnelle difficile et forcément traumatique eu égard à l'investissement de toute une vie au service de l'entreprise qui l'emploie. Ces éléments mis ensemble font de ce père, un personnage beaucoup moins caricatural que son comportement despotique laisse à croire au début de la série. Dans le même temps, sa fierté, mais également son absence du foyer, le rendent illisible pour ses propres enfants, créant un mur d'incompréhension au sein de la famille.
La mère, Take Sumiko, se trouvera, par la force des choses, limitée dans son rôle de femme au foyer typique, mais les évènements liés à ce personnage s'expriment d'eux-mêmes pour dévoiler la situation déplorable dans laquelle peuvent se retrouver ces femmes abandonnées à elles-mêmes. L'absence d'un mari qui se consacre pleinement à son emploi, l'oblige à porter seule le poids du foyer dans toutes ses facettes: éducation des enfants, tenue de la maison, voisinage...
La situation de la fille aînée, mariée au directeur d'une clinique, mère d'un petit garçon et tyrannisée par une belle-mère décidée à prendre en charge la formation de l'héritier du nom, est également intéressante. Les choix qu'elle doit faire pour l'éducation de son enfant trouvent un écho très bien vu dans la relation de la voisine des Take avec son propre fils, jeune avocat brillant mais peu charitable avec ses congénères humains et franchement vindicatif envers sa génitrice.


Ces quelques personnages, les situations auxquelles ils se trouvent confrontés, et ce qu'ils disent ainsi de la société japonaise, constituent le réel point d'intérêt de Freeter, Ie o Kau. Le reste des intervenants, le scénario, l'histoire de l'héroïne, etc. n'offrent rien de bien original et je ne m'y attarderai donc pas sinon pour dire que l'ensemble du casting a joué fort honnêtement son rôle, Nino compris. Je dois avouer, pour l'anecdote, que j'ai quand même supplié le ciel à chaque épisode de m'épargner la vision d'un baiser entre la superbe Karina et le nain. Je laisse à chacun le soin dé vérifier si la prière constitue une ressource efficace dans ce genre de situation.


Que dire pour conclure sur cette série? Comme je pense l'avoir expliqué, Freeter, Ie o Kau ne manque pas d'intérêt par l'éclairage qu'il offre sur la cellule familiale japonaise et les conséquences du modèle social japonais sur celle-ci. Pour autant, j'ai été quelque peu déçu de ne pas voir le drama aborder pleinement la problématique des "freeters" sinon pour en faire des adulescents en crise de croissance. Par ailleurs, aussi bien l'histoire de l’héroïne que les leçons de vie généreusement dispensées à Seiji sur son chantier m'ont plutôt fait bailler tant elles sentent le réchauffé. Tout cela est bien mignon et moralisateur comme il faut et je dois avouer que je sature un peu s'agissant de ces lieux communs. En conséquence de quoi, la note finale sera sans doute un peu dure, mais témoigne d'une déception à la hauteur de mon attente pour un grand drama de société, ce que Freeter, Ie o Kau échoue à être.


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Lien
6/10 : That wasn’t too bad, I guess. But never worth a rewatch.



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The complete details about Freeter, Ie o Kau on drama-wiki
Freeter, Ie o Kau with English subs