mercredi 31 août 2011

M no Higeki


Au-delà du plaisir de l'écriture, la rédaction de ces critiques me permet de mieux comprendre ce qui m'attire dans les dramas. Parmi les points forts de ce type de production, j'ai envie de souligner particulièrement la dimension humaine et cette compréhension intime des ressorts du cœur. Loin d'un manichéisme occidental, fondé sur une opposition Bien / Mal par nature et qui donc n'a plus besoin de s'embarrasser d'explications, les dramas prennent souvent le soin de s'attarder sur les motivations et sentiments qui accompagnent les actes des personnages. L'excès en toute chose étant mauvais, le retour en arrière récurrent sur le traumatisme d'enfance d'untel ou d'unetelle, afin d'expliquer son comportement x années plus tard, n'est certes pas toujours le bienvenu. Néanmoins, ce volet psychologique, si fortement présent dans la production télévisuelle japonaise, offre généralement aux personnages une profondeur et une véracité certaines, d'ailleurs probablement indispensables si on veut pouvoir attacher le téléspectateur à ceux-ci en l'espace de quelques épisodes. M no Higeki constitue un exemple abouti de cette volonté d'exposer la mécanique de l'âme humaine.

A vrai dire, il s'agit même du cœur de l'intrigue de ce drama dont l'un des deux principaux protagonistes, Aihara Misa (Hasegawa Kyoko), semble porter une colère profonde à l'égard de l'autre. La situation d'Ando Mamoru (Inagaki Goro) est d'autant plus inconfortable qu'il ne sait pas pourquoi il se trouve être l'objet d'un tel ressentiment. Les raisons n'étant exposées que tardivement, on a ainsi largement le temps de compatir aux malheurs d'un personnage qui, dans l'ensemble et malgré quelques défauts de caractère, a pourtant tout du brave type. Comment ne pas s'imaginer à la place de cet homme ordinaire qui voit son monde s'effriter sous les coups de butoir qui lui sont portés par une femme dont les motivations lui échappent complètement? Comment ne pas grimacer devant l'imagination perverse déployée par celle-ci pour l'enfoncer plus bas, toujours plus bas, jusqu'à le noyer dans le désespoir? Chaque timide éclaircie n'est finalement qu'un leurre avant que ne soit porté le coup suivant. En termes de machiavélisme, on ne peut que reconnaître au scénariste (Hashimoto Hiroshi, également auteur de Karei naru Ichizoku) un indéniable talent, quitte à en faire parfois souffrir le réalisme de l'histoire.

Inagaki Goro incarne avec réussite ce personnage commun, raisonnable et un peu lâche, qui se retrouve perdu, hagard, perclus d'angoisses... et finalement poussé à sortir de sa coquille pour affronter le monde et ses responsabilités. Hasegawa Kyoko réalise quant à elle sa performance la plus aboutie, du moins au regard des autres rôles que je lui connais (Boku dake no Madonna, Dragon Zakura, SCANDAL...). Elle joue à merveille cette femme rongée par la mélancolie et dont la vengeance semble être une dernière tentative de s'accrocher encore à une vie dont les couleurs ont disparu. Une revanche triste donc, sombre et désespérée, qui emplit totalement le personnage d'Aihara Misane, sans que jamais - mais n'est-ce pas logique? - elle n'y trouve une réelle satisfaction. Plus encore que les motivations issues du passé, ce sont bel et bien les sentiments des deux protagonistes au regard des évènements en cours qui m'ont touché par leur humanité et leur réalisme. Etant qui plus est entourés par une galerie de personnages également au ton juste, l'ensemble est un régal pour le téléspectateur à mi-chemin entre voyeurisme et émotion.

Il est dès lors fort dommage que le scenario se soit égaré au cours d'une seconde partie qui ne ressemble ni plus ni moins qu'à une resucée de la première. Inutile de préciser que la recette ne fonctionne plus que très moyennement, même si une certaine tension reste suffisamment palpable pour générer l'envie d'aller au bout. On aura en tout cas déjà compris le message sur la nécessité d'être responsable de ses actes et de porter les yeux sur les autres plutôt que sur son propre nombril. Merci. Cette fausse note mise à part, M no Higeki est un drama très recommandable, représentatif des qualités propres aux séries japonaises telles que je les évoquais plus haut. Les passionnés de l'âme humaine qui passeraient outre feraient donc, à n'en pas douter, une erreur tragique.


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7/10 : At least worth checking out.


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mercredi 24 août 2011

Papa to Musume no Nanokakan

Parfois, alors que des séries aux sujets sérieux, prenants, pertinents s'empilent en attendant d'être regardées, l'envie prend de goûter à quelque-chose de simple, sans ambition et vis-à-vis duquel le téléspectateur n'aura donc pas de réelles attentes. On peut alors allumer TF1 ou, pour éviter un choc trop brutal aux neurones, visionner un des nombreux dramas humoristiques proposés par la télévision nippone.

Papa to Musume no Nanokakan a décroché en 2007 des scores d'audience tout à fait honorables pour un drama dont le thème, l'échange de corps entre un père et sa fille, pouvait laisser craindre qu'il s'agît d'une farce un peu grossière. Si cette série entre bien dans la catégorie des comédies, elle aborde cependant la thématique des relations parents-adolescents non sans quelque intelligence.

Plus encore qu'en Occident, les pères de famille japonais trouvent peu de temps à consacrer à leur progéniture dont l'éducation est dévolue traditionnellement à la mère. Le japanophile averti gardera à l'esprit qu'une très importante majorité de Japonaises abandonnent leur emploi à la naissance du premier enfant, quand ce n'est pas dès le mariage, de façon à se dédier exclusivement à leur foyer pendant que l'homme consacre l'essentiel de son temps à l'entreprise qui l'emploie. Il n'est dès lors pas étonnant d'imaginer que la vie de ses enfants représente une véritable inconnue pour le chef de famille. L'inverse est également vrai. Un adolescent a peu de chances de pouvoir imaginer le monde du travail dans lequel se meut son père. Comme tous les films et séries dont le thème porte sur l'échange de corps, l'objet de Papa to Musume no Nanokakan est de faire se rencontrer deux mondes inconnus et de permettre ainsi aux protagonistes de se reconnaître par une meilleure compréhension de l'autre, de sa vie, de ses angoisses, de ses responsabilités...

Bien évidemment, ce type d'histoire ne peut être accrocheur qu'à condition que les acteurs soient crédibles dans leur incarnation. Si Aragaki Yui (Kawahara Koume) se débrouille correctement, il faut principalement applaudir la prestation de Tachi Hiroshi (Kawahara Kyoichiro) et ses mimiques d'adolescente dans un corps masculin âgé d'une cinquantaine d'années. Sincèrement, j'en ris encore! Le burlesque des situations permet de ne pas se braquer sur les développements quelque peu naïfs de l'histoire: ainsi de la fille, dont l'énergie juvénile et la candeur permettent d'éviter les culs de sac professionnels dans lesquels son père se serait échoué, et ainsi dudit père qui redécouvre les exigences de la vie scolaire mais dont la maturité fera grandir les camarades de sa fille. Un peu facile, mais finalement sans grande importance. Peu importe également que les deux protagonistes soient les archétypes de leur génération et manquent en conséquence d'une personnalité originale. Le caractère générique des personnages aurait posé problème si le drama avait eu réellement d'autres ambitions que celle d'être une comédie pour tous. Enfin, si le sujet des relations parents-enfants aurait pu être davantage creusé, le message général, d'une meilleure attention portée à l'autre pour mieux le comprendre, passe en douceur.

Au final, même si ce drama n'a pas vocation à rester dans les mémoires, Papa to Musume no Nanokakan permet de passer un vrai bon moment de détente, empli de rires et de sourires, et, parfois, a-t-on vraiment besoin de plus?


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7/10 : At least worth checking out.



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lundi 22 août 2011

Ninkyo Helper

En 2011, près du quart (22.7%) de la population japonaise a plus de 65 ans, ce qui représente près de 30 millions de personnes qui, selon leur état de santé, se trouvent plus ou moins en état de dépendance. Les articles s'alarmant du vieillissement de la population japonaise sont légion depuis de nombreuses années et confirment à quel point le Japon doit faire face, ici aussi, à un problème social et économique majeur. Bizarrement, alors que les dramas semblent souvent être en pointe lorsqu'il s'agit d'aborder des sujets de société, je n'en avais pas encore vu se pencher sur cette problématique. Peut-être avais-je mal cherché, mais toujours est-il que ce manque est aujourd'hui comblé grâce au visionnage de Ninkyo Helper.

Il m'a d'abord fallu passer par delà un synopsys à même de repousser bien des ardeurs. Jugez plutôt: les lieutenants d'un gang de yakuzas sont envoyés dans une maison de retraite pour faire leurs preuves (?) afin de déterminer lequel est le plus apte à diriger ledit gang. Vos yeux s'écarquillent? Il en fut de même des miens. Cela étant, la perspective de découvrir Kusanagi Tsuyoshi, le dernier SMAP manquant à ma collection, m'a donné le surcroit de motivation nécessaire et, pour écarter tout suspense, je ne fus pas mécontent d'avoir fait preuve d'obstination.

En effet, Ninkyo Helper ne manque pas d'atouts. En premier lieu, bien évidemment, par son thème central portant sur le 3ème âge. Ce drama permet de revenir sur des situations dont l'authenticité ne peut qu'interpeler le téléspectateur. Ainsi découvrons-nous des personnes âgées abandonnées à leur sort par leur famille, d'autres dont la faiblesse est abusée par des escrocs, celles qui souffrent de démence ou d'Alzheimer, celles encore qui subissent des maltraitances mais qui n'osent s'en plaindre de peur de perdre leurs proches... Chaque épisode offre son histoire et dévoile un peu plus le triste sort des personnes âgées, même dans une société moderne, riche et censée culturellement être particulièrement respectueuse de ses aînés. Ninkyo Helper ne se contente pour autant pas de décrire, avec beaucoup de finesse, des situations plus ou moins dramatiques et toujours touchantes. Au-delà de la description de ces cas intimes, la série nous soumet à certains questionnements quant à la condition de personne âgée. A les traiter comme des malades, des handicapés, des statistiques ou un problème à résoudre, n'en oublierait-on pas leur humanité? Perd-on sa fierté face aux humiliations dues au temps? Est-ce que les sentiments, y compris le plus célébré d'entre eux, disparaissent avec l'âge?...

Ces questions sur l'humanité des personnes dépendantes sont au cœur de l'affrontement entre Tsubasa Hikoichi (Kusanagi Tsuyoshi), yakuza promu héraut et héros des vieillards de l'hospice où ses chefs l'ont expédié comme bénévole, et Hatori Akira (Natsukawa Yui), présidente d'une société de services aux personnes âgées, pour laquelle le traitement du problème social semble passer avant toute considération humaine. Leurs visions respectives forcent le téléspectateur à sortir de sa neutralité et du seul registre sentimental pour s'interroger lui-même concrètement sur un thème qui finalement concerne ou concernera presque toutes les familles. Ce duo mérite d'ailleurs une reconnaissance particulière pour son excellence à porter ces personnages.

En ce qui concerne la qualité du casting, on peut y ajouter le personnage du petit Hatori Ryota (Kato Seishiro) et surtout l'ensemble des acteurs qui ont joué avec sincérité ces vieillards pour lesquels l'hospice représente une dernière page de vie. A l'inverse, les rôles secondaires incarnant les autres yakuzas dépêchés comme bénévoles ne présentent guère d'intérêt par leur jeu comme par leurs rôles (et je mets Kuroki Meisa dans le lot... si, si). C'est en partie la faute du scénariste qui s'est acharné à développer les rebondissements tournant autour de la mafia nippone. Il y avait certainement une idée derrière ce schéma, mais j'ai sincèrement eu l'impression de minutes gâchées chaque fois que le scenario s'est égaré du côté de ces histoires de gangs. A vrai dire, je crois bien avoir même entendu des ligaments claqués à force de chercher à faire le grand écart entre ce que sont concrètement les yakuzas, id est des criminels, et le pourquoi du comment des types pareils se sont retrouvés dans un hospice pour vieillards. La fin de la série, qui tente de joindre les deux bouts, offre d'ailleurs une bagarre généralisée assez grotesque.

Ce défaut, important par la place qu'il occupe dans la série, n'est cependant pas rédhibitoire et ne doit pas amoindrir la qualité de Ninkyo Helper, un drama intelligent, pertinent et d'une grande humanité.


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7/10 : At least worth checking out.



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jeudi 11 août 2011

Sunao ni Narenakute

J'appartiens à cette génération qui a vu démarrer puis exploser les échanges sur le net, créant un nouveau type de relations entre êtres humains, probablement d'ailleurs pas tant sur le fond que sur la forme. C'est la perspective de voir une série portant sur ce sujet qui m'a incité à regarder Sunao ni Narenakute, un drama sur la rencontre de quatre jeunes gens via Twitter.

Dès le premier épisode, nos quatre internautes se dirigent vers un lieu de rendez-vous pour leur première rencontre in real life. On ne sait pas vraiment comment de parfaits inconnus ont fait pour se trouver sur le réseau social, mais qu'importent les détails! Il semble bien qu'une réelle complicité soit née des échanges virtuels entre Haru (Uneo Juri), Nakaji (Eita), Linda (Tamayama Tetsuji), Doctor (Hero Jaejoong)... et ce sera tout pour Twitter. Merci. Au revoir. Revenons maintenant, si vous le voulez bien, à une bonne romance bien classique, avec blessures secrètes, triangles amoureux et tout ce qui a fait le succès de Kitagawa Eriko ces vingt dernières années.

J'avoue. J'exagère car ce n'est en effet pas tout. Internet n'est pas que le prétexte à une histoire d'une grande banalité. Il permet également d'introduire avec une facilité déconcertante des personnages qu'on qualifiera pudiquement de marginaux. L'un couche avec une femme mariée, l'autre se fait tabasser par son patron, un troisième est victime de harcèlement sexuel au travail... il n'y a finalement qu'Haru qui semble n'être affectée que d'une légère timidité. Cela dit, elle est également une enseignante ratée, son petit frère se drogue et sa meilleure amie est suicidaire. Cette dernière (Seki Megumi) se trouve d'ailleurs ainsi avoir suffisamment d'arguments à faire valoir pour intégrer le petit groupe sous le pseudo de Peach.

Tout au long de la série, on subit ainsi ce sentiment désagréable que les personnes qui fréquentent les lieux virtuels d'échanges ne sont autres que des réfugiés d'une société dont ils sont les inadaptés. Le net facilite une certaine forme de mensonge et de dissimulation et permet ainsi à ces asociaux de se créer une autre personnalité, un monde différent d'une réalité qui les maltraite, et habité par des être semblables à eux. On ne peut sans doute pas balayer cette facette d'Internet d'un revers de la main, mais, à mes yeux du moins, il s'agit d'une version étriquée qui ne reflète pas ce que représente le net aujourd'hui en tant que media pour des centaines de millions d'internautes. Sunao ni Narenakute aurait pu être l'occasion de dévoiler comment internet a initié de nouvelles façons de rencontrer l'autre, de lui parler, de le rendre plus accessible, tout en ne révolutionnant pas les sentiments humains qui portent les individus à se lier d'amitié voire à s'aimer. En choisissant de faire de tous ses personnages des cas sociaux mal dissimulés sous leurs masques, Kitagawa Eriko espérait sans doute leur donner aisément une certaine épaisseur. Malheureusement, cette facilité se paye au prix du réalisme mais également de l'originalité de la série, puisque le net n'aura été qu'un vague prétexte à cette énième romance.

En conséquence, il reste bien peu de choses à dire sur celle-ci. L'histoire de cette sympathique petite bande se suit sans déplaisir malgré quelques faiblesses et des rebondissements particulièrement prévisibles. Le casting s'avère bon et il faut souligner en particulier la synergie palpable entre Ueno Juri et Eita, cultivée au fil d'autres dramas (notamment dans Last Friends). A noter également que les Ting Tings se sont emparés avec bonheur de la bande-son. Au final donc, quelques menus plaisirs qui ne suffisent pas à effacer le sentiment d'une rencontre ratée.


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5/10: Not bad, but not good either. Uneven.



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jeudi 7 juillet 2011

Orange Days

Lorsqu'on demande aux adultes d'évoquer leurs meilleures années, bon nombre parlent de leur époque estudiantine comme d'une ère de liberté, soulagée de la tutelle parentale et pas encore affectée des responsabilités d'un foyer, et donc propice à vivre toutes les aventures humaines avec l'énergie de nos vingt ans. Ce sont ces moments-là, et un peu plus encore, qu'Orange Days nous propose de revivre le temps de quelques épisodes.


Il est vrai qu'il ne faut pas beaucoup de temps pour se replonger avec délice et nostalgie dans cette époque! L'énergie et l'enthousiasme qui se dégagent de la joyeuse bande portée à l'écran sont indéniablement contagieux. Kai (Tsumabuki Satoshi), Sae (Shibasaki Kou), Shohei (Narimiya Hiroki), Akane (Shiraishi Miho) et Keita (Eita) portent chacun leur caractère, leurs espoirs, leurs peurs, leurs envies et recréent fidèlement cette ambiance si particulière, propre aux années universitaires. Bien évidemment, série japonaise grand public oblige, tout cela reste très contrôlé et certains excès sont pudiquement passés sous silence, sans vraiment nuire à la crédibilité de l'ensemble. En leur compagnie, on revit cette légèreté, cette énergie, cette camaraderie franche et totale - nos amis ne sont-ils pas alors ce que nous avons de plus précieux? -, ces amours dont on ne sait pas encore s'ils ne seront qu'une passade ou le prélude d'une longue histoire... Ce dernier exemple illustre d'ailleurs la transition que représente cette époque entre l'insouciance juvénile et les premières incursions des responsabilités qui s'abattront dans peu de temps sur ces étudiants. Entre un week-end entre amis et des amourettes maladroites, on suit ainsi tout au long de ce drama intimiste les interrogations sur leur avenir de ces futurs actifs.

En somme donc, il ne manque rien à cette reconstitution de "nos meilleures années" et on aurait probablement pu en rester à cette immersion nostalgique. C'eut été mal connaître Kitagawa Eriko, scénariste spécialisée dans les drames amoureux, pour le meilleur (Long Vacation, Beautiful Life, Sora Kara Furu Ishioku no Hoshi) et pour le pire (Tatta Hitotsu no Koi). En l'espèce, le personnage destiné à émouvoir les cœurs les plus endurcis est celui de Sae, une jolie étudiante en musique atteinte de... surdité. Et il faut avouer que ledit personnage est particulièrement réussi! Là où on pouvait craindre une énième resucée du pauvre être malade mais plein de courage, l'excellente Shibasaki Kou campe une jeune femme rebelle, parfois jusqu'à la vulgarité, déchirée entre une normalité apparente et un handicap omniprésent. Sae peut paraître caractérielle, mais en vérité elle porte en elle une colère profonde et violente contre sa condition, une rage qui explose à chaque occasion où sa surdité lui est renvoyée au visage. Récemment atteinte par cette infirmité, la jeune violoniste de talent ne supporte pas ce qu'elle considère comme une déchéance. Si elle se bat parfois courageusement, cette colère n'est finalement jamais loin, d'autant plus que sa vision d'elle-même exacerbe sa susceptibilité. Que peuvent lui vouloir ceux qui l'approchent? Quel regard posent-ils sur elle? Est-ce une pitié qu'elle hait ou une réelle affection? Paradoxalement, Sae se comporte en animal sauvage avec ses proches alors même que sa plus grande peur est l'isolement dont sa surdité la menace.


Ce personnage vrai offre indubitablement une dimension supplémentaire à Orange Days. Une fois encore, Kitagawa Eriko montre une compréhension d'une surprenante finesse des personnes affligées d'un handicap. Il est donc d'autant plus regrettable qu'elle n'ait pas su faire l'économie de certains revirements amoureux totalement "clichés". Fort heureusement, ils ne suffisent pas à gâcher l'excellent moment qu'Orange Days propose à tous ses téléspectateurs.

Je ne serais pas complet sans relever que, corrélativement à l'héroïne atteinte de surdité, le langage des signes japonais devient au fil des épisodes un élément extrêmement fort de la série, quasiment un personnage à part entière. Enfin, pour accompagner un drama consacré à de jeunes adultes, il était indispensable de proposer une bande son en phase avec son temps et c'est notamment le cas via le pêchu Shanghai Honey interprété par... Orange Range.



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8/10 : Somehow I really enjoyed that one. Personal fave.


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samedi 19 février 2011

Rinjo

Ma tentative de décryptage des séries policières japonaises se poursuit avec Rinjo, un drama qui a remporté un franc succès au Japon en 2009, au point de se voir attribuer une seconde saison dès l'année suivante. Or, non seulement, il est assez rare dans le petit monde de la télévision japonaise que des suites soient produites, notamment dans un délai aussi bref, mais celle-ci a en plus réussi à dépasser les audiences de la première saison, un phénomène encore moins courant!

En l'occurrence, Rinjo nous invite à suivre les aventures d'un officier de police, Kuraishi Yoshio (Uchino Masaaki), chef de la cellule médicolégale en charge des premières observations sur les scènes de crime. De manière fort peu inattendue, on retrouve les ingrédients qui font tout le charme - ou l'ennui - des séries policières classiques. Le personnage principal, excentrique et pris de haut par ses collègues policiers, dispose d'un indéniable talent qui le rend indispensable aux yeux de sa hiérarchie. Bien évidemment, les conclusions de ses expertises vont toujours à contre-courant des pistes suivies par ses confrères, pour s'avérer finalement exactes. N'oublions pas le binôme constitué dudit chien fou et de son contraire, un jeune officier de police frais émoulu connaissant par cœur le manuel du parfait petit inspecteur carriériste et dont la loyauté comme les ambitions seront remises en cause par son admiration croissante pour les méthodes de son supérieur... Non! Ne me reprochez pas de dévoiler les développements de la série! Ceux-ci sont de tels lieux communs qu'on ne saurait en faire des éléments-clés de l'intrigue.

En un sens pourtant, la dénonciation de ce qui semble être d'un classicisme absolu, doit peut-être s'accompagner d'une certaine modération. Je dois prendre ici un certain nombre de précautions en avouant que ma perception de la société japonaise est probablement contestable, voire parfois erronée. Pour autant, de ce qu'il me semble en comprendre, dans une culture extrêmement policée, l'excentricité du personnage principal constitue un élément beaucoup plus frondeur que dans notre monde occidental où provocation rime avec reconnaissance. Alcoolique, bagarreur, mal attifé, grossier dans son attitude, irrespectueux envers ses chefs, toujours en retard au travail, Kuraishi est l'exact opposé de l'homme modèle japonais. Il est curieux d'observer que la télévision nippone met régulièrement en avant des personnages dont la rébellion contre l'ordre établi produit des résultats qu'on ne saurait attendre des suiveurs d'une société engoncée dans ses pesanteurs et ses certitudes. Par le biais de ses antihéros, le petit écran jouerait alors un rôle catharsique pour une audience avide d'exutoires avant de reprendre le cours d'une vie dûment encadrée.

La question est ouverte, mais constitue peut-être un élément d'explication quant au succès de cette série. Il faut relever que l'institution policière représente tout à la fois le visage et la garante principale de l'ordre établi, mais également un monde marginal puisque côtoyant quotidiennement une violence extra-ordinaire qu'elle peut elle-même être appelée à utiliser. Ce quasi trouble dissociatif fait de la police un terreau idéal pour y planter un héros "positif" tout en étant rebelle et excentrique, ce qui, encore une fois, semble beaucoup plus paradoxal au Japon qu'en Occident. Ajoutez à cela des épisodes indépendants aux scenarii assez bien ficelés, quoique sans grande originalité, une ambiance générale plutôt réaliste et un casting efficace, notamment s'agissant du rôle-titre, et vous obtenez une série policière qui se regarde sans déplaisir ni lassitude. Ces éléments risquent cependant de s'avérer quelque peu limités pour le téléspectateur occidental qui serait avant tout en recherche de suspense et de nouveauté.


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6/10 : That wasn’t too bad, I guess. But never worth a rewatch.


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vendredi 18 février 2011

Shinzanmono

Il est un genre dont je me fais assez peu l'écho sur ces pages alors même qu'il représente une large part de ma consommation de dramas: le policier. La raison de cette quasi absence résulte de la recherche effrénée d'une série qui saura me laisser une sensation légèrement supérieure à l'équanimité que m'inspire l'immense majorité des séries policières nippones. Malheureusement, Shinzanmono ne s'extrait pas vraiment de ce morne lot.

En réalité, mon entrée en matière est quelque peu injuste vis-à-vis de cette catégorie de dramas. Il est certain que le regard que j'y porte est affecté par mon attrait pour les séries policières, type The Shield, qui nous viennent d'outre-Atlantique. Si je ne m'attendais pas à retrouver ce genre de productions glauques et musclées au Japon, je dois avouer ma surprise à tomber perpétuellement sur des séries qui semblent au contraire verser dans une tendance totalement inverse. Pourtant, dans d'autres types de programmes ou media, on ne peut pas dire que les Japonais fassent réellement la fine bouche sur les excès en tous genres. Rien de tel dans ces dramas d'une sobriété surprenante! On se demande même parfois si la série ne serait pas qualifiée de "policière" uniquement parce-que son personnage principal appartient aux forces de l'ordre et Shinzanmono constitue à ce titre une excellente illustration.

Partant de l'assassinat mystérieux d'une femme dans un arrondissement populaire typique de Tokyo, l'inspecteur Kaga (Abe Hiroshi) va s'immiscer dans la vie du quartier pour tenter de retrouver l'assassin. La construction de la série est alors très simple: à chaque épisode, du fait de son témoignage bancal, un nouvel habitant se retrouve dans la ligne de mire de l'enquêteur. A noter que le rapport dudit témoignage avec l'affaire semble parfois fort nébuleux, voire quasi inexistant. On prend donc rapidement conscience que le meurtre initial n'est finalement qu'un prétexte à cette série, dont l'objet semble plutôt de faire du téléspectateur un voyeur baladé au cœur de la vie d'un quartier où se dévoilent les petits mensonges et les grands secrets, les disputes familiales et les querelles de voisinage. On serait presque surpris d'être ramené à l'enquête principale au dernier épisode!

Alors, certes, l'ensemble se laisse regarder distraitement, d'autant plus que le casting est aussi riche qu'impeccable, mais j'avoue mon désarroi de m'être retrouvé devant l'équivalent japonais d'un feuilleton télévisé sur France Télévision quand je cherchais tout simplement un bon polar avec un soupçon de noirceur et - au diable l'avarice! - quelques gouttes d'hémoglobine. Ma recherche de la série policière japonaise dont l'intrigue me tiendra en haleine d'un bout à l'autre du récit se poursuit donc...


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6/10 : That wasn’t too bad, I guess. But never worth a rewatch.



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