mercredi 16 mai 2012

Nihon e yokoso (I)

J'ouvre une parenthèse sur ce blog dramaphile pour raconter, en quelques posts, mes récentes pérégrinations au Japon. J'ai en effet eu l'immense plaisir de me rendre pour la première fois au pays du Soleil Levant, au cours de la première quinzaine de mai, grâce à la conjonction de facteurs aussi divers que l'impulsion de ma chère et tendre, la proposition de découverte guidée de leur pays par des amis japonais, des prix cassés chez Air France et l'envie de voir de mes propres yeux ce que je n'avais jamais pu observer que par media interposés.A ceux qui suivent mes notes sur ce blog, je préviens que le ton employé sera probablement plus informel qu'habituellement.

28 avril 2012. Les bagages sont prêts, les passeports sentent le neuf, les yens commandés auprès de la banque également, il ne reste donc plus qu'à partir en direction de la gare de Bruxelles Midi où un TGV nous emmènera directement à Roissy Charles de Gaulle. Après un enregistrement auprès du comptoir Air France de la gare bruxelloise, nous embarquons donc pour l'aéroport parisien. A bord du train, le faste le dispute à la prodigalité, puisque les passagers ont droit à une mini-boisson et une madeleine par personne! L'affaire étant réglée après une bouchée et deux gorgées, nous avons le loisir de jeter un regard oisif sur la campagne picarde avant d'arriver à destination. Une fois toutes les formalités d'usage accomplies, vient le moment d'embarquer. Il me faut avouer ici que l'avion n'est pas mon mode de locomotion favori, non pas que je craigne un accident, mais bien plus en raison d'un vertige prononcé qui me fait modérément apprécier la perspective de me trouver avec quelques kilomètres de vide sous le postérieur. Ayant signalé ce fait au chef de cabine dès mon entrée dans l'appareil, j'ai, pendant les onze heures qui ont suivi, eu la chance de bénéficier de l'attention sympathique, presque chaleureuse, du personnel de bord. Au final, bien qu'ayant broyé les accoudoirs au décollage, le vol s'est remarquablement bien passé. Il faut reconnaître que l'A-380 représente un beau bébé, stable et silencieux. Je découvre également à cette occasion la télévision individuelle, excellent dérivatif aux stressés dans mon genre. Après avoir vu Leonardo se faire bécoter par son assistant dans J. Edgar, James Bond et Indiana Jones flinguer des aliens dans Cowboys & Envahisseurs et Ryan Gosling gravir les Marches du Pouvoir - le tout en VF parce que la VOST n'est pas en option - bref, après avoir perdu quelques neurones et 2/10ème à chaque œil, j'entre enfin dans le vif du sujet avec l'atterrissage à l'aéroport de Narita.


Après avoir donné ses empreintes, s'être fait tirer le portrait et présenté le passeport à un agent ganté et masqué, nous pouvons récupérer nos bagages et passer à la douane. Si on en croit le nombre de valises ouvertes et fouillées par de scrupuleux fonctionnaires, ça ne s'annonce pas comme l'étape la plus facile. Cependant, donner le nom et l'adresse de nos hôtes japonais, ainsi que la station de métro la plus proche de leur domicile et, bien évidemment, la date à laquelle nous débarrasserons les tatamis, semblent avoir un effet positif sur notre interlocutrice en uniforme et nous entrons enfin officiellement sur le sol nippon. Il faut maintenant nous rendre de Narita à Tokyo pour y retrouver nos amis. Rien de plus facile: un monsieur d'un certain âge, équipé d'un brassard, nous invite à nous rendre au comptoir où nous attend notre première leçon du service à la japonaise. Grosso modo, traduit approximativement, ça donne l'échange suivant:

- Pardonnez-moi de vous avoir fait attendre. Bonjour. Que puis-je pour vous?
- Bonjour. Je voudrais deux tickets pour Musashi-Kosugi dans le prochain Narita Express svp.
- Bien. Deux tickets de Narita à Musashi-Kosugi. Pardonnez-moi de vous avoir fait attendre: voici vos tickets. Vous devez aller sur le quai X, prendre le wagon Y; vous asseoir aux places Z-A et Z-B. Voici votre heure de départ et votre heure d'arrivée. Cela fera ¥...  svp. Merci. Pardonnez-moi de vous avoir fait attendre. Vous m'avez donné tel montant, je vous rends tel montant de monnaie. Merci. Le quai se trouve juste ici à votre droite. Merci et faites un excellent voyage.

Ah oui... Quand même... L’extrême politesse nippone n'est donc pas qu'un fantasme occidental! Que pourrait bien donner le même échange à Roissy?

- ...
- Bonjour. Je voudrais deux tickets pour Châtelet les Halles svp.
- 9.25€.

Évidemment, ça change. Mais oublions la mauvaise humeur parisienne et prenons la direction de Tokyo!

Narita Express
 

Arrivés à Musashi-Kosugi, nous retrouvons nos amis qui s'amusent de nous voir avec nos petites laines alors que la température locale flirte avec les 25°C. Après avoir repris les transports pour nous rendre dans la ville de Kawasaki, située en bordure de Tokyo, y déposer nos bagages et y prendre une bonne douche, nous sommes conduits dans un kaitenzushi, où de petits plats colorés chargés de sushis se succèdent sans fin sur un plateau tournant. A chaque couleur de plat est associée un prix, la pile finale servant à réaliser l'addition. Soyons clairs: il n'y a aucune comparaison possible entre les sushis nippons et ceux qu'on trouve dans les faux restaurants japonais qui ont essaimé dans nos contrées. La meilleure illustration me semble de préciser qu'il est inutile de mâcher le poisson couronnant ces sushis, celui-ci fondant littéralement en bouche. Ce goût et cette fraîcheur limitent pendant une bonne partie du repas ma conversation à des "oh my God", d'autant plus que les prix sont absolument ridicules! ¥170 l'assiette de base (moins de 1.50€!), sachant que ladite base passerait pour du grand luxe en Occident. Certains assortiments, particulièrement savoureux et donc plus coûteux, peuvent être commandés directement aux chefs présents derrière le comptoir. Une fois les estomacs rassasiés et mon imitation de Janice terminée, nous mettons le cap vers le bord de mer.





Mais d'abord, il nous faut prendre nos cartes Suica. Qu'est-ce donc? Ni plus ni moins qu'une carte magnétique, qu'on charge en argent à des bornes situées dans toutes les gares du Kanto, et qui permet ainsi de se déplacer sans devoir systématiquement acheter des tickets. Mais ce n'est pas tout, puisque la Suica peut être utilisée pour acheter des boissons aux innombrables distributeurs installés en pleine rue, voire même de payer ses courses dans certains combinis! Une fois munis de ce précieux sésame, nous nous dirigeons donc vers Yokohama


Rien de tel que l'air marin pour se revigorer après un long voyage et alors que le décalage horaire (7H) commence à se faire sentir. Trente heures seront bientôt passées depuis que j'ai bondi de mon lit, la veille au matin. Première surprise, en sortant de la gare, l'Isengard se trouve à Yokohama! Pardon pour la blague de geek, mais j'assume l'avoir faite en voyant ce building.



Plus sérieusement, Yokohama est le plus grand port du Japon et cette relation avec la mer et l'étranger ne date pas d'hier, comme le rappellent quelques documents fièrement affichés sur les panneaux municipaux.



Nous sommes dimanche et la foule se presse donc sur les espaces situés au bord de la baie. A notre grand amusement, nous observons que les locaux ont organisé, en ce 29 avril, une Oktoberfest. Plus traditionnelles, les carpes du kodomo no hi, la fête des enfants du 05 mai, sont déjà sorties et flottent paisiblement au vent. Nos pas nous mènent vers la grande jetée Ōsanbashi. Au cours de la balade, nous croisons également quelques éléments et constructions indéterminés qui ne manquent pas de nous laisser quelque peu perplexes jusqu'à ce que nous réalisions que nous longeons le parc de la trompe d'éléphant. Ça ne s'invente pas...

 
 


Vue sur Ōsanbashi
Vue d'Ōsanbashi
Vue depuis Ōsanbashi



Quoi de plus logique, lorsqu'on est au Japon, que de visiter le quartier chinois?... En l'espèce, le Chinatown de Yokohama est le plus grand du Japon et, apparemment, un lieu prisé des Japonais pour flâner le dimanche. On y trouve logiquement une architecture très chinoise, notamment dans les temples, qui servira de point de comparaison avec nos futures visites des lieux sacrés que nous serons appelés à découvrir lors de notre séjour. M'étant déjà gavé de sushis au déjeuner, je me contente de siroter un jus de fruit en regardant mes acolytes manger quelques brioches à la vapeur pour le goûter. Je commence seulement à découvrir le rapport étroit fait par les Japonais entre un lieu et le plat local: il semble d'une logique imparable, lorsqu'on se rend à un endroit, d'en déguster sa spécialité. Ne me demandez pas comment c'est possible, mais je sens alors mon estomac me jeter un regard inquiet...







N'étant pas particulièrement intéressé par tout ce qui se rapproche de près ou de loin de l'alimentation, j'avoue néanmoins que la journée s'est achevée par une étrange surprise. En effet, avant de rejoindre nos pénates, nous sommes passés par un depaato, id est un bâtiment empli de boutiques, au pied duquel se trouve le plus étonnant supermarché qu'il m'ait été donné de voir. Des monceaux de nourritures appétissantes se dévoilent dans un environnement brillant et d'une propreté impeccable! En dépit des innombrables étals, on n'est nullement encombré par l'odeur des différents mets. A chaque étal, une ou plusieurs vendeuses vantent les mérites de leurs produits et s'empressent de servir leurs clients. A vrai dire, le supermarché ressemble plus, dans l'esprit, à nos marchés couverts où cohabitent différentes professions qu'aux immenses rayons vides de personnel des hangars où nous achetons de la bouffe sous plastique. Je tiens à la précision: après les boutiques de vêtements, les supermarchés sont sans doute l'endroit que je trouve le plus ennuyeux au monde. Ici, je suis resté littéralement bouche bée d'émerveillement, ce qui ne sera ni la première ni la dernière fois du séjour, mais je ne m'attendais guère à ce que cela survienne dans un supermarché! Nous avons ensuite droit à un excellent dîner maison, accompagné de sake. Inutile de préciser qu'à la fin de cette très longue journée, nous tombons plus que nous ne nous couchons dans nos futons. Une bonne nuit de sommeil devrait nous permettre d'attaquer la suite!

dimanche 22 avril 2012

FORWARD - Never Forget 3/11 : A Photo Book of Encouragement and Gratitude

Je me permets de refaire un crochet par le documentaire "FORWARD" diffusé par jibtv.com avec ce reportage unique portant sur la réalisation par des lycéens d'un album photos destiné à transmettre les messages d'encouragement des Japonais de tout le pays à destination des victimes du drame du 11 mars 2011.


L'objet de ce programme consiste donc à mettre en valeur le soutien moral que les Japonais apportent à leurs compatriotes victimes des éléments et/ou des problèmes rencontrés à la centrale nucléaire de Fukushima. Les lycéens étant, plus que les adultes, dans une capacité réduite à offrir une aide matérielle ou monétaire, il est intéressant de pouvoir observer ce type d'initiatives. Certains épisodes précédents de la série de documentaires "FORWARD", en plus de faire un peu de publicité à Canon (mais on sait comment fonctionne le petit écran nippon), avaient déjà illustré à quel point la photographie peut être un outil pertinent pour transmettre ses sentiments à autrui. Par conséquent, la mobilisation de clubs de photographie dans de nombreux lycées, répartis dans tout le pays, pour créer un beau livre destiné aux victimes fait tout à fait sens. Les milliers de photographies collectées sont tout simplement des messages de soutien écrits par des passants acceptant d'être photographiés en portant leurs petites pancartes d'encouragement. Voilà une belle initiative, qui méritait certainement d'être saluée! On relève d'ailleurs que la mobilisation de ces lycéens est prise au sérieuse par leurs aînés, puisque le résultat de leur travail se voit exposé dans des lieux publics, mais également lors d'un Salon professionnel dédié à la photographie.


 Les réalisateurs du documentaire ont également pris le soin d'ajouter une touche plus intimiste, et à mon sens très juste, à ce reportage. En suivant l'une de ces photographes en herbe, on découvre une jeune fille d'une grande timidité pour laquelle ce projet représente un moyen de communiquer ses sentiments personnels, mais également de créer des liens avec les autres lycéens investis dans cette action généreuse.


A contrario, on a assez peu vu les récipiendaires de ce projet id est les victimes et l'accueil que celles-ci peuvent lui réserver. Peut-être parce qu'en ce début d'année 2012, l'ouvrage final était encore sous presse? Mais je pointerais alors, dans cette hypothèse, une sortie prématurée de ce reportage. Bien évidemment, on se doute que les victimes de la catastrophe du 11 mars 2011 ne peuvent qu'être touchées par la mobilisation de ces jeunes et les encouragements prodigués par leurs compatriotes résidant aux quatre coins du Japon. Néanmoins, j'ai été légèrement démangé par une petite inquiétude: s'agissait-il, via ce reportage quasiment mono-centré sur ces lycéens, de flatter quelque peu l'égo nippon en montrant à quel point sa population est active et sensible aux sorts de ses victimes? Peut-être aurait-il fallu passer un peu plus de temps sur la réaction des victimes et percevoir ainsi davantage tout l'intérêt du soutien moral qui leur est encore si nécessaire une longue année après les faits.


La critique peut sembler un peu facile et dure, mais, qu'on se rassure, il s'agit bien d'une interrogation et non pas d'une condamnation, le témoignage de ce genre d'actions ayant de toute façon un réel intérêt. Tout en gardant un œil critique, on ne peut en effet que respecter et saluer les efforts du Japon pour se reconstruire et communiquer au monde les sentiments qui l'animent.


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samedi 21 avril 2012

Ruri no Shima

 

Le soleil, la mer d'un bleu turquoise, les plages de sable fin, les barrières de corail... qui ne voudrait du calme et de l'art de vivre d'une île paradisiaque située à l’extrême sud du Japon? Apparemment, beaucoup de monde, du moins si on en croit l'inquiétante dépopulation connue par les ilots de l'archipel Yaeyama. L'effondrement des industries locales de pêche au thon a en effet conduit les habitants à émigrer vers des centres urbains à la recherche d'un emploi stable et de structures publiques situées à une rassurante proximité. Sur l'île d'Hatoma (Hatomijima dans la série), les parents du dernier enfant scolarisé en maternelle ne souhaitent pas le voir poursuivre ses études à l'école primaire locale et décident donc de partir pour une ville plus grande. L'établissement scolaire de l'île se trouve ainsi condamné à la fermeture, mettant à mal les chances de voir l'île survivre aux derniers vieillards y résidant. C'était sans compter la volonté farouche de ses habitants, qui se mirent à chercher le moyen de faire revenir des enfants dans leur petit coin de paradis. Partant de cette histoire vraie, Ruri no Shima nous dévoile la rencontre mouvementée entre une jeune Tokyoïte et cette culture ilienne traditionnelle.


Il faut avouer qu'en l'espèce le choc culturel était particulièrement aisé à mettre en œuvre, d'autant plus qu'elle se double d'une différence d'âge flagrante entre cette gamine de 11 ans, plutôt mature mais rebelle, et une population locale dont la moyenne d'âge dépasse les 63 ans. Les amateurs avertis se douteront que l'un des fils rouges du drama est de faire de cette rencontre une école de la vie pour la jeune Ruri. Délaissée par sa mère biologique, celle-ci se place constamment dans une logique de provocation envers un monde adulte auquel elle ne fait plus confiance. Ses interactions avec les habitants de l'île, parfois sévères ou maladroits mais toujours chaleureux et prompts au pardon, lui permettent peu à peu de grandir et de retrouver son équilibre. Le téléspectateur est ainsi invité à vivre avec elle ses colères et ses chagrins mais aussi ses joies, lorsqu'elle se trouve confrontée à l'amitié, au respect, à la solidarité, a la responsabilité ou à la mort. En compagnie de Ruri, nous sommes également conviés à découvrir un autre mode de vie dont on ne nous cache ni les plaisirs, visibles à l’œil nu, ni les inconvénients, plus discrets mais réels, tel le manque d'intimité, patent sur une île de moins de 4km de circonférence.


Si les aventures de Ruri servent de fil conducteur à ce drama, de nombreuses histoires viennent en étoffer la trame. De nombreux personnages se voient ainsi doter d'une réelle épaisseur et permettent en conséquence de réellement s’immerger dans la vie de ces insulaires. Au côté de la jeune héroïne, très bien interprétée par Narumi Riko, on trouve ainsi, dans le rôle des parents d'adoption, le colérique mais sage et aimant Yuzo (Ogata Ken, magnifique acteur de Kaze no Garden notamment) et sa patiente et chaleureuse épouse Megumi (Baisho Mitsuko), qui n'auront pas partie facile avec la turbulente Ruri. Sanae-Sensei (Konishi Manami), professeur légèrement autiste, se découvrira une âme au contact de sa jeune élève, encouragée en cela par l'habile proviseur Ohama (Kishibe Ittoku). On s'attache et on suit avec intérêt les aventures de la famille Aragaki, composé de l'inquiet Jiei (Hiraizumi Sei), de la douce Yoshie (Ichige Yoshie) et d'un troisième larron-mystère, ou du couple Matsukuma, Koji (Katsumura Masanobu, père de famille indigne dans LIFE) et Natsumi (Nishiyama Mayuko ), fatigués de subir la pression d'un voisinage qui s'étonne de ne pas leur voir d'enfants, enfin du jeune couple un peu bohème constitué par Shigeru (Kashu Toshiki) et Mizuki (Igawa Haruka, vu dans Freeter, ie o Kau). Comment ne pas compatir également au triste sort de Shomei, simplet et alcoolique, interprété par Kohinata Fumiyo, acteur à la filmographie impressionnante et toujours parfait quel que soit le rôle qui lui est dévolu? Sans doute trouvera-t-on cette longue liste de seconds rôles quelque peu rébarbative, mais il faut y voir le signe de mon attachement affectueux à cette galerie de personnages.


Et puis, il y a Takenouchi Yutaka (Hoshi no Kinka, Long Vacation, Beach Boys, Koori no Sekai, Yankee Bokou ni Kaeru, Ningen no Shoumei, Rondo, BOSS, Fumo Chitai, Nagareboshi...) . Si son personnage, qui vient saupoudrer Ruri no Shima de quelques flocons tragiques, n'est pas sans intérêt, il faut avouer que ce rôle ne constitue pas en lui-même une raison suffisante pour lui consacrer ces quelques lignes à part. Non, ce qu'on retiendra en premier lieu du personnage de Kawashima Tatsuya, c'est l'extraordinaire charisme de Takenouchi Yutaka. En tant qu'homme, j'eusse du ressentir au moins une pointe de jalousie à son égard, mais ce ne fut pas le cas. Avais-je donc reconnu de facto que l'acteur était trop loin du commun des mortels pour ne susciter autre chose qu'une admiration respectueuse de ma part? Quel coup à mon égo...


Pour ne pas finir sur de ridicules prosternations devant une icône du petit écran, je préciserai que ce drama, s'il se laisse parfois aller à des développements faciles et donc pas toujours très originaux, a le mérite d'allier la beauté des images à une réflexion intelligente sur la vie contemporaine. En ne cachant pas les difficultés de vivre sur une île isolée, ni le coût que représente le maintien de services publics sur ces terres reculées, Ruri no Shima a l'habileté de ne pas condamner le mode de vie urbain mais plutôt de poser une vraie question sur l'avenir de ces communautés: à part être une destination touristique, que peuvent offrir ces cultures iliennes au Japon moderne? Elle se double d'une autre réflexion sur ce que peuvent apporter des personnes âgées à des jeunes générations, parfois quelque peu déboussolées. Il faut noter que, dans les faits réels, l'initiative de l'île d'Hatoma d'offrir un accueil à des jeunes en rupture de ban a rencontré un réel succès. Même s'il s'agit d'une adaptation romancée, vous n'en serez pas surpris si vous prenez le temps de faire cette balade sur l'île de Ruri.


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8/10 : Somehow I really enjoyed that one. Personal fave.


Official Site
The complete details about Ruri no Shima on drama-wiki
Ruri no Shima with English subs

mercredi 14 mars 2012

Love Generation

Au Japon, le 14 mars est la date du "White Day", journée au cours de laquelle les hommes remercient par des cadeaux les femmes qui leur ont offert des chocolats à la Saint Valentin. Si on se fie à la page d'accueil de Google, il s'agit également de la date de naissance et de décès (!) de Yoshizawa Akira, maître es origami. Comme je n'ai pas encore eu le plaisir de visionner une série sur l'art japonais du pliage, le sujet de ce billet sera donc l'un des plus célèbres dramas romantiques de la télévision japonaise, Love Generation.

On ne saurait faire plus explicite que le titre de cette série... Audience moyenne: 30.7%. Premier rôle: Kimura Takuya. Tels sont les deux points qui m'ont conduit à vaincre mes réticences pour regarder ce drama. Il faut dire, qu'en sus de son titre, le synopsis ne manquait pas de m'inquiéter. Jugez plutôt. Katagiri Teppei, jeune publicitaire, est expédié au service commercial où il retrouve l'inconnue d'une nuit, Uesugi Riko, qui lui mène la vie dure avant de tomber peu à peu amoureuse de lui. Manque de chance, Teppei se révèle toujours entiché de son ex,
Mizuhara Sanae, qu'il retrouve par hasard et dont il apprend qu'elle sort maintenant avec son frère aîné, Katagiri Soichiro. Ouf! Vous pouvez ajouter à ces protagonistes, quelques personnages secondaires qui jetteront leur dévolu sur l'un ou l'autre des membres de ce quatuor et vous aurez une idée du triang... carr... hexago... bref, du bazar amoureux auquel le téléspectateur se voit confronté au cours des 11 épisodes de Love Generation.

Plus sérieusement, cette série me semble en dire beaucoup sur la jeunesse japonaise des 90's. Riko, Teppei et leurs amis sont de jeunes adultes libérés et de leur temps: ils sortent, boivent, s'amusent, draguent voire couchent. La sexualité est d'ailleurs évoquée de façon beaucoup plus ouverte que dans les dramas actuels. Ils sont à l'opposé d'un modèle plus rangé, dont l'une des incarnations est bien sur le couple traditionnel. L'affection est présente dans la formation de celui-ci, mais, semble-t-il, à part égale avec la raison. Or, ce que cette génération, représentée par les deux personnages principaux, recherche n'est autre que la grande histoire d'amour, celle des films, des romans, celle où la raison se voit balayée par la passion. Cette irrationalité du sentiment amoureux représente le fil conducteur de l'attitude des protagonistes de cette série. Retenue, contrôle de soi, répression de ses sentiments profonds... le message de Love Generation se révèle limpide: de telles constructions morales ou sociales s'écroulent devant le caractère irrésistible de l'amour. Preuve en est que même l'archétype du couple japonais tel qu'il est valorisé dans la société nippone, incarné par Sanae et Soichiro, s'en trouve plus que chahuté.

De cet amour en forme d'absolu résulte d'autres sentiments: la peur, la jalousie, la souffrance... Plus on aime, plus on craint d'être blessé par l'absence ou le mensonge, le risque étant de voir cette peur prendre le dessus sur tout ce que la relation amoureuse peut générer de bon et de beau. Ce drama a le mérite de ne pas se satisfaire de l'admiration et de l'attirance naturellement ressenties à l'égard du sentiment amoureux. Il en montre les pièges et les contraintes, mais également ce qui constitue le remède aux doutes et aux souffrances des êtres transis d'amour: la confiance. A une relation qui s'éveille se trouve souvent liée une intensité incomparable du sentiment amoureux, mais c'est également le moment où le couple peut s'avèrer le plus fragile. Il se découvre à peine alors même que la confiance est l’œuvre du temps. Love Generation ne manque pas de le rappeler avec justesse, même si, pour mettre en exergue cette valeur-clé, la série n'hésite parfois pas à user et abuser de ressorts scénaristiques un peu faciles.

J'en profite d'ailleurs pour faire un court encart sur la question de la pomme, qui ne manquera pas d'interloquer ceux qui visionneront ce drama. En effet, une pomme de cristal apparaît pratiquement à chaque plan de cette série avec pour ambition de symboliser la fragilité de l'amour. Il semblerait qu'aux yeux de certains, la pomme ait une forme de cœur et je ne ferai pas l'insulte aux lecteurs d'expliquer le symbolisme du cristal. Autre conséquence, ladite pomme de cristal participe du générique probablement le plus kitsch de toute l'histoire de la télévision japonaise. Vous êtes prévenus.

Pour revenir sur les acteurs, j'ai, bien évidemment, accroché à celui de Teppei, joué par Kimura Takuya. En 1997, KimuTaku possède déjà la présence et le naturel qui lui donnent son indéniable charisme. Son personnage de jeune adulte est globalement réaliste: il aime s'amuser, a son petit caractère, se révèle parfois un peu boudeur, un peu obsédé, tour à tour moqueur, charmeur, sensible, et parfois hésitant et perdu entre des sentiments contradictoires. J'ai eu plus de mal avec Uesugi Riko, le personnage incarné par Matsu Takako. Son caractère versatile m'a plus d'une fois laissé dubitatif. Pour écrire même les choses crûment: quelle emmerdeuse! Cependant ma compréhension a grandi au fur et à mesure que sa sensibilité d'écorchée vive se dévoilait, sans compter que l'alchimie du couple vedette s'avère très réussie. Difficile de reconnaître Uchino Masaaki dans Soichiro, personnage aussi terne que les rôles de cet acteur furent extravagants dans Rinjo ou JIN. Victime des déchirements entre ses envies et son devoir, ce personnage sans charisme s'avère intéressant par le coup ainsi porté à un certain archaïsme, voire à une certaine hypocrisie, du couple traditionnel, respecté socialement mais parfois oublieux des ressorts du cœur humain. J'en finirai, un peu sèchement, avec le personnage de Mizuhara Sanae, joué par Junna Risa, qui m'a laissé parfaitement insensible. Difficile d'éprouver beaucoup d'empathie pour un protagoniste aussi fade.

Quelques compléments avant de conclure. Si les sentiments éprouvés par Katagiri Teppei sont portés aux nues par Love Generation, sa construction en tant qu'adulte responsable sent le conformisme à plein nez. Dommage que le drama ne se révèle pas aussi revendicatif sur ce point qu'il l'est sur la jouissance des passions amoureuses. A contrario, la meilleure amie de Riko, incarnée par Fujiwara Norika (Miss Japon 1992), joue ouvertement de ses charmes pour attirer les hommes dans son lit, y compris ceux des autres, ce qui en fait un personnage provocant et pas forcément très moral mais qui ne semble pourtant pas le moins du monde condamné par ses pratiques. Apparemment, une sexualité débridée est plus recevable sur le petit écran japonais qu'un écart au modèle social du bon travailleur nippon. Au débit de ce drama, on relève également l'emploi réellement abusif des coïncidences malheureuses: elles constituent le gros point faible du scenario.
Sur la forme, il faut avouer que la série fait son âge, même si son réalisme de fond, rafraîchissant eu égard aux romances aseptisées de ces dernières années, aide à surmonter ce défaut. On note que le thème principal, composée des chansons jumelles Hear me Cry par Cagnet et True True par meo, réussit parfaitement à introduire, au cours des nombreuses scènes où il intervient, un sentiment de grande mélancolie.

Une certaine pudeur fait qu'il n'est pas forcément aisé d'écrire sur un sujet tel que l'amour, mais la façon dont ce sentiment est abordé et offert par Love Generation mérite à mon sens qu'on s'y attarde. Ce drama n'entre pas dans la catégorie de mes séries préférées, mais sa sincérité m'a interpellé et m'incite à le recommander à tous ceux et celles qui apprécient les œuvres qui savent (bien) parler d'amour.


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7/10 : At least worth checking out.


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lundi 5 mars 2012

Saitou-san

Dans mes précédentes notes, j'ai souvent relevé le rôle des femmes et la place qui leur semble accordée dans les dramas et, par voie de conséquence, possiblement dans la société japonaise. Eu égard à ce qu'il me semble percevoir de ladite société, il m'a régulièrement semblé que les séries n'hésitaient pas à mettre les femmes à l'honneur en proposant des personnages féminins sortant des sentiers battus et souvent plus décidés, courageux ou intelligents que leur contre-partie masculine. Saitou-san est un drama totalement consacrée aux Japonaises et ce qu'il nous en dit m'a, pour le coup, laissé interloqué et dubitatif.

La famille Mano, composée d'un couple et de leur jeune fils, s'installe dans son nouveau quartier et la préoccupation première de son élément féminin, Wakaba (incarnée par Mimura), consiste à se faire bien voir de son nouveau voisinage. Dans ces circonstances, elle se trouve quelque peu indécise entre cet impératif et son attirance pour Saitou Masako (jouée par Mizuki Arisa), une mère de famille qui n'hésite pas à mettre les points sur les "i" à toutes les personnes qui s'écartent un tant soit peu des règles, qu'il s'agisse de femmes du quartier, de personnes âgées, de lycéens, de voyous ou autres. Intégrant le petit univers des mères de famille dont les enfants sont scolarisés à l'école maternelle du quartier, Mano Wakaba se trouve rapidement devoir choisir entre cette femme isolée et le front uni formé par toutes les autres.

Il est assez amusant d'observer que, dans une société aussi policée que le Japon, la personne qui défend les règles peut facilement se trouver déjugée pour le trouble qu'elle crée à la quiétude publique. Ainsi, si Saitou-san reçoit les applaudissements de passants anonymes pour avoir admonesté un homme ayant brulé par inadvertance avec sa cigarette le visage d'un enfant, elle se voit presque expulsée de l'école par les mères du quartier pour ne pas avoir fermé les yeux sur les déprédations provoquées par une bande de lycéens en maraude! Bien évidemment, ces petites lâchetés qui poussent à jouer l'ignorant par peur des représailles ne sont pas exclusives aux femmes au foyer japonaises! Malheureusement, ce comportement s'avère des plus courants, là-bas, ici ou ailleurs. Le parti-pris systématique pour le profil bas de la part des femmes interprétées à l'écran n'en donne cependant pas une bien belle image. On peut d'ailleurs ajouter à ce tableau machiste, la récurrence des piaillements, l'absence de sang froid devant les évènements sortant de l'ordinaire, etc. On peut penser qu'il s'agit ainsi de particulièrement mettre en valeur le personnage de Saitou-san... ou que peut-être cela participe d'une représentation générale de la femme japonaise. J'y reviendrai. Ce drama se révèle en tout cas, sur ce point, comme une leçon de courage, portée par un personnage dont la motivation repose sur un beau principe: si nous voulons que les enfants soient des personnes de bien, il faut leur enseigner par l'exemple le respect de certaines règles. S'agissant de la société japonaise, on peut estimer que l'ensemble normatif ressemble parfois à un carcan, mais l'idée générale n'en reste pas moins recevable, du moins de mon point de vue. Oui, je suis probablement un affreux réactionnaire...

Mais peut-être pas autant que les scénaristes, producteurs et autres personnes ayant commis Saitou-san. Les interprètes de cette série ne jouent en effet pas des femmes. Elles jouent des mères. Et la dichotomie entre ces deux états est fondamentale, à un point difficilement imaginable. Leur vie se révèle totalement et exclusivement concentrée sur leur progéniture. Elle est rythmée par les horaires de l'école et le moindre incident impliquant les enfants représente un drame ou un scandale, quand il ne provoque pas des réunions parentales, pardon, "matriarcales" à répétition. Tout ce qui survient à l'école de près ou de loin fait l'objet de commérages lors de la pause thé que ces mères de famille s'offrent en groupe compact, leur vie sociale se limitant à ce bien petit horizon. De fait, lorsque les charmants bambins sont en classe, la mère devient femme de ménage et intendante. Leur univers s'en trouve étriqué de façon impressionnante! Rien n'indique que ces personnes s'accordent du temps pour lire, sortir, se cultiver, en somme consacrer du temps à leur propre développement personnel et intellectuel. Leur énergie, comme leurs pensées, se focalisent uniquement sur l'enfant, son éducation, ses besoins et les grandes ambitions que la mère porte envers son rejeton. Le couple mère-enfant écrase d'ailleurs complètement celui formé avec le mari, celui-ci se trouvant relégué, au mieux, comme support moral pour fin de journée. On note d'ailleurs, que ces mères ne semblent plus guère porter d'attention à leur féminité: habillées et coiffées à la diable à peu près en toute circonstance, elles deviennent des êtres asexués pour lesquels j'imagine difficilement qu'on puisse ressentir une grande attirance.

Ce qui m'interpelle dans Saitou-san tient à ce que cette série a été faite pour que le public s'y retrouve. Par voie de conséquence, même en se gardant de généraliser et en tenant compte de la thématique du drama, la mère de famille telle qu'elle y est représentée ne doit pas être loin de la réalité, d'autant plus si on en croit les jolis scores d'audience décrochés par la série. J'imagine que les opinions sur la posture de ces Japonaises divergent selon la place qu'on trouve adéquate d'accorder à ce rôle de mère de famille. Je garderai donc mes réflexions pour moi, même si on aura compris que je suis plutôt porté à croire que l'être humain, quel que soit son genre, peut regarder vers des horizons plus élargis. Quoi qu'il en soit cette série a le mérite de provoquer lesdites réflexions et c'est bien en cela qu'elle peut valoir le coup d’œil.

Pas plus que cela d'ailleurs, car, si l'histoire se suit sans déplaisir, les principales protagonistes étant plutôt sympathiques, elle demeure plutôt convenue, sans surprise, terre-à-terre, voire un peu ridicule comme lorsqu'une armée de "shibuyettes" déboule avec seaux et balais pour nettoyer bénévolement des graffitis tagués sur l'école... quels pouvoirs de persuasion ont les leçons de morale de Saitou-san! J'en souris encore. En somme, une série à réserver essentiellement aux sociologues en herbe intéressés par le rôle réservé à la femme, sinon dans la société japonaise, du moins sur son petit écran.


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7/10 : At least worth checking out.


Official Site
The complete details about Saitou-san on drama-wiki
Saitou-san with English subs

dimanche 4 mars 2012

FORWARD - Through Reporters' Eyes : Three Episodes of Restoration

Un nouveau documentaire de la série "FORWARD" diffusée par jibtv.com, avec toujours ce même découpage en trois reportages d'un peu moins de dix minutes. Cette fois encore, puisque tel est l'objet de ce programme, il s'agit de se pencher sur les suites de la catastrophe du 11 mars 2011 en s'intéressant à des parcours individuels signifiants.

Le premier reportage m'a fait craindre un documentaire noyé dans un pathos larmoyant auquel je goûte assez peu. Non pas que je sois partisan de jeter systématiquement un voile pudique sur les tragédies qui frappent les êtres , mais j'éprouve toujours un sentiment de malaise devant une caméra qui s'attarde sur le malheur de mes congénères. Cependant, et bien qu'il m'est difficile de mettre précisément le doigt dessus, il me semble que les Japonais savent conserver une retenue qui amenuise d'autant la sensation de voyeurisme. Ce fut donc avec une gêne sincère mais pas honteuse que j'ai été le spectateur du chagrin et de la dignité d'un homme dont les deux enfants en bas âge ont été emportés par le tsunami avec leurs grands-parents. Du fait de la proximité de la centrale de Fukushima, l'épouse de celui-ci, enceinte, n'a pu rester pour chercher la dépouille de ses enfants, ni même assister à leur enterrement. La naissance de ce troisième enfant, destiné à porter un nom formé des deux premiers caractères des prénoms de ses aînés disparus, donne un espoir et une motivation pour repartir de l'avant... peut-être? Évitant un optimisme qui eut été malséant, le reportage s'abstient d'apporter une conclusion résolument positive et se contente de laisser une porte ouverte à l'espoir d'une vie à reconstruire.

Étonnamment, je n'ai pas été choqué par la transition d'un cas aussi éprouvant à celui d'un duo d'acteurs comiques originaires de la région frappée par le tsunami. Ces artistes ont en effet pris le parti de communiquer par un biais humoristique, sur la difficile vie quotidienne des habitants de la préfecture de Miyagi. Leur objectif est double. Lorsqu'ils se produisent dans la région affectée par la catastrophe, leur spectacle aide les sinistrés à rire de leurs propres problèmes et peut-être à les considérer sous un angle moins dramatique. A la fin de leurs représentations, les acteurs prennent le temps de discuter avec leur public des soucis quotidiens qui les frappent, afin de les insérer dans leur spectacle. Lorsqu'ils se produisent dans les autres régions du Japon, comme à Tokyo, il s'agit de faire partager l'expérience de ces situations difficiles à leurs compatriotes. Ceux-ci ont déjà la tête encombrée de soucis et faire passer des messages via un numéro de manzai constitue assurément une démarche aussi originale que pertinente.

A la suite de ce reportage d'une grande intelligence, la dernière partie fut un peu moins accrocheuse. En lien direct avec le titre du documentaire, le téléspectateur est invité à suivre la réflexion d'un journaliste s'interrogeant sur sa volonté d'agir pour aider ses compatriotes et son sentiment d'impuissance à le faire. Installé à New York, il a envoyé au Japon des heures de reportage filmant les actions de solidarité menées aux États-Unis à la suite de la catastrophe du Tohoku, afin d'apporter du réconfort aux Japonais. Une contribution un peu vaine puisque, phagocytée par la situation de crise à Fukushima, l'actualité au Japon semble n'avoir laissé que peu de place à ces témoignages de solidarité internationale. Ce reporter accompagne une pianiste japonaise installée aux États-Unis et cherchant également à agir à sa mesure pour soutenir ses compatriotes. Elle tentera de le faire en jouant dans l'école de son enfance. Si le reportage en lui-même est assez convenu, il a le mérite d'interpeller sur un sentiment d'impuissance probablement commun à tous ceux qui voudraient faire quelque-chose sans réellement savoir quoi.

Au final, cette série de reportages, hétérogènes dans leur contenu, repose sur un fondement commun. Elle entend dévoiler l'existence chez les Japonais d'une volonté d'agir, d'une énergie propre à combattre l'adversité, d'une envie de se redresser et d'aller de l'avant. Quoi de plus louable?


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