vendredi 16 septembre 2011

Hoshi no Kinka

Après des incursions heureuses dans des dramas vieux de quelques années, je me suis décidé à tenter de regarder l'un des grands classiques de la télévision nippone des années 90, Hoshi no Kinka. Je dois avouer que j'en éprouve aujourd'hui des sentiments confus et contradictoires qu'il me faut coucher par écrit pour mieux les analyser.

Pour faire le tri dans ce fatras, tâchons de procéder par ordre. D'abord en dévoilant un synopsis qui permet de se préparer au ton excessivement romantique de la série. Officiant volontairement dans un petit dispensaire perdu en pleine campagne, le docteur Nagai Shuichi, fils du directeur d'un prestigieux hôpital tokyoïte, doit retourner passer quelques jours à la capitale. Il promet d'épouser Aya, son aide soignante, à son retour. Suite à un accident survenu à son arrivée, Shuichi perd la mémoire, oublie sa fiancée et retombe aux mains de son ambitieuse famille. Aya, en dépit du handicap lié à sa surdité, s'envole à son tour pour Tokyo, tenter de retrouver son amour disparu. Le décor étant planté, ne reste plus qu'à y laisser jouer les protagonistes de ce mélodrame.

Un mot cependant avant de s'intéresser aux personnages. Ce qui frappe immédiatement en regardant Hoshi no Kinka, c'est son âge, tant par la qualité de l'image que par sa mise en scène, sa bande sonore et ses horribles bruitages dignes des sentais du début des années 80. Il m'a fallu un petit temps d'adaptation avant de pouvoir passer outre cet aspect obsolète, cette impression en fait de voir une vieille pièce de théâtre filmée plutôt qu'une série télévisée. Les acteurs eux-mêmes, car il est temps d'y venir, semblent jouer avec toutes ces exagérations qui permettent au public du dernier rang de saisir toute la tension s'exprimant sur les planches. Plus que des personnages, il m'a semblé que chaque acteur tentait ainsi d'incarner par son jeu une idée, une émotion, un concept. J'en veux pour exemple, les rôles secondaires: le docteur Komori (Ibu Masato) est l'image vivante de la fourberie, le docteur Koizumi (Tanaka Minato) celui de l'arrivisme, l'infirmière Sonoko (Nishimura Tomomi) est un modèle d'ingénuité, etc.

Qu'en est-il des têtes d'affiche? Sakai Norito interprète superbement le rôle d'Aya, cette jeune femme sourde, à la recherche de son fiancé évanoui dans la gigantesque Tokyo. A vrai dire, et malgré quelques preuves de caractère, Aya n'est rien moins qu'un ange descendu du ciel pour apaiser les âmes en peine. Elle est l'agneau qui offre sa nuque au boucher, la martyre qui se sacrifie pour le bonheur des autres, l'icône qui raffermit les cœurs déchirés par le doute. Au nombre de ceux-ci, se trouve l'impulsif Nagai Takumi (Takenouchi Yutaka), le jeune demi-frère de Shuichi. Etouffé par l'amour de sa mère, cherchant désespérément l'approbation d'un père méprisant, soumis à une constante comparaison avec le génie de son frère, Takumi est un être en perdition. Tantôt violent et cynique, tantôt brisé par des larmes de chagrin, son mal de vivre le pousse à s'auto-détruire en s'essayant aux pires excès. Son immaturité en fait le négatif naturel d'un Shuichi (Osawa Takao) adulte, intelligent, pondéré voire, par contraste, un peu fade. Du moins de mon point de vue, car ce personnage semble avoir été créé pour incarner le parfait homme de devoir à la japonaise. Cela va sans dire, nous aurons bien droit ici au très habituel triangle amoureux.

Au-delà du jeu des acteurs et du trio de stars que je viens d'évoquer, j'ai été frappé du rôle prépondérant joué par les femmes dans ce drama. Aya, certes, puisqu'elle se trouve au cœur de l'histoire, mais à vrai dire chaque actrice joue sa propre partition et ce sont bien elles qui font vivre cette série. Ce sont la revanche du docteur Koizumi, les indiscrétions de Sonoko, l'arrivisme de Michiyo, la folie d'Ayumi, les machinations de Shoko qui font avancer l'histoire. Paradoxalement, la vision de la femme qui ressort de Hoshi no Kinka m'est apparue parfois terriblement sexiste et j'en donnerai pour preuve, parmi d'autres, le couple formé par Shoko et Shuichi. Ce dernier se fera ainsi durement morigéner de ne pas s'inquiéter suffisamment du droit au bonheur de sa partenaire, alors même que les arguments qui lui sont servis seraient tout aussi valables pour défendre le sien! Apparemment, si la priorité de la femme est le bonheur, celui de l'homme est le devoir. Je ne peux pas dire que je découvre cette répartition passéiste du rôle des genres, mais j'en reste surpris à chaque fois. Et puisque je parle du loup, je ferai également un dernier commentaire sur un des personnages féminins, en l'occurrence celui de Shoko (Hosokawa Naomi). De ma compréhension de la culture nippone, il me semble que les Japonais, loin du manichéisme occidental et chrétien, éprouvent un certain respect pour les personnes qui choisissent une voie et s'y engouffrent totalement quel qu'en soit le prix. Ceci expliquerait qu'ils ne soient pas choqués par la schizophrénie de cette oie blanche capable d'éprouver à la fois les joies les plus ingénues et d'accomplir les manœuvres les plus sordides et les plus lâches pour parvenir à ses fins. Le fait de prétendre aimer donne-t-il tous les droits? En ce qui me concerne, quelles que puissent être ses excuses, j'ai trouvé ce personnage parfaitement répugnant.

Ce sentiment illustre l’ambiguïté de mon état d'esprit quant à cette série. Je pourrais dire que je n'ai pas aimé ce drama, aussi bien sur la forme, partagée entre une réalisation digne des feuilletons américains des années 80-90 qui faisaient la joie de nos grands mères et un jeu d'acteurs de théâtre, que s'agissant d'un scénario qui n'est pas en reste pour abuser de grands poncifs mélodramatiques. Dans le même temps, sur un plan culturel et intellectuel, la longueur de cette chronique démontre par elle-même que j'y ai trouvé un intérêt certain. Ce drama de 1995 me semble en effet le reflet d'une certaine société japonaise, plus traditionnelle sur la forme et plus conservatrice sur le fond. Par incidence, cette série m'a rappelé à quel point mon intérêt pour le Japon et mon attrait pour certaines de ses valeurs ne m'empêchent pas de rester un Occidental et d'être en profond désaccord avec certaines autres. Je ne regarderai probablement pas la seconde saison, parue l'année suivante, mais, selon les attentes de chacun, je pourrais certainement recommander Hoshi no Kinka, un drama qui, en tout état de cause, ne laisse pas indifférent.


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7/10 : At least worth checking out.


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mercredi 7 septembre 2011

Rookies

Au Japon, le baseball lycéen, loin d'être une petite affaire, rencontre un succès équivalent à celui d'un baseball professionnel pourtant très populaire. Les télévisions locales diffusent ainsi les matchs de qualification pour le tournoi estival qui se tient chaque été au stade du Koshien. Ledit tournoi est ensuite retransmis en direct à toute la Nation par la NHK. Cause et conséquence de cette notoriété, le baseball lycéen a fait l'objet de nombreux récits à sa gloire, au nombre desquels on distingue en priorité les mangas d'Adachi, mais aussi le Rookies de Morita.

L'adaptation de ce manga ne cache d'ailleurs pas sa filiation, tant par son ton que par sa réalisation et le jeu de ses personnages. Issu d'un shonen, ce drama en adopte tous les caractères pour raconter l'histoire d'une bande de voyous, peu à peu convertis au mérite des efforts par un jeune professeur atypique et charismatique, et qui va devenir progressivement, au fil des épreuves, une véritable équipe de base-ball visant l'accession au mythique stade du Koshien. Les mangaphiles qui penseront au terme "nekketsu" n'auront pas tort. Rookies, le drama, ne s'aventurera en tout cas pas au-delà des codes du genre: se battre pour réaliser ses rêves, des capacités hors du commun pour certains personnages, l'effort et la volonté plus forts que l'adversité, notamment dans les moments critiques, et l'amitié comme vertu de référence. Il ne s'agit pas ici de refaire le débat autour des valeurs véhiculées par les shonen, mais il est toujours aussi surprenant de voir à quel point ceux-ci usent et abusent des personnages asociaux pour les transformer en hérauts des valeurs traditionnelles de la société japonaise. Rookies en est un formidable exemple puisque ces Yankees, héros de l'histoire, n'auront de cesse de démontrer à quel point la réussite et la reconnaissance sociale reposent sur le respect des règles, le travail acharné, le dévouement au collectif, etc. Un vrai travail de propagande qui prête globalement à sourire, si ce n'est lors de ces banquets d'amertume où les fautifs d'hier doivent s'incliner encore et encore pour se faire pardonner leurs erreurs passées. Cette culture de la honte indélébile est parfois bien pénible.

A ce type de scenario classique, vous ajoutez des adolescents dont l'hyper-sensibilité est dévoilée sans pudeur (id est plus vous êtes une brute, plus vous êtes en réalité un grand sentimental), des prêches grandiloquents en forme d'apartés afin de bien enfoncer le clou auprès du téléspectateur, des cliffhangers, des ralentis et des flashbacks à foison. Bref, que d'émotions! Je m'en voudrais de ne pas mentionner cette détestable habitude qu'ont certains réalisateurs japonais de faire des plans sur les visages de tous les personnages à chaque séquence, qu'elle soit dramatique, humoristique... ou moralisatrice. Sachant qu'une équipe de baseball lycéen au Japon compte au minimum neuf joueurs, un entraîneur et une manager, je laisse à chacun le soin d'imaginer le temps consacré à montrer et remontrer les visages concernés, émus ou hilares des protagonistes. A contrario, bonne nouvelle pour les allergiques au sport, les matchs de baseball en eux-mêmes occupent finalement peu de place à l'écran au profit de la psychologie des personnages et des leçons de morale.

Pour autant, Rookies vaut mieux que le portrait moyennement flatteur que je viens d'en dresser, en grande partie grâce à son casting. Sato Ryuta (Ikebukuro West Gate Park, Kisarazu Cat's Eye, Pride) incarne à l'écran le fantasque professeur Kawato, trop naïf, sincère et énergique pour être vrai mais finalement drôle et attachant. Et il en est de même pour les acteurs jouant cette bande de sympathiques voyous: l'empilement de bishonen, façon Gokusen ou HanaKimi, est globalement évité pour essayer de retrouver telles quelles les "gueules" des personnages du manga. Il est dès lors d'autant plus facile de s'attacher à Aniya la star (Ichihara Hayato), à l'honnête Mikoshiba (Koide Keisuke), à Shinjo la brute au grand cœur (Shirota Yu), à Sekikawa le sprinter (Nakao Akiyoshi), à Wakana la grande gueule (Takaoka Sousuke), à Hiratsuka le bouffon (Kiritani Kenta) et à son fidèle acolyte Imaoka (Onoue Hiroyuki), à Okada (Sato Takeru), Yufune (Igarashi Shunji) et Hiyama (Kawamura Yosuke). Difficile de ne pas les prendre en affectation, ni de se prendre au jeu et de les soutenir pour les voir gagner et réaliser leur rêve du Koshien. Même si l'émotion est parfois administrée à la truelle, plutôt que distillée avec finesse, elle s'avère régulièrement contagieuse. Et ainsi, au final, malgré ses défauts, Rookies réussit le pari d'offrir à chaque téléspectateur une bande de potes avec lesquels il aura plaisir à aller au bout de l'aventure.


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6/10 : That wasn’t too bad, I guess. But never worth a rewatch.



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mercredi 31 août 2011

M no Higeki


Au-delà du plaisir de l'écriture, la rédaction de ces critiques me permet de mieux comprendre ce qui m'attire dans les dramas. Parmi les points forts de ce type de production, j'ai envie de souligner particulièrement la dimension humaine et cette compréhension intime des ressorts du cœur. Loin d'un manichéisme occidental, fondé sur une opposition Bien / Mal par nature et qui donc n'a plus besoin de s'embarrasser d'explications, les dramas prennent souvent le soin de s'attarder sur les motivations et sentiments qui accompagnent les actes des personnages. L'excès en toute chose étant mauvais, le retour en arrière récurrent sur le traumatisme d'enfance d'untel ou d'unetelle, afin d'expliquer son comportement x années plus tard, n'est certes pas toujours le bienvenu. Néanmoins, ce volet psychologique, si fortement présent dans la production télévisuelle japonaise, offre généralement aux personnages une profondeur et une véracité certaines, d'ailleurs probablement indispensables si on veut pouvoir attacher le téléspectateur à ceux-ci en l'espace de quelques épisodes. M no Higeki constitue un exemple abouti de cette volonté d'exposer la mécanique de l'âme humaine.

A vrai dire, il s'agit même du cœur de l'intrigue de ce drama dont l'un des deux principaux protagonistes, Aihara Misa (Hasegawa Kyoko), semble porter une colère profonde à l'égard de l'autre. La situation d'Ando Mamoru (Inagaki Goro) est d'autant plus inconfortable qu'il ne sait pas pourquoi il se trouve être l'objet d'un tel ressentiment. Les raisons n'étant exposées que tardivement, on a ainsi largement le temps de compatir aux malheurs d'un personnage qui, dans l'ensemble et malgré quelques défauts de caractère, a pourtant tout du brave type. Comment ne pas s'imaginer à la place de cet homme ordinaire qui voit son monde s'effriter sous les coups de butoir qui lui sont portés par une femme dont les motivations lui échappent complètement? Comment ne pas grimacer devant l'imagination perverse déployée par celle-ci pour l'enfoncer plus bas, toujours plus bas, jusqu'à le noyer dans le désespoir? Chaque timide éclaircie n'est finalement qu'un leurre avant que ne soit porté le coup suivant. En termes de machiavélisme, on ne peut que reconnaître au scénariste (Hashimoto Hiroshi, également auteur de Karei naru Ichizoku) un indéniable talent, quitte à en faire parfois souffrir le réalisme de l'histoire.

Inagaki Goro incarne avec réussite ce personnage commun, raisonnable et un peu lâche, qui se retrouve perdu, hagard, perclus d'angoisses... et finalement poussé à sortir de sa coquille pour affronter le monde et ses responsabilités. Hasegawa Kyoko réalise quant à elle sa performance la plus aboutie, du moins au regard des autres rôles que je lui connais (Boku dake no Madonna, Dragon Zakura, SCANDAL...). Elle joue à merveille cette femme rongée par la mélancolie et dont la vengeance semble être une dernière tentative de s'accrocher encore à une vie dont les couleurs ont disparu. Une revanche triste donc, sombre et désespérée, qui emplit totalement le personnage d'Aihara Misane, sans que jamais - mais n'est-ce pas logique? - elle n'y trouve une réelle satisfaction. Plus encore que les motivations issues du passé, ce sont bel et bien les sentiments des deux protagonistes au regard des évènements en cours qui m'ont touché par leur humanité et leur réalisme. Etant qui plus est entourés par une galerie de personnages également au ton juste, l'ensemble est un régal pour le téléspectateur à mi-chemin entre voyeurisme et émotion.

Il est dès lors fort dommage que le scenario se soit égaré au cours d'une seconde partie qui ne ressemble ni plus ni moins qu'à une resucée de la première. Inutile de préciser que la recette ne fonctionne plus que très moyennement, même si une certaine tension reste suffisamment palpable pour générer l'envie d'aller au bout. On aura en tout cas déjà compris le message sur la nécessité d'être responsable de ses actes et de porter les yeux sur les autres plutôt que sur son propre nombril. Merci. Cette fausse note mise à part, M no Higeki est un drama très recommandable, représentatif des qualités propres aux séries japonaises telles que je les évoquais plus haut. Les passionnés de l'âme humaine qui passeraient outre feraient donc, à n'en pas douter, une erreur tragique.


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7/10 : At least worth checking out.


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mercredi 24 août 2011

Papa to Musume no Nanokakan

Parfois, alors que des séries aux sujets sérieux, prenants, pertinents s'empilent en attendant d'être regardées, l'envie prend de goûter à quelque-chose de simple, sans ambition et vis-à-vis duquel le téléspectateur n'aura donc pas de réelles attentes. On peut alors allumer TF1 ou, pour éviter un choc trop brutal aux neurones, visionner un des nombreux dramas humoristiques proposés par la télévision nippone.

Papa to Musume no Nanokakan a décroché en 2007 des scores d'audience tout à fait honorables pour un drama dont le thème, l'échange de corps entre un père et sa fille, pouvait laisser craindre qu'il s'agît d'une farce un peu grossière. Si cette série entre bien dans la catégorie des comédies, elle aborde cependant la thématique des relations parents-adolescents non sans quelque intelligence.

Plus encore qu'en Occident, les pères de famille japonais trouvent peu de temps à consacrer à leur progéniture dont l'éducation est dévolue traditionnellement à la mère. Le japanophile averti gardera à l'esprit qu'une très importante majorité de Japonaises abandonnent leur emploi à la naissance du premier enfant, quand ce n'est pas dès le mariage, de façon à se dédier exclusivement à leur foyer pendant que l'homme consacre l'essentiel de son temps à l'entreprise qui l'emploie. Il n'est dès lors pas étonnant d'imaginer que la vie de ses enfants représente une véritable inconnue pour le chef de famille. L'inverse est également vrai. Un adolescent a peu de chances de pouvoir imaginer le monde du travail dans lequel se meut son père. Comme tous les films et séries dont le thème porte sur l'échange de corps, l'objet de Papa to Musume no Nanokakan est de faire se rencontrer deux mondes inconnus et de permettre ainsi aux protagonistes de se reconnaître par une meilleure compréhension de l'autre, de sa vie, de ses angoisses, de ses responsabilités...

Bien évidemment, ce type d'histoire ne peut être accrocheur qu'à condition que les acteurs soient crédibles dans leur incarnation. Si Aragaki Yui (Kawahara Koume) se débrouille correctement, il faut principalement applaudir la prestation de Tachi Hiroshi (Kawahara Kyoichiro) et ses mimiques d'adolescente dans un corps masculin âgé d'une cinquantaine d'années. Sincèrement, j'en ris encore! Le burlesque des situations permet de ne pas se braquer sur les développements quelque peu naïfs de l'histoire: ainsi de la fille, dont l'énergie juvénile et la candeur permettent d'éviter les culs de sac professionnels dans lesquels son père se serait échoué, et ainsi dudit père qui redécouvre les exigences de la vie scolaire mais dont la maturité fera grandir les camarades de sa fille. Un peu facile, mais finalement sans grande importance. Peu importe également que les deux protagonistes soient les archétypes de leur génération et manquent en conséquence d'une personnalité originale. Le caractère générique des personnages aurait posé problème si le drama avait eu réellement d'autres ambitions que celle d'être une comédie pour tous. Enfin, si le sujet des relations parents-enfants aurait pu être davantage creusé, le message général, d'une meilleure attention portée à l'autre pour mieux le comprendre, passe en douceur.

Au final, même si ce drama n'a pas vocation à rester dans les mémoires, Papa to Musume no Nanokakan permet de passer un vrai bon moment de détente, empli de rires et de sourires, et, parfois, a-t-on vraiment besoin de plus?


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7/10 : At least worth checking out.



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lundi 22 août 2011

Ninkyo Helper

En 2011, près du quart (22.7%) de la population japonaise a plus de 65 ans, ce qui représente près de 30 millions de personnes qui, selon leur état de santé, se trouvent plus ou moins en état de dépendance. Les articles s'alarmant du vieillissement de la population japonaise sont légion depuis de nombreuses années et confirment à quel point le Japon doit faire face, ici aussi, à un problème social et économique majeur. Bizarrement, alors que les dramas semblent souvent être en pointe lorsqu'il s'agit d'aborder des sujets de société, je n'en avais pas encore vu se pencher sur cette problématique. Peut-être avais-je mal cherché, mais toujours est-il que ce manque est aujourd'hui comblé grâce au visionnage de Ninkyo Helper.

Il m'a d'abord fallu passer par delà un synopsys à même de repousser bien des ardeurs. Jugez plutôt: les lieutenants d'un gang de yakuzas sont envoyés dans une maison de retraite pour faire leurs preuves (?) afin de déterminer lequel est le plus apte à diriger ledit gang. Vos yeux s'écarquillent? Il en fut de même des miens. Cela étant, la perspective de découvrir Kusanagi Tsuyoshi, le dernier SMAP manquant à ma collection, m'a donné le surcroit de motivation nécessaire et, pour écarter tout suspense, je ne fus pas mécontent d'avoir fait preuve d'obstination.

En effet, Ninkyo Helper ne manque pas d'atouts. En premier lieu, bien évidemment, par son thème central portant sur le 3ème âge. Ce drama permet de revenir sur des situations dont l'authenticité ne peut qu'interpeler le téléspectateur. Ainsi découvrons-nous des personnes âgées abandonnées à leur sort par leur famille, d'autres dont la faiblesse est abusée par des escrocs, celles qui souffrent de démence ou d'Alzheimer, celles encore qui subissent des maltraitances mais qui n'osent s'en plaindre de peur de perdre leurs proches... Chaque épisode offre son histoire et dévoile un peu plus le triste sort des personnes âgées, même dans une société moderne, riche et censée culturellement être particulièrement respectueuse de ses aînés. Ninkyo Helper ne se contente pour autant pas de décrire, avec beaucoup de finesse, des situations plus ou moins dramatiques et toujours touchantes. Au-delà de la description de ces cas intimes, la série nous soumet à certains questionnements quant à la condition de personne âgée. A les traiter comme des malades, des handicapés, des statistiques ou un problème à résoudre, n'en oublierait-on pas leur humanité? Perd-on sa fierté face aux humiliations dues au temps? Est-ce que les sentiments, y compris le plus célébré d'entre eux, disparaissent avec l'âge?...

Ces questions sur l'humanité des personnes dépendantes sont au cœur de l'affrontement entre Tsubasa Hikoichi (Kusanagi Tsuyoshi), yakuza promu héraut et héros des vieillards de l'hospice où ses chefs l'ont expédié comme bénévole, et Hatori Akira (Natsukawa Yui), présidente d'une société de services aux personnes âgées, pour laquelle le traitement du problème social semble passer avant toute considération humaine. Leurs visions respectives forcent le téléspectateur à sortir de sa neutralité et du seul registre sentimental pour s'interroger lui-même concrètement sur un thème qui finalement concerne ou concernera presque toutes les familles. Ce duo mérite d'ailleurs une reconnaissance particulière pour son excellence à porter ces personnages.

En ce qui concerne la qualité du casting, on peut y ajouter le personnage du petit Hatori Ryota (Kato Seishiro) et surtout l'ensemble des acteurs qui ont joué avec sincérité ces vieillards pour lesquels l'hospice représente une dernière page de vie. A l'inverse, les rôles secondaires incarnant les autres yakuzas dépêchés comme bénévoles ne présentent guère d'intérêt par leur jeu comme par leurs rôles (et je mets Kuroki Meisa dans le lot... si, si). C'est en partie la faute du scénariste qui s'est acharné à développer les rebondissements tournant autour de la mafia nippone. Il y avait certainement une idée derrière ce schéma, mais j'ai sincèrement eu l'impression de minutes gâchées chaque fois que le scenario s'est égaré du côté de ces histoires de gangs. A vrai dire, je crois bien avoir même entendu des ligaments claqués à force de chercher à faire le grand écart entre ce que sont concrètement les yakuzas, id est des criminels, et le pourquoi du comment des types pareils se sont retrouvés dans un hospice pour vieillards. La fin de la série, qui tente de joindre les deux bouts, offre d'ailleurs une bagarre généralisée assez grotesque.

Ce défaut, important par la place qu'il occupe dans la série, n'est cependant pas rédhibitoire et ne doit pas amoindrir la qualité de Ninkyo Helper, un drama intelligent, pertinent et d'une grande humanité.


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7/10 : At least worth checking out.



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jeudi 11 août 2011

Sunao ni Narenakute

J'appartiens à cette génération qui a vu démarrer puis exploser les échanges sur le net, créant un nouveau type de relations entre êtres humains, probablement d'ailleurs pas tant sur le fond que sur la forme. C'est la perspective de voir une série portant sur ce sujet qui m'a incité à regarder Sunao ni Narenakute, un drama sur la rencontre de quatre jeunes gens via Twitter.

Dès le premier épisode, nos quatre internautes se dirigent vers un lieu de rendez-vous pour leur première rencontre in real life. On ne sait pas vraiment comment de parfaits inconnus ont fait pour se trouver sur le réseau social, mais qu'importent les détails! Il semble bien qu'une réelle complicité soit née des échanges virtuels entre Haru (Uneo Juri), Nakaji (Eita), Linda (Tamayama Tetsuji), Doctor (Hero Jaejoong)... et ce sera tout pour Twitter. Merci. Au revoir. Revenons maintenant, si vous le voulez bien, à une bonne romance bien classique, avec blessures secrètes, triangles amoureux et tout ce qui a fait le succès de Kitagawa Eriko ces vingt dernières années.

J'avoue. J'exagère car ce n'est en effet pas tout. Internet n'est pas que le prétexte à une histoire d'une grande banalité. Il permet également d'introduire avec une facilité déconcertante des personnages qu'on qualifiera pudiquement de marginaux. L'un couche avec une femme mariée, l'autre se fait tabasser par son patron, un troisième est victime de harcèlement sexuel au travail... il n'y a finalement qu'Haru qui semble n'être affectée que d'une légère timidité. Cela dit, elle est également une enseignante ratée, son petit frère se drogue et sa meilleure amie est suicidaire. Cette dernière (Seki Megumi) se trouve d'ailleurs ainsi avoir suffisamment d'arguments à faire valoir pour intégrer le petit groupe sous le pseudo de Peach.

Tout au long de la série, on subit ainsi ce sentiment désagréable que les personnes qui fréquentent les lieux virtuels d'échanges ne sont autres que des réfugiés d'une société dont ils sont les inadaptés. Le net facilite une certaine forme de mensonge et de dissimulation et permet ainsi à ces asociaux de se créer une autre personnalité, un monde différent d'une réalité qui les maltraite, et habité par des être semblables à eux. On ne peut sans doute pas balayer cette facette d'Internet d'un revers de la main, mais, à mes yeux du moins, il s'agit d'une version étriquée qui ne reflète pas ce que représente le net aujourd'hui en tant que media pour des centaines de millions d'internautes. Sunao ni Narenakute aurait pu être l'occasion de dévoiler comment internet a initié de nouvelles façons de rencontrer l'autre, de lui parler, de le rendre plus accessible, tout en ne révolutionnant pas les sentiments humains qui portent les individus à se lier d'amitié voire à s'aimer. En choisissant de faire de tous ses personnages des cas sociaux mal dissimulés sous leurs masques, Kitagawa Eriko espérait sans doute leur donner aisément une certaine épaisseur. Malheureusement, cette facilité se paye au prix du réalisme mais également de l'originalité de la série, puisque le net n'aura été qu'un vague prétexte à cette énième romance.

En conséquence, il reste bien peu de choses à dire sur celle-ci. L'histoire de cette sympathique petite bande se suit sans déplaisir malgré quelques faiblesses et des rebondissements particulièrement prévisibles. Le casting s'avère bon et il faut souligner en particulier la synergie palpable entre Ueno Juri et Eita, cultivée au fil d'autres dramas (notamment dans Last Friends). A noter également que les Ting Tings se sont emparés avec bonheur de la bande-son. Au final donc, quelques menus plaisirs qui ne suffisent pas à effacer le sentiment d'une rencontre ratée.


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5/10: Not bad, but not good either. Uneven.



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jeudi 7 juillet 2011

Orange Days

Lorsqu'on demande aux adultes d'évoquer leurs meilleures années, bon nombre parlent de leur époque estudiantine comme d'une ère de liberté, soulagée de la tutelle parentale et pas encore affectée des responsabilités d'un foyer, et donc propice à vivre toutes les aventures humaines avec l'énergie de nos vingt ans. Ce sont ces moments-là, et un peu plus encore, qu'Orange Days nous propose de revivre le temps de quelques épisodes.


Il est vrai qu'il ne faut pas beaucoup de temps pour se replonger avec délice et nostalgie dans cette époque! L'énergie et l'enthousiasme qui se dégagent de la joyeuse bande portée à l'écran sont indéniablement contagieux. Kai (Tsumabuki Satoshi), Sae (Shibasaki Kou), Shohei (Narimiya Hiroki), Akane (Shiraishi Miho) et Keita (Eita) portent chacun leur caractère, leurs espoirs, leurs peurs, leurs envies et recréent fidèlement cette ambiance si particulière, propre aux années universitaires. Bien évidemment, série japonaise grand public oblige, tout cela reste très contrôlé et certains excès sont pudiquement passés sous silence, sans vraiment nuire à la crédibilité de l'ensemble. En leur compagnie, on revit cette légèreté, cette énergie, cette camaraderie franche et totale - nos amis ne sont-ils pas alors ce que nous avons de plus précieux? -, ces amours dont on ne sait pas encore s'ils ne seront qu'une passade ou le prélude d'une longue histoire... Ce dernier exemple illustre d'ailleurs la transition que représente cette époque entre l'insouciance juvénile et les premières incursions des responsabilités qui s'abattront dans peu de temps sur ces étudiants. Entre un week-end entre amis et des amourettes maladroites, on suit ainsi tout au long de ce drama intimiste les interrogations sur leur avenir de ces futurs actifs.

En somme donc, il ne manque rien à cette reconstitution de "nos meilleures années" et on aurait probablement pu en rester à cette immersion nostalgique. C'eut été mal connaître Kitagawa Eriko, scénariste spécialisée dans les drames amoureux, pour le meilleur (Long Vacation, Beautiful Life, Sora Kara Furu Ishioku no Hoshi) et pour le pire (Tatta Hitotsu no Koi). En l'espèce, le personnage destiné à émouvoir les cœurs les plus endurcis est celui de Sae, une jolie étudiante en musique atteinte de... surdité. Et il faut avouer que ledit personnage est particulièrement réussi! Là où on pouvait craindre une énième resucée du pauvre être malade mais plein de courage, l'excellente Shibasaki Kou campe une jeune femme rebelle, parfois jusqu'à la vulgarité, déchirée entre une normalité apparente et un handicap omniprésent. Sae peut paraître caractérielle, mais en vérité elle porte en elle une colère profonde et violente contre sa condition, une rage qui explose à chaque occasion où sa surdité lui est renvoyée au visage. Récemment atteinte par cette infirmité, la jeune violoniste de talent ne supporte pas ce qu'elle considère comme une déchéance. Si elle se bat parfois courageusement, cette colère n'est finalement jamais loin, d'autant plus que sa vision d'elle-même exacerbe sa susceptibilité. Que peuvent lui vouloir ceux qui l'approchent? Quel regard posent-ils sur elle? Est-ce une pitié qu'elle hait ou une réelle affection? Paradoxalement, Sae se comporte en animal sauvage avec ses proches alors même que sa plus grande peur est l'isolement dont sa surdité la menace.


Ce personnage vrai offre indubitablement une dimension supplémentaire à Orange Days. Une fois encore, Kitagawa Eriko montre une compréhension d'une surprenante finesse des personnes affligées d'un handicap. Il est donc d'autant plus regrettable qu'elle n'ait pas su faire l'économie de certains revirements amoureux totalement "clichés". Fort heureusement, ils ne suffisent pas à gâcher l'excellent moment qu'Orange Days propose à tous ses téléspectateurs.

Je ne serais pas complet sans relever que, corrélativement à l'héroïne atteinte de surdité, le langage des signes japonais devient au fil des épisodes un élément extrêmement fort de la série, quasiment un personnage à part entière. Enfin, pour accompagner un drama consacré à de jeunes adultes, il était indispensable de proposer une bande son en phase avec son temps et c'est notamment le cas via le pêchu Shanghai Honey interprété par... Orange Range.



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8/10 : Somehow I really enjoyed that one. Personal fave.


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